Intervention de Mgr Marcuzzo au XXI° Congrès mariologique-marial international

INTRODUCTION (Intervention de Mgr Marcuzzo au XXI° Congrès mariologique-marial international)
Bonjour à tous.
Je ne peux pas ne pas rappeler en venant ici, à l’Université du Latran, une figure regrettée : le Père Salvatore Méo, un grand, grand mariologue pour moi, parce qu’il m’a fait découvrir bien des richesses sur Marie. J’étais déjà prêtre quand j’ai commencé à suivre ses conférences ici. Je lui en suis très reconnaissant. Je me souviens d’une de ses phrases : « fixer une conférence à l’heure de midi signifie avoir beaucoup de considération pour le conférencier ou pour les auditeurs » (rires). Sur le premier point, je n’en suis pas sûr, mais pour le second si et je compte sur votre patience, votre bonne volonté et votre amitié.
Je vous ai salué au début par un bonjour simple, mais je viens de Nazareth. Et j’habite à Nazareth, juste à deux pas de la grotte. Pour ceux qui connaissent Nazareth et je pense que la majeure partie d’entre vous est dans ce cas, mon vicariat est juste derrière Casa Nova et l’une de mes plus grandes joies de ma vie est d’être évêque à Nazareth. Quand on me demande qu’est-ce que cela signifie pour toi d’être évêque à Nazareth, je réponds simplement : une grande joie ! C’est une grande joie de servir le Seigneur et son Eglise à Nazareth, comme Jésus et comme Marie. Je ne suis pas évêque « de » Nazareth.
Une petite précision historique :
Savez vous que l’évêque titulaire de Nazareth est l’évêque de Barleta. Oui, oui, l’évêque de Trani, Bisceglie et Barleta est évêque titulaire de Nazareth et c’est une histoire qui remonte aux temps des Croisades, mais laissons cela pour le moment. Bref, je suis évêque titulaire d’Emmaüs. C’est déjà quelque chose, non ? (rires). Je suis aussi auxiliaire du Patriarche de Jérusalem, vicaire patriarcal pour Israël et j’habite à Nazareth. C’est tout, et j’espère que les choses sont bien claires du point de vue historique et aussi selon l’ordre ecclésiastique.
Je vous ai salué par un simple bonjour, mais je viens de Nazareth, et au moment de partir, j’ai arrêté la voiture à l’extérieur de la Basilique, je suis descendu à la grotte de l’Annonciation et j’ai confié chacun de vous et tout le Congrès marial à Marie de Nazareth et je suis certain que la Sainte Vierge nous accompagnera de sa présence maternelle, tout au long de ce Congrès.
Il faut savoir que le salut de Nazareth, la parole de l’Archange Gabriel à Marie n’a pas été donnée en hébreu ni en arabe mais en araméen : « Schaïma » probablement. « Shalom » en hébreu, « Salam » en arabe. Et cette parole, dans les langues sémitiques, d’après la recherche de notre professeur d’exégèse au séminaire de Jérusalem, ne veut pas dire seulement « Paix », mais aussi « Joie » - et la traduction grecque a retenu surtout cette signification : « réjouis-toi Marie » -, mais dans les langues sémitiques, la racine du mot si riche et si positif signifie aussi « Amour », et aussi « Merci ». Ce qui veut dire que dans cette salutation de l’Archange, il y a déjà tout le programme de la Nouvelle Alliance : « Joie », « Paix », « Amour » et « Action de grâce ». C’est le salut que je vous apporte directement de Nazareth.
Mon intervention se distinguera légèrement des trois conférences qui m’ont précédé ce matin, qui ont toutes été vraiment merveilleuses et, chacune dans son genre, profondes : tous mes compliments aux collègues qui m’ont précédé. Moi je serai très pratique aussi parce que le Verbe s’est fait chair. Je vais parler de la chair et eux ont parlé du Verbe, de la Parole. Je parlerai plutôt des choses concrètes parce que Nazareth rappelle l’Incarnation et surtout, je voudrai mettre en évidence un des mots du thème du Congrès, qui est le mot : « Histoire ».
PRESENTATION (Intervention de Mgr Marcuzzo au XXI° Congrès mariologique-marial international)
Je vais vous parler d’un projet qui a pour but de mettre en évidence le rôle de Marie dans l’Histoire, à partir de Nazareth. Nazareth dans l’Histoire. Dans l’Histoire de l’Eglise, dans l’Histoire de la Pensée, dans l’Histoire de la Culture, dans l’Histoire de l’Art chrétien, dans l’Histoire de l’Iconographie, dans l’Histoire de l’image en général, de la Musique. Nazareth et Marie de Nazareth dans l’Histoire de l’Eglise. Et, à Nazareth, l’Eglise est vie. Marie est vie. La Mariologie est vie.
Il est train de se réaliser grâce à Dieu à Nazareth un Centre « Marie de Nazareth » qui aura comme but particulier, global, universel de mettre en évidence non seulement la Nazareth historique et actuelle, mais aussi la Nazareth mondiale, la Nazareth universelle. Parce que tous les sanctuaires marials, et tout ce que l’on peut faire pour Marie sont en un certain sens un développement de Nazareth, un développement de Marie de Nazareth. C’est un grand arbre qui est né de la graine de Nazareth, qui est né de la figure de Marie de Nazareth.
Ce Centre est une nouveauté.
Il n’existe pas encore. L’idée existe, le projet existe, et il existe surtout un désir fort, fort, fort de lui donner une présence concrète, réelle pour que ce projet arrive à se réaliser.
Moi personnellement, je ne vais pas vous parler de technique : d’autres vous en parlerons. Qui ? L’Association « Marie de Nazareth » née en France dans le but de s’occuper de ce projet, de le réaliser, de le soutenir et de le faire progresser. Ce sont eux qui viendront vous parler du point de vue technique. Moi je vais me contenter de faire une introduction générale pour vous faire comprendre la beauté, l’importance de ce Centre et vous donner surtout le point de vue ecclésial, pastoral, comme il convient naturellement à un évêque.
Les amis qui viendront vous parler de ce projet sont ici. Ce sont eux notamment qui vous ont distribué ces opuscules. Il y a l’ami Olivier Bonnassies : puisque vous êtes là, est-ce qu’on peut vous voir ? Ils veulent vous voir ! (applaudissements). Et aussi de La Bastide, l’ami : où est-ce qu’il est ? Ah ! Vous êtes là ! (applaudissements). Ils méritent un applaudissement. Je ne vous l’ai pas demandé mais vous avez eu raison de le faire : ils le méritent. Je suis admiratif devant ces laïcs, qui donnent leur temps, qui le consacrent pour Marie, pour l’Eglise, pour faire connaître Marie. Moi parfois je me demande moi-même : est-ce que moi, évêque, prêtre, est-ce que je serai capable d’être aussi vraiment passionné, comme ils nous en donnent le témoignage concret, pour Marie, pour nous conduire à Jésus, pour nous conduire à l’Eglise, pour nous faire retrouver la pureté de la foi ?
HISTOIRE DU PROJET ( Intervention de Mgr Marcuzzo au XXI° Congrès mariologique-marial international)
Un petit retour en arrière historique.
Rendons nous à Nazareth et retournons dans les années 1994, 1995, 1996, 1997. Des années euphoriques pour la paix et la paix en Terre Sainte. Je les ai connues, je les ai vécues. C’était des années merveilleuses. Parce que c’était juste après Oslo. Il y avait une grande volonté de paix, une grande volonté de construire, de recommencer. Il y avait beaucoup de projets. Des projets politiques, des projets pour les Lieux saints, pour l’Eglise. Bien des réalisations ont été entreprises à cette époque là. Surtout en vue de l’année 2000. Nazareth a été la première ville, dans l’absolu, à se préparer à l’année 2000 : déjà depuis 1991. Le maire de Nazareth, musulman, Tofit Zaiad, alors, avant la fameuse réunion des Cardinaux avec le Pape pour préparer l’année jubilaire, avant les documents, avant que les mécanismes romains ne se mettent en marche pour préparer l’année 2000, déjà Nazareth y avait pensé et le maire à la tête de Nazareth, musulman, voulait que Nazareth soit prête pour ce rendez-vous de l’an 2000.
Nous avons rencontré en ces années là, le directeur général de l’Unesco qui avait l’idée de faire à Bethléem pour l’année 2000 quelque chose de culturel, quelque chose de conforme à la vocation de l’Unesco et il voulait le faire aussi à Nazareth, pour que l’année 2000 soit marquée par une grande initiative de l’Unesco. Ils ont pensé faire un Musée avec les plus belles œuvres sur Marie, les plus belles icônes, etc.
Tout cela est caduc.
L’ancien directeur est parti. Le nouveau directeur n’a pas la même vision des choses. Et en plus de cela il s’est produit à Nazareth un grand esclandre. L’événement fâcheux de la mosquée de Nazareth, dont vous avez entendu parler, qui à partir de 1997 a entraîné une paralysie générale de Nazareth, y compris de ce projet de Musée.
Mais l’idée n’est pas morte.
L’idée de faire quelque chose de spécial à Nazareth pour l’année 2000 a été reprise par cette association qui se nomme Association « Marie de Nazareth ». On avait gardé un moment pour une raison bien pratique et même quasi-légale, je ne saurai pas expliquer pourquoi, le mot « Musée ». Je n’aime pas tellement ce mot parce qu’il évoque trop ce qui est vieux, ancien alors que nous savons que Nazareth et Marie de Nazareth sont non seulement histoire mais surtout actualité et surtout prospective future, vie. Donc j’aime bien appeler ce Centre : « Centre Marie de Nazareth » plutôt que « Musée Marie de Nazareth ». Ceci dit, à propos de ce nom, n’hésitez pas à nous donner vos impressions, vos suggestions et vos propositions.
Alors ce groupe a recueilli l’idée même s’il n’a pas pu la réaliser pour l’an 2000. Mais l’idée a avancé et le Seigneur petit à petit ouvre les portes.
LE CENTRE INTERNATIONAL MARIE DE NAZARETH (Intervention de Mgr Marcuzzo au XXI° Congrès mariologique-marial international)
Il fallait trouver un lieu, un lieu adapté et la Providence a ouvert vraiment les portes.
Sur l’image qui est sur la couverture de l’opuscule qui vous a été distribué, vous voyez la Basilique de l’Annonciation et juste à la sortie de la Basilique, à la sortie de la monastère des religieux franciscains et de l’église Saint Joseph, il y a une école qui s’appelle l’école Saint Joseph. Et les sœurs ont construit une école ailleurs et tout cet ensemble de bâtiments à la sortie de la Basilique, en traversant la rue, à 6 ou 7 mètre en face, est devenu disponible. En l’année 2000, 2001.
Ce lieu est merveilleux, regardez un peu.
Il est situé tout près de la Basilique, près de la mosquée blanche qui était la synagogue de Jésus et tout près aussi du tombeau du Juste, chez les sœurs de Nazareth. Et au centre de cet ensemble se trouve l’école de Saint Joseph qui est devenue disponible. L’Association y a vu vraiment un signe de la Providence et a loué l’école pour un grand nombre d’années pour en faire le Centre marial et elle a acheté deux maisons à côté puis une troisième grande que l’on va mettre aussi à la disposition de l’Eglise. Tout cela pour faire quelque chose de merveilleux.
De quoi s’agit-il ?
Il ne s’agit pas d’un lieu saint supplémentaire.
Il ne s’agit pas d’un lieu pour les pèlerins : il y a en a déjà
Il ne s’agit pas d’une maison religieuse.
Il ne s’agit pas d’un lieu de retraites spirituelles.
Il ne s’agit pas d’un Centre mariologique.
Il s’agit de faire redécouvrir à l’Eglise locale et aux pèlerins la multitude des fruits, tous les développements que Marie de Nazareth a fait surgir dans l’Histoire de l’Eglise.
Ceux qui viennent visiter Nazareth iront toujours retrouver la racine, les Lieux saints : on visite d’abord la grotte de l’Annonciation, de la Sainte Famille, la grotte de Saint Joseph, et puis ils découvriront dans le Centre qu’à partir de là bien des choses ont été réalisées.
Il faut rappeler la parole de Marie : « Ex hoc beata me dicent omnes generationes »
Ils verront comment toutes les générations, toutes les cultures, tous les pays, tous les peuples, suivant leur génie propre, ont su aimer Marie et exprimer leur dévotion, leur admiration pour cette grande œuvre de Dieu qu’est Marie de Nazareth, pour ce modèle exemplaire du Royaume de Dieu, pour ce modèle exemplaire du chrétien, de l’homme nouveau, qu’est Marie de Nazareth et qui demeure toujours un grand signe d’espérance et d’encouragement pour toutes les générations, tous les peuples, toutes les cultures. Un Centre qui voudrait montrer, par différents moyens, le développement de Nazareth et de Marie de Nazareth dans l’Histoire, dans la Culture, dans l’Histoire de l’Eglise et la Mariologie.
Vous me direz qu’est-ce que cela aura de particulier ?
Avant tout, nous voulons faire appel à tous les sens de l’être humain. Tout est bien expliqué dans l’opuscule qui vous a été distribué. Il y a différentes salles, diverses parties.
La réalisation qui me plait le plus pour l’instant, - forcément puisque c’est l’unique que j’ai vue car toutes les autres réalisations restent à faire -, c’est le fameux spectacle multimédia qui vous sera présenté ce soir, dans la Basilique Saint Antoine, à Rome. Ce spectacle vous sera présenté en avant première. Je l’ai déjà vu : il est très beau. Je l’ai apprécié. Il m’a touché. Vous savez bien qu’un spectacle multimédia avec la musique, les paroles et toutes les images est un instrument merveilleux pour capter l’attention de la personne et pour faire passer le message que l’on veut proposer. Un pèlerin qui vient d’Italie, de France, d’Allemagne, etc. visitera d’abord les lieux originaux, les Lieux saints et après il passera là. Vous savez que les Lieux saints, malheureusement ont peu de structures complémentaires comme ça en Terre Sainte. … Encore 5 minutes : merci !
CONCLUSION (Intervention de Mgr Marcuzzo au XXI° Congrès mariologique marial international)
Naturellement, comme mes prédécesseurs ici, je saute des pages et je passe à la conclusion.
Ce Centre est une chose importante pour la Bible et pour la Terre Sainte, pour montrer le caractère actuel de la Bible et des Lieux saints. Et de cela nous avons vraiment besoin.
Nos frères juifs le font déjà pour leurs Lieux saints.
Si vous allez à Médine, la patrie des Maccabés, vous verrez de quelle manière on peut plonger dans le temps, dans l’histoire, dans l’épisode des Maccabés, en faisant jouer des mécanismes déjà mis au point. On peut voir une discussion entre les Maccabés et la culture grecque, on peut voir les monnaies des temps des Maccabés, etc.
Nos frères protestants en Terre Sainte sont aussi très sensibles à cela.
Ils veulent créer des espaces complémentaires aux Lieux saints pour faire mieux comprendre l’actualité de la Bible. Il y avait un projet de créer à Tantour un repas comme lors de la dernière Cène, pour goûter l’antique Cène, y participer, manger ce que Jésus et les Apôtres ont mangé à la dernière Cène. Et tout cela sur une colline près de Jérusalem, à Tantour.
Aujourd’hui à Nazareth, nos frères protestants ont fait quelque chose de semblable en créant ce qu’on appelle le « village de Nazareth ». On vient à Nazareth et on se retrouve dans l’atmosphère du premier siècle. On se trouve dans l’atelier de Saint Joseph, dans la maison de Marie et on voit comment vivaient les gens, comment ils s’habillaient, travaillaient, la vie sociale au premier siècle.
Et nous qui avons la plupart des Lieux saints, grâce à la présence des Franciscains, comment ne pas utiliser ce trésor que nous avons dans les mains pour rendre plus actuel, rendre plus parlant, plus éloquent, plus significatif, pour l’homme d’aujourd’hui.
Pour résumer, chers amis, ce projet se veut complet, sans prétention bien sûr, car il veut parler à l’homme, il veut parler aux yeux, il veut parler au cœur, il veut parler à la musique de la personne, parler à ses sentiments et à sa raison évidemment. Il veut parler d’une manière complète. Pas seulement des idées, mais des idées et du concret : regardez bien l’opuscule.
Ce projet se veut aussi universel et unitaire.
Ni fragmentaire, ni dispersé, mais montrant l’unité de base qu’il y a dans la diversité et la richesse des cultures, des peuples, des mariologies, des icônes. Il y a une ligne commune qui unit toutes les mariologies, toutes les icônes, les musiques, les dévotions, etc., etc. Il se veut unitaire et universel dans ce sens mais surtout dans le sens qu’il veut parler à tout le monde.
Non seulement aux catholiques mais à tous les chrétiens, à nos frères protestants, il veut parler aussi aux musulmans, aussi aux juifs,
Je vous le dis, et c’est déjà un petit miracle en un certain sens, car tous sont déjà d’accord.
Tous sont déjà enthousiastes de voir se réaliser ce projet.
Qu’est-ce que ça veut dire tous ?
Je parle en mon nom mais aussi au nom des évêques catholiques de Terre Sainte. Au nom du sa Béatitude le Patriarche mais aussi au nom de tous les autres Chefs d’Eglises de Terre Sainte qui sont tous d’accord avec ce projet.
Même les juifs et même les musulmans le sont.
Le chef de la mosquée qui est juste à côté, la fameuse mosquée blanche, qui fête les deux cents ans de son histoire et qui a toujours eu une attitude de tolérance, de paix et de fraternité, - ce qui n’a rien à voir avec le projet de l’autre mosquée, moderne, qui ne se fera pas, Dieu merci, parce que sinon cela aurait été un problème grave pour l’avenir -, ce chef de mosquée donc, de temps à autre me rencontrant me dit : « mais alors, ce fameux projet dont tu nous a parlé quand est-ce qu’il va se faire ? » Parce que eux aussi voudraient bien faire quelque chose pour montrer comment l’Islam aime Marie de Nazareth. Dans le Coran il y a des mots merveilleux sur Marie vous savez et ils seraient bien contents de pouvoir contribuer eux aussi.
De même qu’une maman réunit tous les enfants dans sa maison, de même nous sommes très content de voir que Marie fait la même chose dans ce projet. Elle ne nous unit pas toujours du point de vue théologique ou ecclésial, mais ici, concrètement, pratiquement, elle réunit dans ce Centre de Nazareth l’Eglise locale de Jérusalem avec les pèlerins, l’histoire et le présent et le futur, elle unit toutes les Eglises et toutes les communautés de Terre Sainte, etc.