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Vie à Nazareth au quotidien
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Jérémie

Jérémie est prêtre et habite près de Jérusalem ; sa vie traverse plusieurs évènements importants :

1°) La réforme du roi Josias, époque de joyeuse espérance.

2°) La mort du roi Josias à Meggido en l'an -609.  A travers sa plainte, Jérémie maintient son contact avec Dieu. Questions.

3°) A Josias succèdent des rois faibles qui oublient la conversion effectuée. Annonce du malheur.

4°) Jérusalem est dévastée, le temple est en flammes, en l'an -587. Mais Jérémie se reprend à espérer.

 

1°) Pendant la réforme du roi Josias.

La réforme de Josias est édifiante : le peuple se veut saint comme Dieu est saint. Josias établit au centre du Pentateuque le livre du Lévitique et au centre du pays, le culte à Jérusalem.

C'est un temps de joie et d'espérance : joie d'un peuple qui ré-entend l'appel de Moïse, abolit tout culte idolâtrique et rend justice à l'opprimé.

Josias fait oublier la guerre fratricide du Nord contre le Sud au temps du 1° Isaïe. Tout le peuple, c'est à dire le petit royaume de Judas avec tous les rapatriés qui ont fui la chute de Samarie au Nord retrouve sa grandeur et repart à la conquête de son entité.

Jérémie 30-31 :

Jérémie espère même que reviendront ceux qui ont été dispersés parmi les nations après la chute de Samarie en l'an 721. Il chante que « Jacob reviendra » (Jr 30, 4)... « Celui qui a dispersé Israël le rassemble » (Jr 31, 10).

« Voici venir des jours -- oracle de Yahvé -- où je conclurai avec la maison d'Israël (et la maison de Juda) une alliance nouvelle [...] Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l'écrirai sur leur coeur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. »

(Jr 31, 31... 33)

 

Jérémie parle du retour d'Ephraïm (Jr 31, 9, 18) ou du retour des fils de Rachel (Jr 31, 15) mais jamais du retour de Judas, qui sera exilé plus tard.

Plus tard, l'éditeur, inspiré lui aussi, placera ces chapitres à la fin du livre de Jérémie pour l'achever dans l'espérance.

 

2°) A la mort du roi Josias en l'an -609.

Dans l'atmosphère du retour aux sources qui caractérise l'époque de Josias, quand l'Egypte monte à l'assaut dans le nord, ne fallait-il pas l'attaquer comme au temps de Moïse ? C'est la bataille de Meggido, en l'an -609. Or voilà que le bon roi Josias est tué, avant même d'avoir combattu !

 

Qu'est-ce que cela voulait dire ?

Le malheur arrive alors que l'on s'était converti, alors qu'on était juste ! Dans la logique du Deutéronome du roi Josias (Dt 28, 15), cela signifiait que l'on était pécheur quand même, ou bien, que l'on expiait pour les pères. C'est pourquoi Jérémie prie ainsi :

« Nous connaissons, Yahvé, notre impiété, la faute de nos pères: oui, nous avons péché contre toi. »

(Jérémie 14, 20)

 

Reconnaissons la grandeur de Jérémie, la grandeur du chemin de l'humilité.

Ce n'est pas l'unique fenêtre, l'unique chemin vers Dieu (Michée avant lui, ou le second Isaie après lui, cherchent moins d'explication).

 

L'âpre dialogue de Jérémie avec le Seigneur :

Les gens se découragent. Le peuple délaisse toutes les belles pensées de Jérémie sur le royaume, le temple, la réforme, la terre sainte, et retourne à l'idolâtrie.

Le cœur de Jérémie se laisse labourer par l'événement de l'absence. Il affronte la parole de Dieu.

« Reconnais que je subis l'opprobre pour ta cause. Quand tes paroles se présentaient, je les dévorais: ta parole était mon ravissement et l'allégresse de mon cœur. Car c'est ton Nom que je portais, Yahvé, Dieu Sabaot.[...] Pourquoi ma souffrance est-elle continue, ma blessure incurable, rebelle aux soins ?

Vraiment tu es pour moi comme un ruisseau trompeur aux eaux décevantes ! »

(Jr 15, 15-18)

 

Ces derniers mots de Jérémie sont très violents. Dans la logique de Deutéronome 28, si Jérémie avait fait le bien, le malheur ne devait pas venir. Cette logique est sans doute trop étroite. Mais à travers son cri et sa plaine, Jérémie garde le « contact » avec Yahvé, son cri est une vraie prière.

 

Et voici la réponse que Dieu fit à Jérémie :

« Alors Yahvé répondit: Si tu reviens, et que je te fais revenir, tu te tiendras devant moi. Si de ce qui est vil tu tires ce qui est noble, tu seras comme ma bouche.

Eux reviendront vers toi, mais toi, tu n'as pas à revenir vers eux ! Je ferai de toi, pour ce peuple-là, un rempart de bronze fortifié. »

(Jr 15, 19-20)

 

Sans doute est-il étonnant que Dieu demande à Jérémie de revenir à lui : Jérémie n'est-il pas prêtre et n'a-t-il pas participé à la sainte réforme du roi Josias ? Jérémie, qui a tout perdu, y compris sa logique, doit apprendre à quel point Dieu est tout, et à quel point la foi est noble. Il deviendra alors fort comme un "rempart".

N.B. La Vierge Marie, qui a elle aussi tout perdu au calvaire, est restée debout dans la foi. La liturgie l'appelle "rempart de la foi".

 

3°) A la succession de Josias, la décadence.

Jérémie annonce la destruction du Temple :

Les successeurs du roi Josias sont décadents, et pratiquent des alliances étrangères (cf. 2R 24).

Le peuple abandonne l'effort de conversion. Meurtres, vols, mensonges, adultères, et avec cela le peuple se présente au Temple qui porte le nom de Dieu en disant : "Nous voilà en sûreté!" (Jr 7, 10). Jérémie dénonce cette sécurité illusoire car Yahvé déclare que le Temple sera détruit :

« Je vais traiter ce Temple qui porte mon nom, et dans lequel vous placez votre confiance, ce lieu que j'ai donné à vous et à vos pères, comme j'ai traité Silo. »

(Jr 7, 10)

 

Le Temple sera en effet détruit. Il sera reconstruit au retour d'exil. Jésus annoncera lui aussi la destruction du (second) Temple, c'est pourquoi on le comparera à Jérémie.

Pour avoir annoncé la ruine du Temple et de Jérusalem, on veut mettre Jérémie à mort (Jr 26), mais la foi en Dieu fait de Jérémie une forteresse (Jr 15, 20).

 

Jérémie parle avec des actions symboliques (cf. les paraboles) :

L'action symbolique de la "ceinture pourrie (Jr 13, 1-11) annonce la pourriture du peuple au contact de Babylone et la parabole du potier dit la liberté de Dieu qui peut démolir et bâtir (Jr 18).


Vraies et fausses prophéties :

Pour Jérémie, l'annonce du malheur n'est pas une parole sans issue car Jérémie ajoute :

« Maintenant donc, améliorez vos voies et vos oeuvres, soyez attentifs à l'appel de Yahvé votre Dieu; alors ils se repentira du malheur qu'il a prononcé contre vous.»

(Jr 26, 13)

 

En l'an 593, à Jérémie s'oppose un faux prophète, Ananias, qui annonce la paix, mais Jérémie réplique :

« Le prophète qui prophétise la paix, c'est quand s'accomplit sa parole qu'on le reconnaît pour un authentique envoyé de Yahvé!»

(Jr, 28, 9)

 

Les prophéties de Jérémie ne sont pas appréciées, Jérémie sera jeté dans la vase d'une citerne, puis laissé en prison.

 

4°) A la chute de Jérusalem.

En l'an 597, le temple est incendié, Jérusalem détruite, les notables déportés à Babylone (2 Roi 25).

Jérémie se tait devant Dieu, il attend, il achète un champ (Jr 32, 6-15), tout s'est écroulé mais l'Esprit saint est encore là, l'amour de Dieu est encore là.

 

Espérénces... intériorité... universalité :

Jérémie croit que Dieu ramènera les captifs de Babylone et que Jérusalem sera reconstruite pour toujours (Jr 32, 41).

Cependant, on ne reconstruira pas l'arche d'Alliance qui a disparue, : de même que l'Alliance nouvelle sera écrite dans le coeur, (Jr 31, 31-33) de même la sanctification viendra de la présence de Dieu dans le coeur.

"On ne dira plus: "Arche de l'alliance de Yahvé"; on n'y pensera plus, on ne s'en souviendra plus, on ne s'en préoccupera plus, on n'en construira plus d'autre."

(Jr 3, 16)

 

Cette dimension intérieure ouvre à l'universel :

"En ce temps-là, on appellera Jérusalem: "Trône de Yahvé"; toutes les nations convergeront vers elle, vers le nom de Yahvé, à Jérusalem, et elles ne suivront plus l'obstination de leur coeur mauvais."

(Jérémie 3, 16-17)

 

Conclusion.

L'expérience de Jérémie se résume dans le récit de sa vocation :

« Vois! Aujourd'hui même je t'établis sur les nations et sur les royaumes, pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir, pour bâtir et planter. »

(Jérémie 1, 10)

 

A travers tous les rebondissements de l'histoire, Jérémie est capable de suivre Yahvé, dans l'espérance :

« Mon âme est exclue de la paix, j'ai oublié le bonheur ! (...)

Voici ce qu'à mon cœur je rappellerai pour reprendre espoir : Les faveurs de Yahvé ne sont pas finies, ni ses compassions épuisées ; elles se renouvellent chaque matin, grande est sa fidélité ! »

(Lamentations 3,17. 21-21)

 


Bibliographie:

Notes de la Bible de Jérusalem.

Cahier Evangile n°40, Le livre de Jérémie, Cerf Cahier Evangile n° 38, Ezéquiel, Cerf André NEHER, L’exil de la Parole, Seuil, 1980.


Françoise Breynaert



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