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Panorama de la vie de Marie
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Marie entre Anne et Joachim

 
 

 

Marie présentée au temple, selon Maria Valtorta

Maria VALTORTA (1897- 1961) a été membre du tiers ordre des Servites de Marie.  Le Saint-Office mit à l'Index ses livres le 16 décembre 1959, acte confirmé par Jean XXIII, à cause du sous-titre qui mettait le livre sur le même pied que l'Ecriture sainte : L'Evangile tel qu'il m'a été révélé. Ce fut le tout dernier livre interdit par l'Index librorum prohibitorum, que Paul VI abolit à la fin du concile de Vatican II. La Conférence épiscopale italienne puis la congrégation pour la doctrine de la foi ont laissé reprendre la publication, à condition de préciser que c'est une œuvre littéraire de Maria Valtorta, et non un nouvel Evangile. (1)

 

 

Je vois Marie entre son père et sa mère et qui chemine par les rues de Jérusalem. Les passants s'arrêtent pour regarder la belle Enfant toute vêtue d'un blanc de neige et enveloppée dans un très léger tissu., avec ses dessins de feuillage et de fleurs.

 

Le voile est maintenu sur le front par un ruban de couleur d'azur très pâle sur lequel, certainement la maman, a brodé de petits lys d'argent. Hors le cercle d'azur du ruban, tout est blanc. Marie semble vêtue de neige.

 

Viens un peu dans cette maison amie...

Le regard de Marie se porte alternativement sur son père et sa mère. Eux essaient de sourire de leur bouche tremblante et augmentent l'étreinte de leur main sur la petite main de Marie. Ils marchent lentement, doucement ; ils semblent vouloir allonger le plus possible la route. Tout leur est prétexte pour un arrêt...

 

Mais le parcours doit finalement finir ! Il est sur le point de se terminer. Voilà à ce dernier bout de chemin montant, le mur d'enceinte du Temple. Anne fait entendre un gémissement et serre plus fort la petite main de Marie.

 

" Anne, aimée, je suis avec toi ! " dit une voix qui sort de l'ombre d'une arcade basse à un croisement de route. Et Elisabeth qui certainement l'attendait, la rejoint et la serre au cœur et, comme Anne pleure, elle lui dit : " Viens, viens un peu dans cette maison amie, puis nous irons ensemble. Zacharie est là. "

 

Ils entrent tous dans une pièce basse et obscure où brille un grand feu. " Ne crois pas que je me sois repentie, ou que je donne à regret mon trésor au Seigneur " explique Anne à travers ses larmes... "mais c'est le cœur... Oh ! mon cœur, quelle souffrance il éprouve, mon vieux cœur qui va retourner à sa solitude de mère sans enfants... Si tu le sentais... "

 

" Je le comprends, mon Anne... mais tu es bonne et Dieu te ré confortera dans ta solitude. Marie priera pour que Dieu donne la paix à sa mère ; n'est-ce pas ? "

 

Marie caresse les mains maternelles et les baise, elle se les passe sur le visage pour en être caressée et Anne serre entre ses deux mains ce petit visage et le baise, le baise. Elle ne lui a pas encore donné assez de baisers. Zacharie entre et salue : " Aux justes, la paix du Seigneur. "

 

En ce moment, c'est l'unique lys de sa descendance sainte que David ait au Temple

"Oui " dit Joachim, " demande pour nous la paix car notre cœur tremble de l'offrir. C'est comme l'offrande d'Abraham quand il gravissait la montagne, et nous ne trouverons pas une autre offrande pour racheter celle-là. Nous ne le voudrions pas parce que nous sommes fidèles à Dieu. Mais, nous souffrons, Zacharie. Prêtre de Dieu, comprends-nous et ne te scandalise pas."

 

" Jamais ! au contraire, votre douleur qui sait ne pas dépasser les bornes de ce qui est permis et vous porter à l'infidélité, m'enseigne à aimer le Très-Haut. Mais ayez confiance. La prophétesse Anne aura grand soin de cette fleur de David et d'Aaron. En ce moment, c'est l'unique lys de sa descendance sainte que David ait au Temple. On en prendra soin comme d'une perle de roi. Et puis... qui sait ? "

 

Zacharie n'ajoute rien d'autre, mais pensif il regarde Marie. Puis il reprend : " Moi aussi je veillerai sur elle. Je suis prêtre et j'ai mes entrées. J'en profiterai pour cet ange. Et Elisabeth viendra souvent la voir..."

 

" Oh ! pour sûr ! J'ai grand besoin de Dieu et je viendrai le dire à cette Enfant pour qu'elle le dise à l'Eternel. "

 

Anne a repris son courage ; Elisabeth, pour la remonter encore plus, lui demande : " N'est-ce pas ton voile d'épouse ? Ou bien as- tu filé du nouveau byssus ? "

 

" C'est mon voile, je le consacre avec elle au Seigneur. Je n'y vois plus clair... et puis les ressources ont bien diminué à cause des impôts et des revers de fortune... Je ne pouvais faire de lourdes dépenses. J'ai seulement préparé un riche trousseau pour son séjour à la Maison de Dieu et pour après... parce que je pense que ce ne sera pas moi qui l'habillerai pour ses noces... et je veux que ce soit toujours la main de sa maman, même froide et inerte, qui la pare pour son mariage et lui file les linges et les vêtements d'épouse."

 

" Oh ! pourquoi ces tristes pensées ? ! "

 

" Je suis vieille, cousine. Jamais, comme sous le poids de cette douleur, je ne l'avais ressenti. Les dernières forces de ma vie, je les ai données à cette fleur, pour la porter et la nourrir, et main tenant... maintenant... la douleur de la perdre souffle sur ces dernières forces et les dissipe.

 

" Il ne faut pas parler comme ça, à côté de Joachim. "

 

" Tu as raison. Je penserai à vivre pour mon homme. "

 

Le gémissement tremblant de la tourterelle

Joachim a fait semblant de ne rien entendre, attentif envers Zacharie, mais il a entendu et pousse un profond soupir, les yeux mouillés de larmes.

 

" Nous sommes exactement entre la troisième et la sixième heure, je crois que ce serait le moment d'aller " dit Zacharie. Ils se lèvent pour remettre les manteaux et partir. Mais, avant de sortir, Marie s'agenouille sur le seuil, bras ouverts: un petit chérubin qui implore : " Père! Mère ! Votre bénédiction ! "

 

Elle ne pleure pas, la courageuse petite, mais ses petites lèvres tremblent et la voix, brisée par un sanglot retenu, a plus que jamais le gémissement tremblant de la tourterelle. Le visage est plus pâle et l'œil a un regard d'angoisse résignée. Plus fort, jusqu'à devenir insoutenable, je le verrai au Calvaire et au Sépulcre. Les parents la bénissent et la baisent, une, deux, dix fois. Ils ne peuvent s'en rassasier...

 

Elisabeth pleure silencieusement et Zacharie bien qu'il ne veuille pas le montrer est profondément remué. Ils sortent, Marie entre son père et sa mère comme auparavant. Par devant, Zacharie et sa femme. Les voilà à l'intérieur des murs du Temple. " Je vais chez le Souverain Prêtre. Vous, montez jusqu'à la grande terrasse. "

 

Ils traversent trois cours et trois porches superposés. Les voilà au pied d'un vaste cube de marbre couronné d'or. Chaque coupole convexe resplendit au soleil qui, maintenant, sur le midi, tombe à pic sur une vaste cour entourant un bâtiment majestueux, et remplit le vaste palier et l'escalier monumental qui conduit au Temple. Seul le portique qui fait face au perron le long de la façade est à l'ombre et la gigantesque porte de bronze et d'or est encore plus sombre et solennelle contrastant avec tant de lumière.

 

Marie paraît encore plus comme neige sous ce grand soleil. La voilà au pied de l'escalier. Entre son père et sa mère. Comme le cœur doit leur battre à tous les trois ! Un son de trombe argentin et la porte tourne sur ses gonds. On dirait le son d'avertissement d'une cithare pendant que la porte tourne sur les sphères de bronze. L'intérieur du Temple apparaît avec ses lampes au fond et un cortège, venant de l'intérieur, s'avance majestueux avec sonnerie de trompettes d'argent, nuages d'encens et lumières. Le voilà au seuil.

 

En avant, celui qui devait être le Souverain Prêtre. Un vieillard solennel, vêtu de lin très fin et par-dessus une tunique plus courte, de lin aussi, et par-dessus encore une sorte de chasuble multicolore : pourpre et or, violet et blanc s'y alternent et brillent comme des gemmes au soleil . Sur la poitrine, une large plaque toute étincelante, l'or éclate sur le front à la partie supérieure d'une coiffure qui me rappelle la mitre arrondie des prêtres orthodoxes. Le solennel personnage avance seul, en avant jusqu'au commencement du perron. Les autres attendent, rangés en cercle en dehors de la porte. A gauche, il y a un groupe de jeunes filles en vêtements blancs avec la prophétesse Anne et d'autres femmes âgées, certainement des maîtresses.

 

" Marie de David, est-ce ton vœu ? "

Le Souverain Prêtre a regardé la Petite et sourit. Il lève, en priant, les bras au ciel. Tous baissent la tête comme anéantis devant la majesté sacerdotale en communion avec la Majesté Eternelle. Puis, voilà. Un signe à Marie. Et elle se sépare de son père et de sa mère et elle monte .Elle sourit. Elle arrive au haut du perron aux pieds du Souverain Prêtre qui lui pose les mains sur la tête. La victime est agréée. Quelle hostie plus pure avait jamais vu le Temple ? Puis, il se retourne et lui mettant la main sur l'épaule comme pour la conduire à l'autel, elle, l'Agnelle sans tache, il la mène vers la porte du Temple. Avant de la faire entrer, il lui demande :

" Marie de David, est-ce ton vœu ? ".

 

Un " oui " argentin lui répond, il s'écrie :

" Entre, alors, marche en ma présence et sois parfaite. "

 

Et Marie entre, et l'ombre l'engloutit, puis le groupe des vierges et des maîtresses, suivi de celui des lévites, la dérobe toujours plus, la sépare... Elle n'y est plus... Maintenant, avec un son harmonieux, la porte roule sur ses gonds. Une ouverture laisse voir le cortège qui se dirige vers le Saint. Maintenant, ce n'est plus qu'une fente, puis plus rien, c'est la clôture.

 

Au dernier accord des gonds sonores répond un sanglot des deux vieillards et un cri unique : " Marie ! Fille ! " et puis deux gémissements qui s'entrecroisent : " Anne ! ", " Joachim ! " et ils concluent :

" Rendons gloire au Seigneur qui la reçoit dans sa Maison et la conduit sur sa route. "

 

Et tout finit ainsi.

 

 


(1) « Valtorta », dans : René Laurentin et Patrick Sbalchiero, Dictionnaire encyclopédique des apparitions de la Vierge. Inventaire des origines à nos jours. Méthodologie, prosopopée, approche interdisciplinaire, Fayard, Paris 2007.

 


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