La triple venue du Seigneur (Benoît XVI)

La triple venue du Seigneur (Benoît XVI)

« Nous savons qu'il y a une triple venue du Seigneur... La troisième se situe entre les deux autres... Ainsi il est venu d'abord dans la chair et la faiblesse ; puis dansl'entre deux, il vient en esprit et en puissance ; enfin il viendra dans la gloire et la majesté. »

(St Bernard[1])

Selon sa thèse, Bernard se réfère à Jean 14, 23 :

« Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui. « (Jean 14, 23)

On parle explicitement d'une venue du Père et du Fils : c'est l'eschatologie du présent, développée par Jean. Elle n'abandonne pas l'attente de la venue définitive qui changera le monde, cependant elle montre que le temps intermédiaire n'est pas vide : en lui, précisément, il y a l'adventus medius, la venue intermédiaire dont parle Bernard.

[...]

Les modes de cette « venue intermédiaire » sont multiples :

* le Seigneur vient par sa Parole ;

* il vient dans les sacrements, spécialement dans la très Eucharistie ;

* il entre dans ma vie par des paroles ou des événements.

Il existe cependant aussi des modes de cette venue liée à une époque. L'œuvre de deux grandes figures - François et Dominique - entre le XII° et le XIII° siècle a été un mode par lequel le Christ est entré de nouveau dans l'histoire, faisant valoir de façon nouvelle sa parole et son amour ; une façon par laquelle il a renouvelé l'Eglise et porté l'histoire vers lui. Nous pouvons dire une chose analogue des figures des saints du XVI° siècle : Thérèse d'Avila, Jean de la Croix, Ignace de Loyola, François Xavier portent avec eux de nouvelles irruptions du Seigneur dans l'histoire confuse de leur siècle. [...]

Et pourquoi ne pas demander au Seigneur de nous donner aussi aujourd'hui de nouveaux témoins de sa présence dans lesquels lui-même se rapproche de nous ?

Et cette prière, qui ne vise pas immédiatement la fin du monde, mais qui est une véritable prière pour sa venue, porte en elle toute l'ampleur de cette prière que lui-même nous a enseigné :

« Que ton règne vienne ! » Viens, Seigneur Jésus !


[1] St Bernard, In Adventu Domini, Serm. III, 4. V, 1 : PL 183, 45A ; 50, C-D


Extraits de : Joseph Ratzinger, Benoît XVI,

Jésus de Nazareth. De l'entrée à Jérusalem à la Résurrection.

Parole et Silence, Paris 2011, p. 327-329