Les inscriptions sur la toile du Linceul

Les inscriptions sur la toile du Linceul de Turin

Des traces d’écritures sur l’envers de la toile auraient été identifiées autour du visage. Matthieu (27, 66), en parlant des prêtres et des pharisiens qui s'étaient rendus chez Pilate, écrit :

"ils ont pris toutes les dispositions utiles pour faire garder le tombeau, et ils ont mis les scellés sur la pierre et la garde".

Les sadducéens (les prêtres) et les pharisiens étaient inquiets que l’on puisse affirmer que Jésus était ressuscité, si son corps disparaissait. C’est pourquoi ils mirent une garde et firent apposer des scellés par un huissier, sur l’entrée du tombeau.

Selon la loi religieuse, le tombeau se trouvait souillé parce qu’il contenait la dépouille d’un condamné,et cette impureté empêchait de le réutiliser tant « que les chairs ne se sont pas détachées des os ». Il semblait aussi logique que l'huissier identifie le cadavre sur le linceul lui-même, comme étant bien celui de Jésus, mais de cela, l’évangéliste ne souffle mot.

Si une identification a été portée sur le linceul, cela n’a pu se faire que sur la face extérieure de la toile, et vraisemblablement , dans l’esprit de l’époque, au niveau de la tête. Sur le Linceul de Turin , elles doivent donc se situer sur l’envers de la toile.

Plusieurs bandes de lettres encadrant le visage de l’homme du Linceul

Deux italiens, Monsieur Ugoletti et le professeur Marastoni, crurent déceler des lettres écrites sur le Linceul de Turin au niveau de la face, et en firent une communication qui parut dans le numéro de décembre 1980 de la revue Sindon. Le mot IN NECEM, en particulier, aurait été lu sur le côté du visage, à l’aide d’un filtre optique à variation de fréquence. Mais le caractère aléatoire de cette découverte la condamna à rester dans le domaine de la curiosité.

Cependant, en France, le Père Dubois fit une découverte analogue peu après, ce qui apportait un certain crédit aux deux italiens, mais tout ceci resta dans le domaine de la confidentialité.

Une recherche commencée en 1994 et menée par le professeur André Marion, de l’Institut d’Optique de l’Université de Paris IV, confirme les découvertes précédentes d’une manière remarquable. En effet, les lettres, si elles existent, ne sont plus visibles aujourd’hui, la peinture serait donc tombée de la toile. Cependant, il doit en rester des traces « fantômes » qu’il faut rechercher, en particulier au niveau des croisements des fils.

Un traitement numérique sur informatique de l’image de la toile du Linceul au niveau de la tête a permis de retirer l’information de l’image, celles des traces de sang et des défauts de tissage ; il ne doit alors rester que les lettres fantômes. C’est ainsi que le professeur Marion a pu mettre en évidence plusieurs bandes de lettres encadrant le visage de l’homme du Linceul.

Les premiers résultats de ces recherches ont fait l’objet d’une communication, le 4 janvier 1995, lors d’une réunion scientifique du CIELT (Centre International d’Etudes sur le Linceul de Turin, 50 avenue des Ternes 75017 Paris), communication qui a été publiée par cet organisme sous le titre « Nouveaux regards sur le Linceul de Turin ».

On pourra lire aussi avec intérêt le livre écrit par le prof. A. Marion et A.L. Courage : « Nouvelles découvertes sur le Suaire de Turin, Albin Michel, 1997 ».

De nouvelles perspectives de recherches s'ouvrent

Ces recherches permettent aujourd’hui d’affirmer que trois bandes de lettres encadrant le visage du Linceul sont décelables par un traitement numérique de l’image, par ordinateur. Ces lettres se sont effacées, mais l’encre utilisée a altéré les fils de la toile et permet, par un traitement informatique approprié, de les faire ressortir. Toutes ne sont pas encore déchiffrées, mais d’ores et déjà, les lettres retrouvées avec certitude permettent de reconstituer les mots latins suivants :

- sur le côté gauche du visage : IN NECE (à mort !),

- sous le visage : 2 lettres, N et R, pouvant provenir de INRI (Jesus Nazarenus Rex Judaeorum).

Le fait de trouver le mot INRI indique, si ce mot est confirmé, que l’huissier était romain, pour plusieurs motifs :

- le texte est écrit en latin

- l’inscription INRI, qui est celle du titre de la croix, avait été jugée déplacée par les prêtres du Temple qui en demandèrent le retrait, mais Pilate refusa (Jean 19, 22).

- les prêtres et les pharisiens ne pouvaient pas pénétrer dans le tombeau sans se souiller et ce n’est pas un membre de la garde qui pouvait tenir le rôle d’huissier.

- les prêtres et les pharisiens avaient besoin de la caution administrative et juridique des romains prouvant par une démarche officielle la mort de Jésus, et authentifiant le cadavre.

Une fois l’inscription portée sur le linceul, la pierre fut à nouveau roulée, obturant l’entrée du tombeau et des scellés furent apposés par l’huissier. Le pseudo-évangile de Pierre (évangile apocryphe), indique qu’il y apposa sept scellés, mais rien ne permet d’affirmer que ce chiffre symbolique est exact.

Au cours de l’été 2002, la toile du Linceul a été déposée de sa doublure pour être restaurée. Ainsi, le verso du Linceul a pu être découvert et filmé.

Ceci présente un énorme avantage, car auparavant, on ne disposait, tout comme le professeur Marion, que de l’image de face (recto). De nouvelles perspectives d’études s’offrent donc aujourd’hui pour les recherches de ces lettres fantômes.