Le tissu du Linceul de Turin

Le tissu du Linceul de Turin

- Ses dimensions:

environ 1,10 x 4,30 m. Ceci correspond à une dimension courante pour les linceuls de 2 coudées de large sur 8 coudées de long, mesure gréco-romaine utilisée couramment dans le bassin méditerranéen à l’époque de Jésus, la coudée valant environ 55cm. Il manque une bande de tissu d’environ 10 cm au niveau des pieds dans l’image de face, ce qui confirme bien sa dimension (430 cm + 10 cm = .55 cm x 8).

- Le tissage :

il s’agit d’un sergé de lin à chevrons, composé de fils d’environ 0,2 mm de diamètre et contenant 10 à 15 fibres torsadées. Ce sergé de " quatre " (3 lie 1) comportant 40 fils de chaîne au centimètre dans la largeur de l’étoffe et 25 fils de battues de trame par centimètre de longueur. Un  seul fil de trame parcourt la longueur du tissu.

Ce tissage a été effectué sur un métier à tisser primitif, manoeuvré à la main et aux pieds. Sa réalisation est typique, tant par le métier à tisser que la technique de la région de Tyr et Sidon (Liban actuel) de l’époque de Jésus de Nazareth. Elle était habituellement utilisée pour la soie, car il s’agit d’une technique longue et coûteuse  pour une toile de petite largeur : la confection du Linceul a pu demander de nombreuses semaines, voire plusieurs mois.

- Le blanchiment : le lin écru est naturellement brun et doit être blanchi, opération qui fragilise les fils. Le métier à tisser utilisé pour le Linceul étant de type archaïque, sollicite les fils de lin d’une manière trop importante, de sorte que ceux-ci risquaient de se rompre s’ils étaient blanchis. C’est pour cela que le blanchiment de la toile était effectué seulement après tissage. Dans ce cas, il persiste une tache brune après l’opération de blanchiment dans le croisement des fils. C’est ce que l’on retrouve sur la toile du Linceul.

Grâce à l’amélioration technique des métiers à tisser, à partir de IIIe - IVe siècle, ce mode de blanchiment a été abandonné au profit du rouissage des fils avant le tissage.

- Présence de coton :

des fils de coton ont été retrouvés prisonniers dans la structure même du tissage, par le professeur Gilbert Raës (Belgique), indiquant que le coton faisait partie des matières premières utilisées par le tisserand. Leur examen a permis de déterminer l’espèce de coton : Gossypium Herbaceum, espèce caractéristique du Moyen-Orient, différente de celle des Indes. [1] 

- La présence de pollens :

29 espèces caractéristiques du Moyen-Orient dont 3 spécifiques qui ne peuvent provenir que des rives du Jourdain et de la Mer Morte.

- Les inscriptions :

des traces d’écritures sur l’envers de la toile ont été identifiées autour du visage.

La conservation :

remarquable, inexplicable, unique en archéologie.

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[1] Aucune trace de laine n’a encore été retrouvée incorporée dans le tissage, indiquant par là que ce tisserand était juif, car il était interdit de tisser en mélange le végétal et l’animal (tissu mixte : coton-laine etc...). Les ateliers de tissage se spécialisaient soit dans la laine, soit dans le végétal, pour satisfaire à cette loi religieuse.