Jésus avait-il des frères ? (Synthèse)

1. L’Eglise confesse que Marie est « toujours Vierge »
La virginité perpétuelle de Marie exprime que la conception et la naissance de Jésus ont été miraculeuses et que Marie est restée vierge ensuite, sans donner vie à d’autres enfants. Ce fait a une signification profonde : la virginité de Marie signifie sa consécration totale à Dieu, corps et âme, dans le prolongement du « oui » donné à l’Incarnation : Marie était une âme toute entière consacrée à Jésus et à sa mission dans l’histoire du salut.

2. Il s’agit d’une tradition remontant aux origines
Les évangélistes insistent sur la conception virginale de Jésus. La virginité pendant et après l’enfantement a été ensuite affirmée par tous les Pères (sauf Tertullien), en particulier saint Ambroise et saint Augustin, (« virgo concepit, virgo perperit, virgo permansit ») qui réagirent vigoureusement contre ses détracteurs. Saint Jérôme réfuta Helvidius qui proposait Marie comme modèle des mères de familles nombreuses. Saint Thomas d’Aquin pourra dire : "C’est une abomination l’erreur d’Helvidius qui dit que Marie engendra d’autres fils à Joseph".

3. C’est un dogme de foi affirmé depuis les anciens conciles jusqu’à aujourd’hui
Le second Concile de Constantinople (en 553) précisa que Marie est « toujours vierge », puis le Concile du Latran (en 649) reçu par toutes les Eglises, le réaffirma.
Pie XII l’a rappelé à l'intérieur de la proclamation "ex cathedra" du dogme de l’Assomption.
Le Concile Vatican II, dans la consitution dogmatique "Lumen genitum" sur l'Eglise, dit que Marie se consacre entièrement à l’œuvre de son Fils qui dure jusqu’au salut de tous les hommes (LG 56) et que « l’enfantement n’a pas lésé la virginité de Marie mais il l’a consacrée » (LG 57). Marie est Vierge non seulement pour être la mère du divin Rédempteur mais pour devenir pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère (LG 61).

Y a-t-il eu des doutes ? Quelles peuvent être les objections ?

Trois expressions de l’Ecriture ont suscité parfois quelques commentaires, même si elles n’ont pas troublé la foi des premiers lecteurs attentifs de l’Ecriture, qui connaissaient tous les contextes :

  • Objection 1. Le Nouveau Testament parle de Jésus comme « Premier né » (Lc 2,7 - récit de Noël) : cela veut-il dire qu’il y a eu un deuxième et un troisième enfant né de Marie ?

  • Objection 2. Il est aussi écrit : « Joseph ne la connut pas jusqu’au jour où elle enfanta un fils » (Mt 1,25). Comme l’expression biblique « connaître » désigne aussi les relations sexuelles, cela signifie-t-il que Joseph a connu Marie après le jour de l’enfantement ?

  • Objection 3. Enfin, dans le Nouveau Testament, 7 citations évoquent des « frères et sœurs » de Jésus : En Mc 6,3 et Mt 13,55 : « Celui-ci n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? ». Ac 1,14 parle des « frères de Jésus ». Ga 1,19 parle de « Jacques, le frère du Seigneur ». Jude 1 parle de « Jude frère de Jacques » (qui peut être le frère du Seigneur). Jn 2,12 évoque : « sa mère, ses frères et ses disciples ». Et Mt 12,46 et ses parallèles parlent de « sa mère et ses frères ». Marie aurait-elle donc eu d’autres enfants ?

Les réponses aux objections
  • L’objection 1 n’a pas de poids : Jésus « Premier né » ne signifie pas qu’il y a eu un second :

    Luc note que Marie met au monde son fils premier-né (Lc 2, 7) mais que cela ne sous-entend pas qu’il y a eu un deuxième ou un troisième. Cette indication prépare la présentation de Jésus au Temple, avec le sacrifice prescrit par Moïse pour le rachat des premiers-nés ou, plus précisément, de ceux qui ouvrent le sein, expression biblique que Luc reprend (Lc 2,23). On rachetait le premier-né dans le mois qui suivait sa naissance, c’est-à-dire sans qu’on sache s’il aurait ou non un cadet.

  • L’objection 2 est aussi facile à surmonter :

    Mt 1, 25 insiste seulement sur la conception virginale de Jésus et n’implique aucunement des relations sexuelles entre Joseph et Marie après l’enfantement du Christ. Lorsque la Bible dit par exemple « Nos regards sont tournés vers le Seigneur notre Dieu jusqu’à ce qu’il nous prenne en pitié » (Ps 123,2) cela ne signifie pas qu’après avoir obtenu miséricorde, nos regards se détourneront de Dieu.

Une réponse complète à la troisième objection doit additionner plusieurs arguments forts :

  • 1. Jacques et Joset sont appelés « frères de Jésus » mais ils sont sûrement les fils d’une autre Marie

    Jacques, Joset (Mc) ou Joseph (Mt) - les premiers deux frères de Jésus nommés en Mc 6,3 et Mt 13,55 - étaient très probablement les fils d’une Marie différente de la mère de Jésus. Marc dit en effet : « Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé » (Mc 15,40). Cette « Marie » est encore appelée plus loin « Marie, [mère] de Joset » (15,47), puis « Marie [mère] de Jacques » (16,1). Lc 24,10 aussi fait mention de « Marie, celle de Jacques ».

    2. Simon et Judes sont des cousins du Seigneur

    Simon était « le fils d’un oncle du Seigneur », « fils de Cléophas, frère de Saint Joseph », selon Hegesippe, originaire d’Orient, probablement de Syrie-Palestine, qui écrivit vers 150-200 des "mémoires" dont Eusèbe de Césarée rapporte plusieurs extraits (Eusèbe, Histoire ecclésiastique III,11-12 et 19-20). Après le martyre de Jacques, Simon fut nommé évêque à "parce que c’était un second cousin du Seigneur": "second" est à comprendre en lien avec Jacques, qui devait donc être aussi le cousin de Jésus (et non pas son frère au sens strict).

    3. Les « frères et sœurs » de Jésus ne sont jamais appelés « fils ou filles de Marie ».

    Seul Jésus est appelé « le » fils de Marie, ou « le » fils du Charpentier. Et de la Vierge on dit seulement qu’elle est « la mère de Jésus ».

    4. Jésus n’aurait pas confié Marie à Jean au pied de la Croix (Jn 19, 26) s’il avait eu des frères de sang.

    Si Marie s’était remariée après son veuvage ou si elle avait eu d’autres enfants, elle n’aurait pas pu quitter les siens pour aller chez le disciple. Athanase, Hilaire, Epiphane et Jérôme y voient confirmée la virginité perpétuelle : « Si Marie avait des fils et si son mari était encore en vie, pour quel motif le Christ aurait-il confié Marie à saint Jean ? ».

    5. Tout cela vient du fait qu’il n’y a pas de mot en hébreu ou en araméen pour dire « cousin ».

    Ce sont les mots « frères » et « sœurs » qui désignent la parenté proche. La tradition orale s’est fixée en araméen avant d’être écrite en grec dans l’Evangile. C’est dans cette culture orale que s’est fixée l’appelation « frères de Jésus » pour désigner ses proches parents. Ce « titre de gloire » reconnu aux cousins de Jésus fut conservé quand l’Evangile a été écrit ou traduit en grec, de même que les Septante ont traduit servilement l’original hébreu de l’Ancien Testament en utilisant le terme grec « frère » (« adelphos ») et non cousin (« anepsios ») lorsqu’il y a un rapport de parenté beaucoup de plus large. Il y a d’abondantes attestations de cet usage : par exemple Lot et Jacob qui sont les neveux, respectivement, d’Abraham, Gn 11,27; 14,12, et de Laban, Gn 29,12; sont appelés leurs frères (Abraham-Lot: Gn 13,8; 14,14.16 ; Laban-Jacob: Gn 29,15).

    6. Dans le grec néo-testamentaire, le mot frère a souvent une signification qui n’est pas biologique.

    Dans le texte grec du Nouveau Testament, le mot « frère » en grec (« adelphos ») se rencontre 41 fois avec le sens de « frères biologiques » ; « Frères » dans le sens « adeptes d’une même religion » est cité 213 fois ; « Frères » comme « collaborateurs proches » : 22 fois, dans les épîtres de Paul et Pierre ; Et « frères » comme « membres d’une même communauté ou famille » : 42 fois.

    7. Nouvel exemple de cet usage : la « sœur » de Marie au pied de la Croix, qui est sûrement sa cousine
    Jn 19, 25 parle d’une certaine Marie, sœur de Marie la mère de Jésus. Il ne peut bien sûr s’agir d’une sœur de sang ou même d’une demi-sœur car les parents n’auraient pas donné le même nom à deux enfants.

    Donc l’incertitude du mot « frère » ou « sœur » en grec est telle qu’il n’est pas sérieux de s’appuyer sur ce mot pour affirmer que Marie ait eu d’autres enfants. L’ensemble de ces arguments tirés de l’Ecriture apporte une réponse très sérieuse aux objections.

    8. Avec Marie « toujours Vierge » s’accomplissent aussi certains beaux textes de l’Ecriture

    « L’homme me ramena vers la porte extérieure du sanctuaire, celle qui fait face à l’orient ; elle était fermée. Le Seigneur me dit : " Cette porte restera fermée ; on ne l’ouvrira pas ; personne n’entrera par là ; car le Seigneur, le Dieu d’Israël, est entré par là ; elle restera fermée. » (Ezéchiel 44,1-2) C’est en faisant référence à cet oracle que saint Zénon de Vérone († 380) appelle Marie la « porte close » par laquelle, sans l’ouvrir, Jésus est entré dans le monde. La Vierge est aussi le « jardin clos », la « fontaine scellée » du Cantique des cantiques.

    9. Enfin, il y a un argument de bon sens qui rejoint le sens commun de la foi

    Déjà Philon, juif, avait compris que Léa cessa d’enfanter (Gn 29,35) après avoir engendré son quatrième fils, Judas parce que son nom qui veut dire « louer Dieu », signifie le sommet de la perfection (De Plantatione, 135). Combien plus Marie, après avoir engendré la plénitude de la perfection, cessa t-elle d’enfanter ! Il faut bien mal connaître qui est Marie et qui est Joseph pour penser qu’ils ont pu avoir des enfants après avoir accueilli l’Incarnation du Fils de Dieu. Marie a reçu la visite de Dieu, et depuis, elle est toujours vierge, voilà la nouveauté, voilà l’histoire sainte, l’impact de Dieu dans son existence personnelle qui est encore plus consacrée uniquement à Jésus à partir de ce moment.

Conclusion

L’Eglise d’Orient et d’Occident confesse Marie « toujours vierge » (Aieparthénos). L’Incarnation du Verbe de Dieu dans le sein virginal de Marie a suscité la stupeur, l’admiration et la louange. Le fait que Marie n’ait pas d’autres enfants mais qu’elle soit toujours vierge, ne suscite aucun conflit entre la raison et la foi -si les méthodes d’exégèse sont saines- mais c’est surtout un fait riche en signification : la divinité de Jésus comble Marie, et la consacre encore davantage. La virginité de Marie est un don et une grâce qui inspirent. Les trois étoiles traditionnelles sur les icônes de la Mère de Dieu évoquent cette virginité de Marie, avant, pendant et après l’enfantement du Christ : qu’elles illuminent nos cœurs !


Olivier Bonnassies et Françoise Breynaert