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Vie à Nazareth au quotidien
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Torah et Sagesse

Le contexte historique des écrits de sagesse :

L'exil à Babylone a fait grandir le sens de la transcendance de Dieu. Impossible de l'enfermer dans la connaissance que nous avons de Lui.

Le second Isaїe avait vu en Cyrus, pourtant païen, un envoyé de Dieu (Is 45, 1). Puisque nous même nous n'avons pas la mesure de l'Alliance, et puisque Yahvé est le Dieu unique, créateur de l'univers, c'est donc lui que les païens cherchent aussi.

Après le retour d'exil, la Bible fut traduite en grec. Pourquoi alors ne pas intégrer certains éléments de la sagesse grecque, pourvu que la clé d'interprétation reste toujours la foi en Yahvé ?

C'est ainsi qu'à l’époque de l’expansion de l’empire grec (Alexandre le grand - 333), la religion biblique s’est ouverte à la sagesse grecque.

Jusqu'au jour où l'occupation par les Grecs d'Egypte a été remplacée par l'occupation par les Grecs de Syrie qui imposèrent leurs coutumes et placèrent leur idole dans le temple, provoquant les martyres, mais nous n'y sommes pas encore.

Pour l'instant, il s'agit pour Israël d'incorporer la sagesse grecque tout en gardant la Torah comme clé d'interprétation.

 

La Torah, révélée dans l'histoire, prend la place de la Sagesse grecque intemporelle :

La Sagesse grecque se veut intemporelle.

Mais la prophétie biblique s'inscrit dans l'histoire. Le temps de l'Histoire Sainte biblique est le seul milieu où l'homme peut accéder à la compréhension de l'action de la pensée intemporelle de Dieu.

 

Le livre du Siracide (écrit à Jérusalem entre 200 et 175) affirme que la Torah de Moïse, prééxistante au monde, doit être le révélateur de ce qui doit être identifié à la Sagesse grecque éternelle ; elle prend  sa place :

« La Sagesse fait son propre éloge (…)

Tout cela n'est autre que le livre de l'alliance du Dieu Très-Haut, la Loi promulguée par Moïse, laissée en héritage aux assemblées de Jacob. »

(Sirac 24,1.23)

 

 

Le judaisme intègre la recherche de l'harmonie cosmique :

La Torah est la Sagesse présente auprès de Dieu lors de la création, prenant ses délices parmi les hommes, et les invitant à l’écouter (Pr 8, 22-32).

Jusqu’ici on avait surtout approfondi la révélation de la parole de Dieu dans les événements de l’histoire sainte. Dans le contact avec les Grecs, les Hébreux ont  approfondit la création de l’univers et la recherche d’une harmonie cosmique. La sagesse a accompagnée l'oeuvre du Créateur :

« J'étais à ses côtés comme le maître d'oeuvre, je faisais ses délices, jour après jour, m'ébattant tout le temps en sa présence,

m'ébattant sur la surface de sa terre et trouvant mes délices parmi les enfants des hommes.

Et maintenant, mes fils, écoutez-moi: heureux ceux qui gardent mes voies!»

(Proverbes 8, 30-32)

 

Ainsi se fait la synthèse entre la Création et l’Histoire, entre la recherche du bonheur présent et l’écoute du projet d’avenir de Dieu.

 

Cela dit, on lit aussi dans le livre de la Sagesse toute l'opposition entre la sagesse du monde impie et celle des croyants :

« Car ils disent entre eux, dans leur faux calculs : (...) courte et triste et notre vie, usons des créatures avec l’ardeur de la jeunesse… opprimons le juste qui est pauvre… car ce qui est faible s'avère inutile. (...) tendons des pièges au juste… car son genre de vie ne ressemble pas aux nôtres et ses sentiers sont tout différents et ... il se vante d’avoir Dieu pour Père…»

(Sg 2,1 -20)

 

La Sagesse impie a peur de la faiblesse tandis que la Bible sait que Dieu regarde le pauvre.

 

Les philosophies grecques concernant l'Etre suprême ou la providence trouvent au contact de la Bible une ouverture moins abstraite :

Le philosophe grec Parménide accéda à l’intuition de l’être et fut ébloui par cette perception globale et spirituelle. Mais la perception de l'Etre éclipsait pour lui le monde ambiant.

Platon concevait un monde des Idées, prototype et modèle immobile des réalités sensibles de notre monde multiple et changeant.

Aristote médita sur l’Etre suprême, son unité source du multiple et du mouvement. Mais cet Etre serait-il solitaire et égoïste ?

Sans doute l’une des raisons qui empêchèrent Aristote de définir Dieu comme une personne est ce narcissisme de l’Un.

Les philosophes stoïciens, avaient trouvé une demi-solution à ce scandale : Dieu présent à sa création, exerçait une Providence quasi paternelle à l’égard du monde. Mais cette découverte entraîna les stoïciens vers le monisme (c.a.d. une confusion de Dieu et du monde)…

 

Les livres bibliques (Sg 14,3 ; Dn 6,18 ; 2 M 4,6) précisent cette notion de Providence comme une belle expression synthétique de ce qu’enseignait déjà la Bible.

Et dans la Bible l’approche de l’Unité de Dieu est moins abstraite que chez les Grecs ; elle est ouverte à l’avenir de la Révélation trinitaire car dans la Bible Dieu créateur dit ‘nous’ et non ‘je’ : « faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. » (Gn 1,27) ; Dieu apparaît à Abraham sous l’apparence de trois visiteurs dont le texte parle en alternant le singulier et le pluriel (Gn, 18,9.13) ; et la Bible adopta le mot Élohim pour désigner Dieu, c’est un pluriel qu’une logique abstraite aurait dû récuser…

 

Cette ouverture au mystère propre de Dieu préparait la pensée hébraïque à aller plus loin. Dans les livres sapientiaux Dieu « engendre » sa propre Sagesse (Pr. 8,9), profère sa Parole (Si 24) manifeste son esprit [1].

« [La Sagesse] est un miroir sans tache de l'activité de Dieu, l’image de sa bonté »

(Sg 7,26)

 

La Sagesse, mise en rapport immédiat avec la gloire divine, n’est en aucune manière un foyer indépendant, elle se rattache par tout elle-même à sa source lumineuse et irradiante, elle en est le pur reflet, le miroir, elle est l’image de ses vertus.

 

De manière générale, la Sagesse d'Israël résonne d'une manière différente de celle des Nations [2] :

 

Elle est centrée sur le Dieu vivant et non pas seulement sur l’homme.

 

En Israël, la Sagesse et la prophétie iront de pair : par exemple, le livre de la Sagesse a une forte dimension eschatologique : le début du livre traite de l’immortalité que la manne préfigure (Sg 1-6) et la fin du livre relit l’Exode comme une création nouvelle (Sg 19,18-21).

Daniel, qui est un sage [3] possède la compréhension des desseins divins (Dn 5 et suivant). Au premier siècle de notre ère, la sagesse juive et la prophétie tendent à se rejoindre.

La sagesse verse dans l'apocalyptique, et la prophétie se coule dans la sagesse [4].


Dans le christianisme :

Dans l’Evangile, Jésus se présente comme la nouvelle Torah et la nouvelle Sagesse, ce qui signifie donc qu’il est préexistant à la création du monde.

 

La tradition de l’Eglise saluera en Marie le trône de la Sagesse.

 


[1] Cf. René LAURENTIN, Dieu notre Père, Fayard, 1998., p. 33-37.

[2] C. LARCHER, Etudes sur le livre de la Sagesse, ed. Gabalda, Paris, 1969, Ibid., p. 386-388

[3] Dn 1, 4.17.20 ; 2,12.13.18

[4] Cf. Charles PERROT, Christ et Seigneur des premiers chrétiens. Descléee 1997. p.189-190

 


 

Françoise Breynaert


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