Avec le dogme de l'Assomption, l'Eglise proclame solennellement que la Vierge Marie est montée au ciel avec son corps.
Plutôt que de parler du "tombeau" de Marie, il est donc plus exact d'évoquer le sanctuaire d'où elle monta aux cieux comme le sanctuaire de "l'Assomption", car le corps de la Mère de Jésus n'est plus sur cette terre.
Cependant le terme "tombeau" demeure dans la tradition populaire, en Terre sainte, pour signifier justement le lieu où fut vécu le miracle de l'Assomption. Voici donc la relation de cette tradition locale :
"Le tombeau d'une mère est le lieu le plus sacré de l'affection humaine. L'enfant bien né y retourne toujours comme au sanctuaire des souvenirs impérissables où les vieilles histoires entendues sur ses genoux reprennent vie et où se perçoit le geste de sa main traçant une dernière bénédiction. Si la mère est muette dans le tombeau, les fleurs qui l'ornent prolongent son message silencieux.
Notre mère très douce, Marie, fut, un jour, déposée dans un tombeau qui devint un tabernacle de gloire, rempli par les harmonies des chœurs angéliques, et dont, le troisième jour, elle s'élança vers la lumière suprême.
Le sanctuaire de l'Assomption de Notre Dame est l'un dont l'authenticité est le plus fortement contestée. Malgré les efforts déployés par les partisans d'Ephèse, elle n'en demeure pas moins le lieu où, à défaut d'avoir conservé la maison où Marie finit ses jours, peut être célébré dans une grande église son Assomption.
Les défenseurs de l'Assomption à Ephèse se reposent sur des visions de scènes décrites de façon ambigüe par la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerick. On peut dater la fuite à Ephèse de Jean et de Marie autour de 37-40, mais ils revinrent, semble-t-il, à Jérusalem dès la fin de la persécution de Caracalla et leur maison près d'Ephèse est attestée, mais il serait injustifié d'y voir une retraite de plus de 3 ans et demi (cf Apocalypse) alors que la fin de vie à Jérusalem est bien attestée à partir de la réunion à Sion à la fin de la persécution de Caracalla en 41 par la réunion de tous ls apôtres autour d'elle.
Le schéma le plus probable et qui respecte toutes les traditions quand elles sont en accord, est le suivant :
- Marie fut à la Sainte Sion depuis le jeudi Saint jusqu'à la persécution de Caracalla en 37;
- Marie rejoindra un lieu isolé (à Meriem Ana près d'Ephèse) avec Jean jusqu'à la fin de la dispersion de tous les apôtres, en 40-41.
- Au retour, réunion de tous les apôtres à la Sainte Sion et adieux à Marie des missionnaires qui ne la reverront plus.
- Marie retourne à Gethsémani jusqu'à l'Assomption. Sa maison disparaît avec les travaux romains qui comblent le fond du vallon du Cédron.
La préhistoire du sanctuaire de l'Assomption rejoint un des aspects les moins explorés mais les plus évidents, d'après le symbole des Apôtres et les textes judéo-chrétiens et apocryphes qui en développent la tradition, du christianisme primitif, c'est-à-dire de la dévotion à la très Sainte Vierge. Ancrée dans le coeur des premiers chrétiens, cette dévotion repose assurément sur des souvenirs matériels, toujours présents, de la Mère de Dieu.
Parmi ceux-ci le « Tombeau de la Vierge » - ou plutôt le "lieu du repos" avant l'Assomption (1)- occupe, selon les affirmations des auteurs apocryphes, une place éminente parce qu'il est étroitement relié au fait historique de son Assomption qui dut impressionner fort les premiers chrétiens. D'autre part, tandis que les autres souvenirs s'estompaient pour laisser une liberté respectueuse à la dévotion populaire, le «Tombeau de la Vierge» enrobé de légende en demeura le fondement.
Quant à notre siècle aux exigences critiques insatiables, il reste encore assoiffé en présence d'une montagne de matériaux qui contiennent peu d'éléments vraiment historiques. Aussi est-il intéressé à connaître les données de la tradition et à étudier ses linéaments séculaires que nous réunissons ici à la manière d'une mosaïque.
Dans la vallée des tombeaux, Gethsémani
Au temps du Christ, la vallée du Cédron était sensiblement plus profonde - une vingtaine de mètres environ - que de nos jours et elle était encastrée à l'ouest par une côte abrupte tandis qu'à l'est une pente douce suivait la déclivité du Mont des Oliviers.
Un sentier à paliers taillé dans la pierre dont les restes furent découverts sur les flancs des deux versants, descendait de la porte nord de la Ville Sainte pour traverser le torrent du Cédron; là, il contournait un jardin connu sous le nom de Gath-Schamani (qui signifie pressoir d'olives) puis escaladait le Mont des Oliviers. C'est à cet endroit que les apocryphes, avec une rare unanimité, placent la sépulture de la Vierge.
D'ailleurs, cette zone fut toujours affectée à l'inhumation. La localisation ne se base pas seulement sur la simple destination reconnue par l’usage mais elle répond aux données certaines de la tradition.
L'Evangile parle de Gethsémani comme s'il s’agissait d'une propriété privée exploitée par le propriétaire lui-même. Le terme grec chorios est explicite tandis que l'attribut chèpos, traduisible par le mot bosquet, apporte une heureuse précision. La suggestion n'est pas dénuée de fondement car l'Evangile mentionne clairement ce lieu «où Jésus se retirait souvent avec ses disciples» de sorte que le traître Judas était assuré d'y trouver son Maître, et qui, pour tous ces motifs, pouvait bien être destiné à la sépulture de la Vierge. D'autre part, il est reconnu que la coutume juive affectionnait la sépulture dans une propriété privée de préférence à toute autre.
Ce que disent tradition et histoire
Les quatre premiers siècles de l'ère chrétienne n'ont laissé aucun écrit relatif au Tombeau de la très Sainte Vierge. Toutefois il n'est pas impossible, grâce aux données de l'histoire générale de l'Eglise, d'en reconstituer la préhistoire qui se confond avec celle du vénérable sanctuaire.
Il va de soi que le fait historique de l'Assomption de Notre Dame contribua fort à fixer le site de son Tombeau dans la tradition locale. Cependant trente ans ne s'étaient pas écoulés que les chrétiens étaient chassées de la Ville Sainte, et la vallée du Cédron devenait une «terre brûlée» quand Titus fit construire par les légionnaires le mur de circonvallation qui longeait le versant du Mont des Oliviers.
Le site dit "tombeau de la Vierge" fut le premier site à n'être pas touché par les travaux puisque la falaise du Temple et des murs s'arrêtent là. Mais il se trouva submergé sous une avalanche de terre et de pierre qui dévalait pendant les pluies d'hiver depuis que les Romains avaient radicalement déboisé la zone.
Quand ensuite les ruines de Jérusalem se ranimant peu à peu virent naître une ville nouvelle le Tombeau de la Vierge céda probablement le pas dans la dévotion populaire à des endroits commémoratifs plus importants. Puis, en l'an 135, sous l'empereur Adrien, un vent de destruction réduisit en ruines les sanctuaires juifs et chrétiens.
Au lendemain du concile de Nicée (325), l'empereur Constantin lança une campagne active de recherches des sanctuaires chrétiens afin de les relever de leurs ruines et d'y rétablir le culte. Il est vraisemblable que le Tombeau de la Vierge ait bénéficié de ce traitement généreux. Tout porte à croire que lors de cette restauration générale le Tombeau ait été isolé du rocher dans lequel il était taillé, comme il s'était pratiqué pour le Tombeau du Christ.
Le silence de saint Jérôme n'est nullement négatif car il déclare s'en tenir à la description des sanctuaires honorés du titre de Basilique vu le grand nombre de lieux saints qu'on ne saurait visiter en un seul jour. D'ailleurs, il ne mentionne pas même le Prétoire dont l'importance est incontestablement plus grande.
Ce n'est qu'au Vè siècle que le sanctuaire de l'Assomption de Notre Dame à Gethsémani, acquiert son identité historique
Cette identité est encore un peu confuse car, avant le VIè siècle, la tradition locale ne s'affirme clairement ni dans la localisation ni dans le culte. Jacques de Saroug rapporte avoir vénéré la Tombe de la Vierge au sommet de l'olivette tandis que le lectionnaire et le calendrier arméniens, d'accord avec le calendrier géorgien, mentionnent la fête de l'Assomption de Notre Dame qui se célèbre seulement dans l'église de la Mère de Dieu à Kathisma, à trois kilomètres de la Ville Sainte, sur la route de Bethléem.
Ces versions historiques ont suscité des réserves au sujet de l'antiquité de la tradition locale qui fixe à Gethsémani le Tombeau de la Vierge mais elles ne sont nullement exclusives. En effet, des documents contemporains des témoignages précités affirment l'existence, au pied du Mont des Oliviers, à Gethsémani, d'une église dédiée à la très Sainte Vierge sans en spécifier le titre, ce qui laisse supposer une erreur dans la relation de Jacques de Saroug.
Cette supposition est d'autant plus admissible que son témoignage reste sans écho tandis que l'église de la vallée de Gethsémani s'impose peu à peu avec son titre de Tombeau de la Vierge.
La spécification du titre marial de l'église de Gethsémani va de soi car des documents semblent affirmer qu'elle est la première église de Jérusalem, à la porte Constantinienne, dédiée à la très Sainte Vierge; on y célébrait, selon l'usage de l’époque, la liturgie de la Dormition de la Mère de Dieu.
Comme cette fête était célébrée le 15 août, elle le fut - au VIè siècle - à la fois à la dormition du Mont Sion et au Tombeau de Gethsémani; ce fait constitue la meilleure preuve permettant d'affirmer que les deux sanctuaires avaient stabilisé à la même époque le même culte marial : "le 15 août, on célèbre la mémoire de la mère de Dieu dans l'église construite sous l'empereur Maurice à Gethsémani".
De toute évidence, ce témoignage attribue à l'empereur Maurice (582-602) l'érection du sanctuaire quand, par ailleurs, le bréviaire de Jérusalem (530), dans une note précise écrite cinquante ans avant l’avènement de cet empereur, atteste l'existence de l'église de l'Assomption de Notre Dame à Getsémani; de son côté, l'anonyme de Plaisance reprend la même affirmation dans son récit qui est également antérieur au règne de l'empereur Maurice.
La concordance de ces deux témoignages rend suspecte l'information du typicon géorgien qui confond sans doute la construction de l'église avec le décret par lequel l'empereur Maurice fixait au 15 août la célébration de la fête de la Dormition de la Mère de Dieu.
Au Xè siècle, Eutychius attribuera à l'empereur Théodose (395) la construction de la première basilique de l'Assomption mais il est téméraire d'affirmer l'existence d'un sanctuaire marial avant la tenue du concile d’Ephèse; il se peut fort bien qu'Eutychius ait voulu mentionner l'église de l'Agonie qui s'élevait tout à côté de la Basilique de l'Assomption.
Entre le Ve et le VIIe siècle l'église byzantine de l'Assomption connaît une fréquentation intense
Selon toute vraisemblance, la première église de l'Assomption de Notre Dame fut construite au Vè siècle et très probablement sous le pontificat de Juvénal, patriarche de Jérusalem (418-458), car son nom revient sans cesse dans les documents relatifs au sanctuaire marial de Gethsémani.
Au-dessus de l'oratoire primitif, on éleva alors une vaste église octogonale ornée d'une superbe colonnade; l'abside fut réservée au Tombeau de la Vierge. Il est difficile d'affirmer que les Perses saccagèrent ce sanctuaire, même s'il est évident que le grand restaurateur Modeste; patriarche de Jérusalem, soit intervenu en sa faveur.
Au VIIè et au VIIIè siècle, le sanctuaire connut une vie liturgique intense. Dès la conquête arabe, des musulmans ne craignirent point d'y vénérer «Notre Dame Marie»; au dire d' Eutichius, Omar lui-même y faisait volontiers ses dévotions. Un ancien chroniqueur syrien raconte que Mou'waiya, calife de Damas, se rendit faire ses prières au Tombeau de la Vierge à Gethsémani dès sa proclamation à Jérusalem comme prince des croyants.
En 808, le sanctuaire en pleine activité était desservi par un nombreux clergé, mais il se ressentit bientôt de l'abandon progressif auquel il fut condamné comme tous les monuments chrétiens et son histoire s'estompe alors dans un silence dramatique.
Reconstruite par les Croisés sous le nom de «Notre-Dame de Josaphat»
Les croisés trouvèrent le sanctuaire de l'Assomption de Notre-Dame en ruines. Un siècle avant leur arrivée en Palestine, la haine de l'hébréophile Hakem avait systématiquement détruit ce monument cher aux chrétiens et aux musulmans.
Cependant la crypte qui conservait la tombe de la Vierge, échappa à la démolition et demeura ensevelie sous les décombres.
En 1112, on releva le sanctuaire de ses ruines en respectant rigoureusement tous les souvenirs du passé. L'architecte superposa à la crypte, conservée avec ses caractéristiques byzantines, une église magnifique qui compléta l'ensemble de la Basilique mariale.
L'accès à la crypte était majestueux: on y descendait par un large escalier de marbre tandis que les murs et la voûte de ce portique grandiose étaient décorés de scènes de la mort et des funérailles de la très Sainte Vierge, inspirées du Transitus et exécutées selon les règles de l'iconographie byzantine. Une immense fresque de l'Assomption décorait la voûte de la crypte tandis que la Tombe de la Vierge était revêtue de marqueteries précieuses et de fines mosaïques. Un gracieux édicule, avec ciborium supporté par des colonnettes de marbre, l'enchassait comme dans un écrin.
Le sanctuaire reconstruit fut connu sous le nom de Notre-Dame de Josaphat et grâce au zèle des Bénédictins qui se le virent confier par Godefroy de Bouillon, il revécut les splendeurs du culte qu'il avait connues au VIIè et au VIIIè siècle, amplifiées par la solennité de la liturgie bénédictine.
Hélas! la victoire de Salah ed-Dine annonçait en 1187 une ère de malheurs et de destructions. L'église fut rasée au sol mais la crypte fut préservée de la ruine pendant que ses décorations superbes étaient saccagées.
Les chrétiens, tenaces, se partagèrent, selon le rite, l'espace qui avait été épargné et y élevèrent .les autels de leur liturgie. Même les musulmans, fidèles à leur culte traditionnel au Tombeau de la Vierge, prétendirent y avoir un lieu de prière; c'est sans doute vers 1187 qu'ils creusèrent le mihrab dans le mur byzantin de la crypte, à la droite du Tombeau.
En 1392, Gérard Calvetti, custode de Terre-Sainte, prit solennellement possession du sanctuaire et de la Tombe de la Vierge, selon les formalités juridiques de sorte que les Franciscains jouirent dès lors d'une préséance indiscutée sur les autres rites et de la propriété exclusive de l'édicule.
La jouissance de ces droits dura aussi longtemps que la domination égyptienne. Mais l'avènement des turcs en Palestine (1516) ouvrit l'ère des intrigues et de la vénalité et, en 1517, l'astuce, le chantage et l'or de Parteniost, patriarche grec orthodoxe, triomphèrent par la force et la violence en chassant les Franciscains du précieux sanctuaire de l'Assomption de Notre-Dame.
Depuis lors les catholiques attendent encore de recouvrer leurs droits afin de restaurer le culte sur ce que l'on continue à appeler faussement le "Tombeau" de leur Mère.
(Il Transito della B. Vergine Maria, op. cit, 48,50-285)
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(1) D'après une hypothèse savante, le comblement par les Romains de la vallée du Cedron reporte au nord le seul endroit où le sol original permet de placer le lieu probable de la "Dormition", parmi les tombeaux qui s'y trouvent.