St Jérôme défend la virginité perpétuelle de Marie

Saint Jérôme défend la virginité perpétuelle de Marie

Que Marie, après la naissance virginale de Jésus, n’aie pas eu de rapports matrimoniaux avec Joseph et pas eu d’autres fils, c’est une donnée professée en chœur par les Pères de l’Église des IV-VI° siècles (1). Il y a peu de voix isolées et contestataires comme celles de Jovinien, Bonose, Helvidium.

Les réponses de saint Jérôme aux objections :

Parmi les pères de l’Eglise, saint Jérôme est celui qui s’est confronté de la manière la plus ouverte aux difficultés exégétiques pour la défense de la "virginitas post partum". Lui aussi voulait confirmer la foi diffuse au sein de l’Église. En rejetant les attaques contre la virginité perpétuelle de Marie du laïc Helvidium (un disciple de l’évêque aryen Maxence de Milan), Jérôme lui dédia une monographie mariologique dans laquelle il affronta toutes les objections :

1) L’indication de Marie comme "femme" (mulier coniunx), Mt 1,20.24, serait utilisée aussi ailleurs dans l’Écriture pour désigner une mariée vierge, comme par exemple en Dt 22,23; 30,7.

2) Si les évangélistes parlent des "parents" de Jésus (Lc 2,27.41.43) ou si Joseph fut indiqué par Marie comme "le père" (Lc 2,48), cela n’est pas parce que Joseph fut réellement le géniteur du Rédempteur, mais parce que Joseph le laissa croire pour défendre la bonne réputation de Marie.

3) A propos de "avant (antequam) qu’ils aient mené vie commune" (Mt 1,18), Jérôme fait apparaître que cette préposition, même si elle indique souvent effectivement ce qui suit, l’Écriture parfois cependant souligne seulement ce qui en fait n’est pas arrivé.

4) Au sujet de « jusqu’à ce [donec] qu’elle mette au monde son fils » (Mt 1,25), Jérôme, en rappelant d’autres passages bibliques comme Jr 7,11 (cité selon les LXX), Mt 28,20, 1Cor 15,25, Dt 34,6 et d’autres, tâche de montrer que ce mot dans l’Écriture a une double signification et peut indiquer un temps déterminé ou indéterminé.

5) Quand à l’idée de premier-né (primogenitus) (Mt 1,25 et Lc 2,7) Jérôme s’opposa ainsi à son adversaire: « Car la loi (Nm 18,15) sur les premiers-nés inclut aussi l’enfant auquel ne succède aucun autre frère, il en résulte que le titre de premier-né appartient à n’importe quel enfant qui ouvre le sein maternel et avant qui personne d’autre n’est né, et non pas seulement à celui qui est suivi d’autres frères. » Si dans le récit de l’ange exterminateur d’Egypte (Ex 12,29), les aînés avaient seulement indiqués ceux qui avaient des frères, « alors les fils uniques auraient été épargnés par la mort. »

6) Quant à la mention par Helvidium des "frères" de Jésus, l’exégète explique que cette indication dans l’Écriture signifie souvent une relation basée sur la "sympathie", comme par exemple dans le psaume 132,1, les hommes et dans le Nouveau Testament parfois tous les chrétiens, sont appelés « frères » (Jn 20,17; 1 Cor 5,11) ou encore, cela indique ceux qui ont un autre degré de parenté comme en Gn 27,46; 29,1-12; 31,17.

7) Jérôme contesta la solution suggérée par le Protévangile de Jacques (= les frères sont les fils du mariage premier de Joseph) et il s'efforça d'alléguer une autre explication plausible.

Il explique que dans le cas des frères du Seigneur il s'agissait de "cousins", (fils de frères et sœurs du côté de la mère). Il pouvait appuyer sa thèse sur le fait que philologiquement l'hébreu et l'araméen n'ont pas un mot particulier pour "cousins" et ils utilisent pour cette désignation "frères" (ainsi en Gn 13,8; 14,14; Lv 10,4; 1 Chro 23,22).

Siméon est un cousin du Seigneur : Jérôme connaissait, même s'il ne le cite pas, le récit d'Eusèbe (Mémoire d'Egésippe, écrit autour de l'an 180) où il est écrit que Siméon est un « fils de Cléophas, un oncle du Seigneur » (2).

Jacques le mineur est lui aussi un cousin du Seigneur : fils de cette Marie (Mc 15,40; Mt 27,56), qui devait être la femme d'Alphée (cfr. Mt 10,3; At 1,13) et la sœur de Marie, la mère du Seigneur.

Jérôme fit aussi cette réflexion à Helvidium :

« Tu affirmes que Marie n'est pas restée vierge. Je vais au contraire encore au-delà et je dis: Joseph, suivant l'exemple de Marie, a vécu vierge lui aussi, pour que le fils virginal fût engendré par un mariage virginal. Autrement dit, si un homme saint ne peut être suspect d'un rapport extra-matrimonial, et si il n'est pas écrit qu'il ait eu une autre femme, si finalement il a été pour Marie, qui dans l'opinion des gens était considérée son épouse, plus un protecteur qu'un conjoint, alors il ne reste plus qu'à conclure que celui qu'on appelait le père du Seigneur, ait vécu virginalement avec Marie. » (3)

Que de cette manière les Pères de l'Église aient mis dans la main de saint Joseph "le lis de la virginité", n'est pas un anachronisme théologique-biblique, mais la conséquence d'un refus rigoureux de la solution du Protévangile de Jacques (apocryphe qui présente Joseph comme un vieil homme veuf, ayant déjà eu d'autres enfants).

Conclusion

Saint Jérôme conclut ainsi :

« Que Dieu soit né d’une Vierge, nous le croyons parce que nous le lisons ; que Marie, après la naissance de Jésus, ait eu des rapports conjugaux, nous ne le croyons pas parce que nous ne le lisons pas. » (4)


(1) Voir G.SÖLL, Storia dei dogmi mariani, Roma 1981., p.104-108; 136-141

(2) EUSÈBE, Histoire ecclésiastique III,11.12

(3) Saint JERÔME, Discours 225,2

(4) G. SÖLL, Storia dei dogmi mariani, Roma 1981, p.137-139. Les argumentations de saint Jérôme se trouvent dans : Adversus Helvidium: PL 23.


A. Gila