Dessein de Dieu ou décret irrévocable d'Allah ?

Domenico Veneziano Annonciation
Domenico Veneziano, Annonciation, Pala di Santa Lucia dei Magnoli, predella 3, 1445, (Fitzwilliam Museum, Cambridge) - (wikipedia.org, CC-PD-Art)

Le déterminisme dans l'islam

Dans le Coran, le second récit de l’Annonciation s’achève par ces mots : « Nous ferons de lui [le fils de Marie] un Signe pour les hommes ; une miséricorde venue de nous. Le décret est irrévocable. » (Coran 19, 17b-21) Et il n’y a pas de Oui de Marie, l’ange n’attend pas sa réponse.

Certains théologiens musulmans voudraient bien parler comme les chrétiens, en associant les notions de libre arbitre et d’omniscience de Dieu ; mais ils se heurtent à plusieurs sourates du Coran qui affirment la prédestination.

- On ne peut accomplir que ce que Allah a écrit pour nous (Sourate 9, 51).

- Un homme peut être guidé par Allah, alors il est bien guidé, mais il peut être aussi dévié par Allah, alors il se perd (Sourate 7, 178-179).

- Un décret éternel a décidé que certains ne croiraient pas (Sourate 36, 7-10).

La tradition musulmane a encore durci cette vision des choses en rendant très rigide la notion de déterminisme. Un fameux Hadith (les Hadith sont une source d’autorité majeure après le coran) dit ceci :

« [A l’embryon dans le sein de sa mère ] l’ange insuffle l’esprit vital et ordonne quatre paroles prescrites : sa subsistance, la fin de sa vie, ses actions et son bonheur ou son malheur. Je jure sur Allah, en dehors duquel il n’y a pas d’autres dieux, que celui qui agit avec les gens du paradis jusqu’à être proche d’eux de la distance d’un bras, sera écrasé selon ce qui lui est prescrit : il agira comme les gens de l’enfer et il ira en enfer. Celui qui agit avec les gens de l’enfer jusqu’à être proche d’eux de la distance d’un bras, sera retourné selon ce qui lui est prescrit : il agira comme les gens du paradis et il ira au paradis. » [1]

[1] Al Bukhari, The translation of the meanings of Sahih of Al-Bukhari, vol 8, Medina 1970, p. 387

En conséquence, tout ce qui est dit du mérite dans la foi chrétienne devient inconsistant dans la foi musulmane, et en particulier ce qui est dit du mérite de Marie. Entre Allah et les hommes, il n’y pas d’Alliance qui suscite une réponse, une attitude responsable. Le coran présente simplement Marie comme une femme « dévote » qui « se prosterne et s’incline » (sourate 3, 43). Et c’est bien ce que souligneront les commentaires de Razî.

La foi chrétienne est bien différente

L’enseignement biblique est bien différent. Dieu a donné la liberté. Dieu est juste est il récompense. Dieu fait alliance et il n'est pas indifférent à l'attitude humaine.

Même lorsque saint Paul dit que Dieu le Père « nous a prédestinés à être saints et immaculés en sa présence dans l’amour » (hymne aux Ephésiens), il ne s’agit pas d’un déterminisme, simplement Dieu n’a pas créé sans but et pour l’absurde, il nous a créés pour la sainteté et l’amour. Et il a créé l’univers en vue de l’Incarnation, pour que le Fils prenne chair et unisse l’humanité à la vie divine. Ayant désiré l’Incarnation du Fils, Dieu avait aussi désiré la mère par laquelle cette Incarnation aurait lieu ! Mais Marie était libre, comme aussi toutes les autres créatures.

Les grands auteurs chrétiens ont soulignés la responsabilité de Marie, et comment dans le dessein de Dieu, il était important que Marie soit libre, méritante et responsable, par exemple Cabasilas, en Orient.


Extrait de :

F. Breynaert, Marie et l'islam, dans « Miles Immaculatae », Anno XLIV, fasc I, 2008

Breynaert (Françoise Breynaert)


A propos de l’auteur

Breynaert (Françoise Breynaert) Voir toutes ses publications

Née en 1963. Docteur en théologie (Marianum, Rome). J'ai rencontré les fondateurs du projet "Marie de Nazareth" en septembre 2001 et je me suis mise à leur service en partant à Rome dès le mois d'octobre. J'ai étudié à la faculté pontificale de théologie "Marianum", en apportant au projet des fiches de synthèse en français, entre les années 2002 et 2005. Pendant ces années à Rome, en 2004, j'ai soutenu une thèse de doctorat "L'arbre de vie, symbole de la spiritualité de saint L-M de Montfort", avec la mention Summum cum laude (mention suprême).
En 2006, j'ai donné la formation mariologique au séminaire franciscain de Jérusalem (en italien). Entre temps, j'ai aussi parfois donné des sessions de formations dans des communautés classiques ou dans d... Voir plus