Assiout (Egypte 2000)

Le contexte de la Haute Egypte

La région d’Assiout est celle d’Egypte où la minorité chrétienne est la plus importante (allant en certaines localités jusqu’à 25 % de la population), c’est aussi celle où les tensions entre coptes et fondamentalistes musulmans sont les plus constantes et les plus meurtrières. Au demeurant, la cathédrale Saint-Marc d’Assiout, venait d’être reconstruite à grands frais par l’évêque Mikhâ’il, au terme d’un conflit de près de trois ans avec les autorités égyptiennes, qui s’opposaient à l’entreprise.

Par ailleurs, cette région a été, selon la tradition copte, visitée par la Sainte Famille lors de son exil en Egypte ; les premières apparitions se sont produites alors que des milliers de coptes affluaient sur le site du monastère de Sainte-Marie, à Deir Durunka, à environ 10 km au sud-ouest d’Assiout, afin d’y célébrer la fête annuelle du jeûne de la Vierge (voir ce sanctuaire)

Enfin, de nombreux croyants, à la suite du pape Shenouda III, ont vu un signe dans le fait que ces apparitions coïncidaient avec la célébration du deuxième millénaire chrétien, qui avait motivé, en février 2000, la visite en Egypte du pape Jean Paul II.

Récit des apparitions

Le 17 août 2000, vers vingt-trois heures trente, la Vierge a commencé à apparaître à de nombreux témoins, coptes et musulmans, au-dessus des dômes de l’église Saint-Marc à Assiout, rue de l’Evêché.

La Mère de Dieu s’est d’abord manifestée sous la forme d’un halo de lumière intense, entouré d’un tourbillon d’éclairs, certains de teinte bleue ou verte, et de grandes colombes. Progressivement, l’apparition s’est ensuite précisée, jusqu’à ce que les témoins soient en mesure de l’identifier comme la Vierge tendant ses bras vers les fidèles. « Elle était très belle, confie un témoin, Sarwat Hani Marzouk, couverte d’un long voile bleu. » Les phénomènes se poursuivirent sans discontinuer jusqu’à trois heures du matin, puis s’interrompirent, mais reprirent de quatre heures à six heures.

Des centaines de personnes accoururent sur les lieux, et les forces de sécurité furent obligées de faire évacuer le secteur.

Les mêmes phénomènes se répétèrent les nuits suivantes, entre deux heures et six heures, attirant des foules de plus en plus nombreuses, venues des quatre coins de l’Egypte, parfois en car et en voyage organisé, passant la nuit sur les lieux en prière, dansant et chantant :

« Viens Marie, viens ! Ta lumière est sur la Croix ! »

Lors d’une de ces apparitions, l’ombre d’un moine fut aperçue près de la Vierge, sans que quiconque pût l’identifier. Certains observateurs ont aussi senti très nettement un parfum suave d’encens qui emplissait l’atmosphère.

Enquête

Le gouverneur de la province ordonna une nuit de couper l’alimentation électrique de toute la zone afin de prouver qu’il s’agissait d’une mystification, mais l’apparition n’en fut point affectée.

Guérisons

Maints témoins ont affirmé avoir bénéficié de guérisons miraculeuses après avoir vu la Vierge. Le cas le plus spectaculaire est sans doute celui de Mme Ensaf Gobran Salwan, qui souffrait d’une cirrhose du foie compliquée d’une affection de la rate et d’un diabète sévère ; elle se trouva complètement guérie après avoir assisté à l’apparition de Notre- Dame les 5 et 6 octobre 2000, dans le cadre d’un voyage organisé ; la guérison fut authentifiée par un éminent spécialiste musulman, le docteur Gamal Amin.

Pas de message explicite

Pas plus que lors de ses autres apparitions récentes dans la vallée du Nil, la Vierge n’a laissé de message explicite.

Reconnaissance officielle

Dès le dimanche 3 septembre 2000, le clergé d’Assiout avait fait une déclaration, reproduite le 15 du même mois dans Al-Keraza, le journal officiel du patriarcat copte orthodoxe, attestant la bonne foi des centaines de témoins et relevant : « Alors que certaines personnes qui étaient venues pour voir la Vierge ne l’ont pas vue, d’autres qui passaient par hasard en ces lieux ont pu la voir. »

Le chef de l’Eglise copte orthodoxe, le pape Shenouda III, et le métropolite Mikhâ’il d’Assiout ont suivi avec attention les événements et ont recueilli de nombreux témoignages. Lors de sa visite pastorale aux Etats-Unis et au Canada en août 2000, Shenouda III a reconnu publiquement l’authenticité de ces apparitions et y a vu un signe du ciel pour confirmer les coptes dans leur foi.

Le 10 décembre, il réitéra sa conviction dans la presse égyptienne, déniant une éventuelle origine satanique aux phénomènes religieux :

« Les démons, dit-il, éprouvent toujours une grande crainte de la Croix et n’auraient jamais approché celle-ci comme l’ont fait les apparitions au sommet de l’église Saint-Marc à Assiout. »

Des voix discordantes se sont toutefois élevées, notamment d’intellectuels coptes dans l’hebdomadaire Rosa al-Youssef, mais aussi du pasteur Baki Sedka, responsable d’une église protestante proche de la cathédrale Saint-Marc d’Assiout, qui rétorque n’avoir jamais rien observé d’anormal, sinon des vols de pigeons au-dessus des toits de l’édifice.


Christian CANNUYER, professeur de l’université catholique de Louvain « Assiout », dans : René LAURENTIN et Patrick SBALCHIERO, Dictionnaire encyclopédique des apparitions de la Vierge. Inventaire des origines à nos jours. Méthodologie, prosopopée, approche interdisciplinaire, Fayard, Paris 2007, annexes.