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Panorama de la vie de Marie
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Marie et l’Eucharistie (Montfort)

La présence du Christ en l'Eucharistie est un abaissement, un signe d'humilité, analogue à la kénose de l'Incarnation qu'elle prolonge. L'Eucharistie est le vrai corps et le vrai sang de Jésus, et Marie est la mère par qui nous est parvenue l'Eucharistie (C 134,11). Dieu qui s'unit à la nature humaine par l'Incarnation s'unit à chaque personne humaine par la Cène eucharistique.

 

Marie arbre de vie et l'Eucharistie, une médiation spirituelle

Ce que dit saint Louis Marie de Montfort

« Ainsi partout où est Jésus, au ciel ou en terre, dans nos tabernacles ou dans nos cœurs, il est vrai de dire qu'il y est le fruit et le rapport de Marie, que Marie seule est l'arbre de vie, et que Jésus seul en est le fruit. Quiconque donc veut avoir ce fruit admirable dans son cœur doit avoir l'arbre qui le produit : qui veut avoir Jésus doit avoir Marie. »

(Saint Louis-Marie de Montfort, Amour de la Sagesse éternelle § 204)

 

Il y a dans ses lignes l'affirmation d'une médiation spirituelle de Marie, il faut avoir Marie pour avoir Jésus dans le cœur. La finale du Traité reprend ce thème :

 

« Vous direz au Fils: Domine, non sum dignus, etc., que vous n'êtes pas digne de le recevoir à cause de vos paroles inutiles et mauvaises et votre infidélité en son service ; mais cependant que vous le priez d'avoir pitié de vous parce que vous l'introduirez dans la maison de sa propre Mère et de la vôtre, et que vous ne le laisserez point aller qu'il ne soit venu loger chez elle: Tenui eum, nec dimittam, donec introducam illum in domum matris meae, et in cubiculum genitrix meae (Cant 3,4).

Vous le prierez de se lever et de venir dans le lieu de son repos et dans l'arche de sa sanctification: Surge, Domine, in requiem tuam, tu et arca santificationis tuae.

[Vous lui direz] que vous ne mettez aucunement votre confiance dans vos mérites, votre force et vos préparations, comme Esaü, mais dans celles de Marie, votre chère Mère, comme le petit Jacob dans les soins de Rébecca*; que, tout pécheur et Esaü que vous êtes, vous osez vous approcher de sa sainteté, appuyé et orné des mérites et vertus de sa sainte Mère. »

(Saint Louis-Marie de Montfort, Traité de la vraie dévotion § 268)

* Lire l'histoire de l'intervention de Rébecca pour la bénédiction de son fils Jacob (cliquez).

 

Après la référence au Cantique des Cantiques (Ct 3,4) qui situe la communion dans le climat nuptial qui était celui de l'Amour de la Sagesse éternelle (ASE), le Fils est prié « de venir dans le lieu de son repos et l'arche de sa sanctification » (Ps 132 (131), 8). Montfort cite le psaume pour l'anniversaire de la translation de l'arche, translation auquel l'Evangile de Luc fait aussi allusion dans la composition de son récit de la Visitation. Marie est l'arche, le lieu où Jésus est reçu.

Pareillement, Le Secret de Marie (SM) dit de l'âme fidèle : « si elle reçoit Jésus par la communion, elle le mettra en Marie pour s'y complaire » (SM 47).

 

Dans le cantique 134, Marie "apprête" le croyant pour l'Eucharistie en répandant en lui ses vertus :

 

« Répandez, ô Mère admirable,

Dans nos cœurs toutes vos vertus,

Afin que le très doux Jésus

Y fasse un séjour agréable.

Répandez votre amour en nous,

Afin d'aimer votre cher Fils par vous. » (C 134,12)

 

Marie supplée à ce qui manque à l'amour du fidèle :

 

« O Jésus, votre sainte Mère

Est notre parfait supplément,

Venez donc en nous promptement

Pour nous unir à votre Père,

Ou plutôt venez dans son Cœur

Qui suppléera notre peu de ferveur. » (C 134,13)

 

Selon Montfort, l'amour du Christ pour Marie l'incita à inventer l'Eucharistie pour la consoler après l'Ascension, le cœur de Marie est lui aussi rempli d'amour, il est un « incendie, un buisson ardent tout en feu » (C 134,7), et les deux cœurs sont totalement unis :

 

« L'amour semble, en ce grand mystère

De leurs cœurs n'en faire qu'un ;

entre eux deux tout devient commun,

Car le Fils est tout dans sa Mère.

Dans la mère on n'aperçoit plus

Que son cher Fils, que son amour, Jésus. » (C 134,8)

 

L'Eclairage de la tradition théologique

A Cana comme au calvaire, la médiation de Marie est fondée sur sa foi. A Cana, elle croit au Christ avant les autres ; à la croix, elle est debout, debout dans la foi. « Par la foi, la Mère participe à la mort de son Fils, à sa mort rédemptrice; mais, à la différence de celle des disciples qui s'enfuyaient, sa foi était beaucoup plus éclairée. » [1]

Sur la base d'une doctrine remontant à S. Augustin, le magistère enseigne depuis le XVe siècle que le ministre des sacrements agit comme instrument du Christ quand « avec la matière et la forme prescrite, il a l'intention de faire ce que fait l'Eglise » [2]. La foi de l'Eglise supplée.

S. Thomas précise que "la foi de cette Église, c'est la foi formée, car telle est celle que l'on rencontre chez ceux qui sont de l'Église par le nombre et par le mérite." [3] De façon décisive, Marie dont la foi est formée et qui est riche de mérites supplée à nos manquements dans la pratique sacramentelle. S. Thomas s'intéressait aux conditions de validité des sacrements dans l'attitude du ministre. Mais les outils de réflexions qu'il a mis en place permettent une application pour la vie spirituelle de tous les fidèles : Marie dont la foi est formée et qui est riche de mérites [4] supplée à nos manques d'attention, nos manques de "cœur", comme dit le Psaume (Ps 40,13) : Mon cœur m'a abandonné. [5] Ce qui est requis de la part du fidèle pour vivre le sacrement c'est d'avoir l'intention de vivre ce que Marie a vécu.

Saint Thomas d'Aquin commente le rôle de Marie dans l'évangile de Cana : «c'est par son intercession que nous sommes unis au Christ par la grâce : "En moi est toute espérance de vie et de force" (Si 24,25)»[6] Ce rôle est particulièrement vrai dans notre union eucharistique.

C'est ainsi que l'on peut comprendre l'importance de la médiation spirituelle de Marie dans la communion eucharistique. Elle supplée à nos manquements (C 134) et elle est médiatrice d'intercession (ASE 204).

 

Le lien entre la communion eucharistique et la croix

Saint Louis-Marie de Montfort, dans la Règle primitive de la Sagesse (RS) donne au sujet de la communion les conseils suivants :

 

« Ne communiez pas pour avoir les goûts spirituels qui accompagnent cette divine action ; mais pour y sacrifier toutes choses à Jésus crucifié et anéanti.» (RS 155)

« Appliquez-vous, dans la confession, beaucoup plus à vous exciter à la contrition qu'à rechercher vos péchés, et, dans la communion, plaisez plus dans la haine et l'anéantissement de vous-mêmes, que dans les douceurs intérieures, les lumières et le repos sensible de l'âme.» (RS 159)

 

La communion "par Marie" fait littéralement partie de ce sacrifice de soi-même qui constitue la participation au sacrifice du Christ par la communion.

 

« Tâchez de communier toujours par la Sainte Vierge, renonçant à vos propres dispositions, et vous revêtant de celles de la Sainte Vierge, quoique inconnues, et faisant encore reposer Jésus-Christ dans son sein virginal, en esprit et en vérité.» (RS 158)

 

Le sacrifice y prend sa valeur et son sens, c'est moins une destruction mais une Pâque, un passage vers les dispositions de Marie et par Marie à la vie d'union à Dieu.

 

L'Eucharistie,  la communauté

La pratique eucharistique est nécessaire à la croissance de "l'arbre de vie" :

"Il faut arroser continuellement cet arbre divin, de ses communions, ses messes et autres prières publiques et particulières; sans quoi cet arbre cesserait de porter du fruit." (SM 76).

Ainsi arrosé, l'arbre de vie "croîtra si haut que les oiseaux du ciel y habiteront" (SM 78), c'est-à-dire qu'il édifiera l'Eglise en attirant d'autres personnes ; Jésus sera formé en la plénitude de son âge (SM 67), et sa plénitude, c'est le corps ecclésial.

 

Le rôle de Marie est d'autant plus lumineux que l'on fixe le regard vers la divinisation de l'humanité. Toute l'humanité est appelée à devenir une, non pas d'une unité quelconque mais d'une unité reçue de l'unité divine, par son Oui donné à Dieu.

Les actes de notre Oui jaillissent dans la communion à Marie, elle qui répondit à l'ange : "Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole", elle qui fut aussi présente quand Jésus meurt pour l'unité des fils de Dieu dispersés (Jn 11,51), unité dans la nouvelle Jérusalem et le nouveau temple, Marie et Jésus. [7]

 

Or l'unité de l'humanité se réalise progressivement, d'abord par la rencontre et la communion deux à deux [8]. La communion de chacun à Marie est donc le premier maillon ou le germe de l'humanité rassemblée en Dieu.

 


[1] JEAN PAUL II, Lettre encyclique La mère du Rédempteur, n° 18

[2] DS 262 repris par le concile de Trente DS 1611

[3] St THOMAS d'AQUIN, Somme Théologique, II-II Qu.1 a. 9 ad 3

[4] Pour la théologie du mérite, Cf. St THOMAS d'AQUIN Somme Théologique, I-II Qu.114 a. 6

[5] St THOMAS d'AQUIN, Somme Théologique, III Qu.64 a. 8

[6] St THOMAS d'AQUIN Super Ioan., cap.2, lect 1, n° 343

[7] A.SERRA Contribuiti dell'antica letteratura giudaica per l'esegesi di Jn 2,1-12 e 19,25-27,Maria a Cana e presso la Croce... op. cit. p. 94-103 ; A.SERRA, Maria, Segno operante di unità dei dispersi figli di Dio (Jn 11,52), op. cit. p. 285-321. ed. Herder, Roma 1977, p. 303-429 ; A.SERRA

[8] M.NEDONCELLE, La réciprocité des consciences, , Aubier, Paris 1942, p. 27


Françoise BREYNAERT

Extraits de : Françoise BREYNAERT,

L'arbre de vie, symbole central de la spiritualité de Saint Louis-Marie de Montfort,

éditions Paroles et silence 2006., p. 295-305

 

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