Le sens religieux de l'Exode
Une continuité avec les religions anciennes
La foi biblique conserve le soubassement archaïque d’une foi en un Dieu qui donne la vie, et qui se retire pour que l’homme agisse.
Ce climat de confiance et d’action de grâce qui libère de la peur de mourir est accru par cette proximité de Dieu dans notre histoire.
Une rupture et une nouveauté
Mais la foi biblique constitue aussi une rupture, une nouveauté.
L'animisme est une expérience d'esprits, d'énergies, et il faut négocier, composer avec... C'est le rôle des chamans et des devins. Saint Paul nous parle des principautés et des puissances cosmiques, vaincues par le Christ...
Les mythes anciens, c’est l’initiation immuable à un Dieu stable et sécurisant, mais c’est aussi la peur de déplaire aux ancêtres, la nouveauté est effacée de la mémoire... La vie est don de Dieu, ainsi la mère est vierge, sacrée, mais elle n’est que mère et la reproduction est une obsession... Les totems donnent une identité mais ils enferment... Le marchandage avec les esprits du cosmos obscurcit la relation à Dieu.
Les commandements donnés lors de l’Exode ôtent progressivement le réflexe de la convocation magique, le « prendre » fait place au « recevoir avec action de grâce » : respect de Dieu, on ne contrôle pas la Source ! S’ouvre alors progressivement un chemin de renoncement aux rites magiques, en commençant par ceux qui sont liés à la guerre, c’est ainsi qu’enfreindre au jeûne (1 Sam 14), à l’abstinence (2 Sam 11), recourir à la nécromancienne (1Sam 28 ou Ex 23), s’accoupler aux animaux (Ex 22,18) constituent des péchés, c’est à dire une rupture d’alliance envers Yahvé qui délivre de l’oppression des mythes... On renonce à la convocation magique liée à l’agriculture (1R18) et à la médecine (2R1).
Auparavant l’homme ressentait une culpabilité lorsque son comportement était diffèrent de celui du groupe ou des autres peuples. Progressivement Israël ose être différent des autres, il n’en a plus un sentiment de culpabilité, bien au contraire, imiter les comportements des païens em obscurcissant sa foi, c’est un péché. Le péché est bien moins lourd à porter que la culpabilité psychologique d’être non-conformiste car le péché est vécu à l’intérieur d’une relation d’Alliance avec un Dieu vivant. Dieu pardonne aux croyants et, en leur accordant la victoire, il les encourage sur son chemin.
- Ce qui fait vivre le peuple, ce n'est plus les ancêtres, c'est Dieu.
- Et il y a des femmes stériles et des femmes étrangères qui participent à la naissance d'un peuple.
- Un Esprit nouveau, la Ruah, fait vivre le peuple. L'Esprit de Dieu n'est pas un Esprit envoûteur Dieu, ne manipule pas la relation pour qu'elle produise tel résultat, le signe que c'est bien l'Esprit Saint qui agit est le fait que le peuple puisse dire non : Dieu veut des fils.
- Dans la manière dont il a quitté les mythes anciens, le peuple biblique a retrouvé très fortement des raisons de vivre et de mourir. Quand il fait mémoire de l’invitation de Dieu qui délivre, il renouvelle sa rencontre avec Lui. Le rappel de cette relation faite d’invitation et de liberté provoque la même attitude créatrice et décidée dans la société.
- Il n'y a pas à opposer l'Esprit aux institutions : tantôt le roi, tantôt le prophète, tantôt le prêtre vont concourir à la foi populaire.
- Et dans le couple, ayant appris la liberté, la femme (et l’homme) peut être un vrai partenaire et accomplir son désir d’aimer.
Ainsi, l’Histoire humaine est le lieu sacré de la révélation d’un insaisissable partenaire divin : un Autre que l’on découvre pas à pas, ouverts à ses appels. « Je Suis Celui que je serai » dit le Seigneur à Moïse (Ex 3,14 ). C’est une présence qui donne son poids de gloire au réel. Cette Révélation est si forte qu’elle est une naissance, une création.
L'Exode est un commencement mais il faut la succession des générations pour dire que le Sinaï et la naissance d'Israël était véritablement une oeuvre de l'Esprit Saint.
La durée fait progresser : au désert le peuple ne sait pas où il va et il se plaint, en exil le peuple souffre encore et dit "Seigneur tu nous conduis" : c'est l'habitus de la foi.
Françoise Breynaert et Catherine Le Peltier