La nuit de l'esprit (S. Jean de la Croix)

La véritable nuit de l'esprit ne commence qu'après la nuit des sens, qui en constitue l'indispensable préparation.

Cantique de l'âme, strophe 1 :

Par une nuit profonde,

Etant pleine d'angoisse et enflammée d'amour,

Oh ! L'heureux sort !

Je sortis dans être vue, tandis que ma demeure était déjà en paix.

Explication :
« C'est dans les ténèbres de mon intelligence, dans les angoisses de ma volonté, dans les afflictions et les chagrins de ma mémoire, que je suis sortie ;
je me suis abandonnée aveuglément à la foi pure, qui est une nuit obscure pour toutes mes puissances naturelles ; seule la volonté, touchée de douleur et d'affliction, était embrasée d'amour de Dieu. [...]
Ça a été un grand bonheur et une heureuse fortune pour moi [...] Car unie à l'amour divin, ma volonté n'aime plus d'une manière basse par ses forces naturelles, mais avec la force et la vertu de l'Esprit Saint ; voilà pourquoi elle n'agit plus d'une manière humaine à l'égard de Dieu. Il faut en dire tout autant de la mémoire, dont tous les souvenirs se sont changés en pensées éternelles de gloire. »

(Nuit obscure de l'esprit, chapitre IV)[1]

La présence amie :
« Tout est étroit pour cette âme ; elle ne se contient plus en elle-même ; ses désirs dépassent le ciel et la terre. [...]
Les ténèbres où elle se trouve l'affligent de doutes et de craintes ; c'est ensuite l'amour de Dieu qui l'embrase, la stimule d'une blessure amoureuse et la presse d'une manière admirable. [...] Néanmoins, au milieu de ces peines qui proviennent des ténèbres et de l'amour, l'âme sent en elle une certaine présence amie avec une certaine force qui l'accompagnent partout et la soutiennent.
Aussi quand le poids de ces ténèbres angoissantes vient à cesser, elle se sent très souvent seule, dénuée de tout et faible ; et la raison en est que l'énergie et la force de l'âme lui étaient données et communiquées passivement par ce feu ténébreux de l'amour dont elle était investie ; aussi, dès que cette communication est venue à cesser, les ténèbres ont elles également cessé, ainsi que la force et la chaleur de son amour. »

(Nuit obscure de l'esprit, chapitre IX)[2]

Les fruits de la nuit de l'esprit :
« L'âme a pu sortir sans être vue, c'est-à-dire sans être arrêtée par toutes ces puissances qui étaient endormies et mortifiées durant cette nuit [...]
Elle voit clairement dans quel triste esclavage elle se trouvait, et à combien de misères l'assujettissait l'activité de ses passions et de ses convoitises.
Elle connaît alors que la vie de l'esprit est la véritable vie et le trésor qui renferme des biens inestimables. »

(Nuit obscure de l'esprit, chapitre XIII)[3]


[1] Saint Jean de la Croix, Oeuvres spirituelles de saint Jean de la Croix. Seuil, 1947., p. 556-557

[2] Ibib., p. 596-597

[3] Ibib., p. 611-612


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Breynaert (Françoise Breynaert)


A propos de l’auteur

Breynaert (Françoise Breynaert) Voir toutes ses publications

Née en 1963. Docteur en théologie (Marianum, Rome). J'ai rencontré les fondateurs du projet "Marie de Nazareth" en septembre 2001 et je me suis mise à leur service en partant à Rome dès le mois d'octobre. J'ai étudié à la faculté pontificale de théologie "Marianum", en apportant au projet des fiches de synthèse en français, entre les années 2002 et 2005. Pendant ces années à Rome, en 2004, j'ai soutenu une thèse de doctorat "L'arbre de vie, symbole de la spiritualité de saint L-M de Montfort", avec la mention Summum cum laude (mention suprême).
En 2006, j'ai donné la formation mariologique au séminaire franciscain de Jérusalem (en italien). Entre temps, j'ai aussi parfois donné des sessions de formations dans des communautés classiques ou dans d... Voir plus