La loi naturelle et la politique

La loi naturelle et la politique

L'idée d'une loi naturelle se justifie par un raisonnement accessible à tous : nous ne sommes pas notre propre origine et l'univers n'a pas en lui-même sa raison d'être ultime (1). C'est la métaphysique. Font de la métaphysique aussi bien l'homme de Cro-Magnon qui enterre ses morts, l'Hindou qui recherche la source, et l'homme de la Bible qui prie son Créateur. La métaphysique est accessible à tous.

La métaphysique est le fondement philosophique de la loi naturelle, et c'est pourquoi la loi naturelle entre dans un dialogue inter-religieux et avec toutes les cultures. Le pape peut parler de la loi naturelle à l'ONU (2).

Le droit naturel est l'ancrage des lois humaines dans la loi naturelle (3). Le droit naturel n'est jamais une mesure fixée une fois pour toutes. Il est le résultat d'une appréciation des situations changeantes dans lesquelles vivent les hommes (4).

Quatre valeurs, la liberté, la vérité, la justice et la solidarité (5) correspondent aux exigences d'un ordre éthique conforme à la loi naturelle.

La loi naturelle contient aussi la propriété privée dans le cadre de la justice et l'idée de l'Etat de droit qui se structure selon le principe de subsidiarité, en respectant les personnes et les corps intermédiaires et en régulant leurs interactions (6).(7)

Le droit positif doit s'efforcer de mettre en œuvre les exigences du droit naturel. Il le fait soit par manière de conclusion (le droit naturel interdit l'homicide, le droit positif prohibe l'avortement), soit par manière de détermination (le droit naturel prescrit de punir les coupables, le droit pénal positif détermine les peines à appliquer pour chaque catégorie de crimes) (8).

« Le propre de la Cité terrestre, selon saint Augustin, est d'être mélangée : les justes et les injustes, les croyants et les incroyants s'y côtoient (9). Ils doivent temporairement vivre ensemble, selon les exigences de leur nature et les capacités de leur raison. L'Etat ne peut donc s'ériger en porteur du sens ultime. Il ne peut imposer ni une idéologie globale, ni une religion (même séculière), ni une pensée unique. » (10)

La référence à la loi naturelle est précieuse aujourd'hui.

« En premier lieu, face à la montée d'une culture qui limite la rationalité aux sciences dures et abandonne au relativisme la vie morale, elle insiste sur la capacité naturelle qu'ont les hommes à saisir par leur raison « le message éthique contenu dans l'être » (11) [...]

En deuxième lieu, face à l'individualisme relativiste qui considère que chaque individu est source de ses propres valeurs [...] elle rappelle le caractère non-conventionnel mais naturel et objectif des normes fondamentales qui régissent la vie sociale et politique. [...]

En troisième lieu, face à un laïcisme agressif qui veut exclure les croyants du débat public, l'Eglise fait valoir que les interventions des chrétiens dans la vie publique, sur des sujets qui touchent la loi naturelle (défense des droits des opprimés, justice dans les relations internationales, défense de la vie et de la famille, liberté religieuse et liberté d'éducation...), ne sont pas de soi de nature confessionnelle mais relèvent du souci que chaque citoyen doit avoir pour le bien commun de la société.

En quatrième lieu, face aux menaces d'abus de pouvoir, voire de totalitarisme, que recèle le positivisme juridique et que véhiculent certaines idéologies, l'Eglise rappelle que les lois civiles n'obligent pas en conscience lorsqu'elles sont en contradiction avec la loi naturelle et elle prône la reconnaissance du droit à l'objection de conscience ainsi que le devoir de désobéissance au nom de l'obéissance à une loi plus haute (12). » (13)


(1) COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, A la recherche d'une éthique universelle : Nouveau regard sur la loi naturelle, 20 mai 2009, §62

(2) Cf. Benoît XVI, Discours du 18 avril 2008 devant l'Assemblée générale de l'ONU : « Ces droits [les droits de l'homme] trouvent leur fondement dans la loi naturelle inscrite au cœur de l'homme et présente dans les diverses cultures et civilisations. Détacher les droits humains de ce contexte signifierait restreindre leur portée et céder à une conception relativiste, pour laquelle le sens et l'interprétation des droits pourraient varier et leur universalité pourrait être niée au nom des différentes conceptions culturelles, politiques, sociales et même religieuses. »

(3) COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, Ibid., § 89

(4) COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, Ibid., § 90

(5) Cf. Jean XXIII, Encyclique Pacem in terris, n° 37 ; Conseil pontifical Justice et paix, Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise, n° 192-203

(6) Cf. Pie XI, Encyclique Quadragesimo anno, n° 79-80.

(7) COMMISSION THÉOLOGIQUE INTERNATIONALE, Ibid., § 34

(8) Cf. saint Thomas d'Aquin, Summa theologiae, Ia-IIae, q. 95, a. 2

(9) Cf. saint Augustin, De Civitate Dei, I, 35 (« Corpus christianorum, series latina, 47 », p. 34-35)

(10) COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, Ibid., § 94-95

(11) Benoît XVI, Discours du 12 février 2007 au Congrès international sur la loi morale naturelle organisé par l'Université Pontificale du Latran (AAS 99 [2007], p. 243)

(12) Cf. Jean-Paul II, Encyclique Evangelium vitae, n° 73-74

(13) COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, Ibid., § 35


Synthèse F. Breynaert