Le contexte, la période perse (515 à 445 environ)
La langue parlée dans l'empire perse est l'araméen. L'hébreu biblique n'est plus qu'une langue liturgique qu'il faut traduire et commenter.
En 538, l'édit de Cyrus (lire Esdras 1,2-7) autorise les Juifs à rentrer au pays. Un premier convoi part avec prêtres et lévites, puis un second convoi, en 522, avec Zorobabel (descendant de David) et Josué (grand prêtre). Les prêtres sont au pouvoir et leur théologie domine.
Mais la déception est grande :
- Les Samaritains sont installés en Judée, le temple et la ville sont en ruines.
- Le pays fait désormais une vingtaine de kilomètres sur 6 ou 7...
- Les Juifs restés au pays n'ont pas découvert le monothéisme. (Noter : en hébreu la racine galâ = "aller en exil" et "découvrir"! ) Ils en sont restés au Deutéronome, le mémorial et l'élection, le châtiment du péché. Ils ont relu l'histoire des rois à cette lumière. Ils accueillent les exilés comme des punis.
Fonctionnaire de l'empire perse, Néhémie va rebâtir les remparts. Quant au Temple, on mettra des années à le rebâtir. Dans ce contexte difficile, 3e Isaïe est un prophète de l'espérance.
La mission du prophète Isaïe
Le 3° Isaïe hérite des découvertes de l'exil : le monothéisme, l'ouverture aux païens.
Il continue à croire malgré les apparences, sa foi est portée par une espérance eschatologique : une vision de l'avenir. C'est le courant apocalyptique.
Prophète de la Consolation.
« L'esprit du Seigneur est sur moi, car Yahvé m'a donné l'onction, il m'a envoyé porter la nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la libération, aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de grâce, consoler tous les affligés, leur donner un diadème au lieu de cendre. Ils restaureront les villes en ruines, les restes des générations passées. »
(Isaïe 1,1-4)
N.B. Oint = Messie (hébreux) = Christ (grec). Les pères de l'Eglise voient dans l'onction le Saint Esprit.
« Voici que je fais couler vers elle la paix comme un fleuve et comme un torrent débordant la gloire des nations. Ses nourrissons seront portés sur les bras et caressés sur les genoux. Comme un fils que sa mère console, moi aussi je vous consolerai. »
(Isaïe 66,12-13)
NB : en hébreu la racine berah signifie 1-bénédiction 2-cadeau 3-paix ; et genoux (prendre un enfant sur les genoux). Ainsi donc, la bénédiction c'est plus que "dire du bien", c'est transmettre une alliance.
Prophète d'une apocalypse
« Regarde le Seigneur et vois... Tu es notre Père, notre rédempteur... Reviens à cause de tes serviteurs... Ah ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais, devant ta Face fondraient les montagnes... »
(Isaïe 63,15-19)
Il ne s'agit plus d'une transfiguration du présent comme le 2° Isaïe, il s'agit d'une attente eschatologique. La communauté des fidèles attend que le silence soit rompu et que Dieu de nouveau, dans sa fidélité, parle.
L'apocalypse est une percée qui rejoint l'aujourd'hui de Dieu.
Universalisme
« Aux eunuques qui observent mes sabbats et choisissent de faire ce qui m'est agréable, fermement attachés à mon alliance, je leur donnerai dans ma maison un Nom éternel qui jamais ne sera effacé. Quant aux fils d'étrangers, attachés à Yahvé pour le servir, je les mènerai à ma sainte montagne, je les comblerai de joie dans ma maison de prière. »
(Isaïe 56,4-7)
« Debout rayonne car voici ta lumière et sur toi se lève la gloire du Seigneur... les nations marchent vers ta lumière et les rois vers ta clarté naissante... Lève les yeux et regarde aux alentours, tous se rassemblent et marchent vers toi..." 14.Ils s'approcheront de toi, humblement, les fils de tes oppresseurs, ils se prosterneront à tes pieds, ils t'appelleront "ville du Seigneur. »
(Isaïe 60,1-4.14)
Il est étonnant de donner un tel rôle à Jérusalem alors qu'elle à peine reconstruite, et un tel rayonnement à Israël alors qu'il n'est qu'un tout petit reste.
Il y a forcément un certain combat intérieur pour garder confiance dans le Seigneur.
La mission est ouverte à toutes les nations et elle est centrée sur Jérusalem.
Un peuple saint et unifié
Un peuple saint qui rejette l'idolâtrie (cf. Is 57,3-13) et qui pratique le bien :
« Le jeûne qui me plaît... si tu délies les liens de servitudes... si tu partages ton pain avec l'affamé... alors ta lumière poindra comme l'aurore, ta blessure sera vite cicatrisée... Si tu t'abstiens le jour saint de traiter tes affaires, si tu appelle le sabbat délicieux et vénérable... alors tu trouveras en Yahvé tes délices, je te conduirai en triomphe sur les hauteurs... »
(Isaïe 58, 6-14)
Un peuple unifié :
« Je viens rassembler les nations de toutes les langues, elles contempleront ma gloire. Je leur donnerai un signe et j'enverrai certains d'entre eux vers les nations... Vers les îles éloignées qui n'ont pas entendu parler de moi et n'ont pas vu ma gloire. Et ils révéleront ma gloire aux nations. De toutes les nations ils ramèneront en offrande au Seigneur tous vos frères. »
(Isaïe 66,18 et suivants)
L'unité est à la fois :
- unité intérieure du croyant dont le cœur n'est pas partagé,
- unité du peuple où se rencontrent les exilés, les juifs restés à Jérusalem, les juifs de la diaspora, les étrangers...
- unité du monde entier, de toutes les nations, autour de Jérusalem.
N.B. La prière du Sh'ma Israël est une prière d'unité.
Synthèse par F. Breynaert