Le sens de la virginité après l'enfantement
Je crois qu’il est éclairant, pour comprendre le sens de la virginité de Marie après l’enfantement, de lire Philon d’Alexandrie († 45 env. après J-C)..
Léa, comme l'Écriture le dit, après avoir engendré Judas, son quatrième fils, « cessa d’enfanter » (Gn 29,35). « Judas » veut dire « louer Dieu », c'est le sommet de la perfection. Glorifier le Père est la meilleure chose de toutes, et c’est le fruit le plus accompli des fruits qui soient jamais sortis d'une femme enceinte, Veine (Philon De Plantatione, 135). Donc Léa n'engendre plus. Elle ne savait pas vers quoi se tourner, ayant atteint la limite extrême de la perfection (Ibid). Après cette naissance, Léa mit fin, ou mieux, il fut mis un terme à sa progéniture. En effet – le croit Philon - elle vit que les organes de sa puissance génératrice étaient devenus arides et stériles, car en elle avait fleuri le fruit parfait, Judas, l'action de grâce (Philon d’Alexandrie, De Somniis 1,37).
Maintenant, essayons à faire la transposition christologique de cette page de Veine, et demandons-nous : pourquoi Marie ne porta-t-elle pas d’enfants autres que le Christ ? Non pas certes parce que la génération aurait un je ne sais quoi d'impure, mais parce qu'elle accueillit en son sein ce Fils : celui qui, en étant Dieu, était l'Eschaton, la Perfection, l'Absolu. En devenant le temple vivant du Verbe incarné, vraiment Marie, pour utiliser les mots de Philon ne savait pas vers quoi se tourner, ayant atteint la limite extrême de la perfection. Comme les jarres de Cana, ainsi le sein de Marie, avec l'Incarnation, fut plein « jusqu'au bord » (cf Jn 2,7).
(Extraits de A.SERRA, article Vergine, nel Nuovo dizionario di mariologia, a cura di de Fiores, ed. san Paolo 1985, p.1304-1308 traduction F.Breynaert)