La préparation de la « Pleine de grâce »

Vitrail Marie Fille de Sion, basilique Ste Marie Majeure, Rome
Vitrail Marie Fille de Sion, basilique Ste Marie Majeure, Rome, © F.Breynaert, CCP$=

Marie est « Pleine de grâce » (Lc 1, 28) pour correspondre à sa tâche ! Dieu a persévéré dans sa volonté de faire d’Israël une épouse toute pure (Ct 4,7), capable de lui dire Oui quand viendra la pleine lumière. Marie est la fille de Sion immaculée (1), le reste saint d’Israël, prête à ce Oui.

Dieu avait fait la promesse de purifier son peuple de toute souillure avec une eau limpide, pour le rendre docile à sa parole qui donne la vie. Ce n’est plus un cœur de pierre, mais un cœur de chair qui battra en chacun : un cœur nouveau, fruit d’un nouvel esprit (Ez 36,25-27).

Marie a ce cœur là, limpide, un cœur de chair, sensible, un cœur qui bat au rythme du cœur de Dieu.

La transformation radicale des cœurs a comme un reflet sur la matérialité de Jérusalem. « Je te donnerai des fondements de saphir. Je ferai tes créneaux de rubis, tes portes d’escarboucles, et toute ton enceinte de pierres précieuses. » (Is 54,11-12). Dieu transforme et opère de grandes choses. Dans la même foi qu’Isaïe, les chrétiens attendent la "Jérusalem céleste", qui descend d’en haut (Ap 21,2).

Le renouvellement admirable promis à la ville antique a son commencement exemplaire en Marie. Marie est comme cette Jérusalem construite en pierres précieuses. Elle pointe sur l’horizon de l’histoire comme une aube radieuse qui prélude le Soleil de justice, le Christ.

Isaïe rappelle que Dieu est créateur de l’univers (Is 51,13) et il ajoute, «Ton Créateur est ton époux […] : ton Rédempteur est le Saint d’Israël» (Is 54,5). Le sens de telles paroles est évident : si YHWH est assez puissant pour être le Créateur de tout, il ne sera pas moins puissant pour mettre fin à l’exil et pour "récréer" son peuple. Au moyen de Cyrus il l’affranchira du joug babylonien (Is 5,7.12-13) ; et par le Serviteur souffrant, il transformera les siens en «chênes de justice» (Is 61,1-3).

En Marie resplendit la puissance de Dieu qui «recrée» l’homme : elle est le prélude digne du Christ qui est la «nouvelle création» par excellence, ou encore, la nouvelle Eve à côté du nouvel Adam (cf. Rm 5).

« Je ferai ma demeure au-dessus d’eux, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Et les nations sauront que je suis YHWH qui sanctifie Israël, lorsque mon sanctuaire sera au milieu d’eux à jamais. » (Ez 37,27). La proximité de Dieu avec les siens, dans le temple de pierre, est le levain qui sanctifie le peuple dans son ensemble.

Quand le Verbe se fait l’un de nous, le temple de pierre cesse. Marie est devenue le tabernacle où Dieu s’unit à notre chair. En Marie, Dieu s’est fait proche et sanctifie son peuple. (2)


(1) Expression de J. Ratzinger, La fille de Sion, Parole et Silence, Paris 2002, p.73-79

(2) Cf. A.SERRA, “Immacolata”, in Nuovo dizionario di mariologia, a cura di de Fiores, ed. san Paolo, Milano 1985, p.691-695


Extraits de F. BREYNAERT, A l'écoute de Marie, préface Mgr Rey,

Brive 2007, (diffusion Mediapaul) Tome 1, p. 72-74