Le couronnement de la Vierge dans l'art

Le couronnement de Marie, tympan XIII° siècle. Cathédrale de Chartres
Le couronnement de Marie, tympan du porche nord, aussi appelé "portail de l'Alliance", XIII° siècle. Cathédrale de Chartres (France). Wikimedia CC.
Jacopo Torriti (1295), Couronnement de la Vierge Rome
Jacopo Torriti (1295), Couronnement de la Vierge avec anges, saints, le pape Nicolas IV et le cardinal Colonna. Mosaïque de l'abside de la basilique Sainte-Marie-Majeure.
Couronnement, St Louis des français
Charles Mennin, Assomption, transformée par Manno, au XIX° siècle, en un couronnement de Marie. Eglise Saint Louis des Français, Rome. Photo © F.Breynaert, CCP$=
Fra Angelico, Le couronnement de la Vierge Cellule 9 du couvent saint Marc,
Fra Angelico, Le couronnement de la Vierge, fresque, 1440-1444. Cellule 9 du couvent saint Marc, Florence. Wikimedia CC.
Couronnement de la Vierge, portail de la cathédrale de Reims
Couronnement de la Vierge, portail de la cathédrale de Reims, XIII°siècle. ©Breynaert
Enguerrand Charonton, Le couronnement de Marie,  Wikipedia CC.
Enguerrand Charonton, Le couronnement de Marie, 1454, huile sur toile, 183 x 220 cm. Hospice, Villeneuve-les-Avignon (France). Wikipedia CC.
Couronnement de la Vierge. Cathédrale Notre-Dame de Paris.Wikimedia CC.
Portail de la Vierge. Cathédrale Notre-Dame de Paris. Dessin, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, Eugène Viollet-le-Duc, tome 8. 1856. Wikimedia CC.

Le thème du couronnement de Marie apparaît en Occident au XII° siècle, pour deux motifs :
- Pour saint Bernard, l'épouse du Cantique des Cantiques, traditionnellement identifiée à l'Eglise, est aussi la Vierge Marie. Or, dans l'antiquité, lors de ses noces, l'épouse est couronnée !
- La maturation de la doctrine de l'Assomption amène aussi le thème du couronnement de Marie, la première, elle reçoit la couronne de vie promise par le Christ (Ap 2, 10).

Le couronnement de la mariée, ou des époux, signifie la perfection et l'achèvement de leur union, c'était une coutume commune à tous les peuples.
La couronne du baptême est une couronne de mariage, couronne de vie (cf. Ap 2,10), une couronne d'immortalité; en dernières analyses, la couronne est le Christ lui-même, c'est sa présence.
Le rite du couronnement faisant déjà partie des noces chrétiennes (couronne et cheveux déliés), il devint un attribut de la vierge qui se marie et, de façon plus générale, de la virginité. Une preuve indirecte est représentée par le rite de la consécration des vierges - inspiré de la célébration des noces chrétiennes - rite qui prévoyait la remise du voile à la vierge et son couronnement de la part de l'évêque, accompagnée par ces mots: "Reçois un signe du Christ sur ta tête, pour que tu deviennes son épouse et si tu restes en cet état, tu seras couronnée pour l'éternité."

Le second motif est lié au premier. En méditant sur l'Assomption, les spirituels médiévaux reconnaissent l'accomplissement de la relation sponsale de Marie avec le Christ- Epoux.

Les premiers monuments du couronnement de la Vierge (ou de l'Eglise identifiée à la Vierge) se trouvent en Angleterre :
- Le tympan du portail sud de l'église de Quenington, dans le Gloucestershire, peut-être dès 1140.
- Le chapiteau de Reading, dans le Berkshire.

Selon le martyrologue d'Oengus (vers l'an 800), l'Immaculée Conception était célébrée le 9 mai, et l'Assomption était répartie entre deux fêtes, le 18 janvier - comme dans la liturgie gallicane, et le 15 août comme dans l'usage romain. Momentanément supprimée, cette fête fut instaurée de nouveau par le concile de Londres en l'an 1129.
De sorte que l'on est justifier à se demander si le tympan de Quenington, et le chapiteau de Reading, ne couronnent pas les deux privilèges de Marie, son immaculée conception et son Assomption.

Le couronnement de Marie.
Pour le couronnement proprement dit, le modèle fondamental est celui Tympan de Senlis : le Christ couronné bénit la Vierge qui porte déjà sa couronne. Ils sont assis sur le même trône (le synthrotos). On retrouve ce schéma dans l'abside de Sainte-Marie du Trastévère à Rome etc.

Couronnement de Marie et jugement dernier.
Sur les façades de Laon (1195-1205), Paris (après 1208), Amiens (après 1220), les portails du jugement dernier et du couronnement forment un diptyque monumental aux volets complémentaires.
La couronne est en effet la « couronne de vie » (Ap 2, 10). La Vierge bénéficie déjà de la promesse qui concerne tout homme. Cette femme purement humaine est la première à accomplir le projet de Dieu pour l'homme : la divinisation.

Couronnement de Marie par la Trinité.
Pour souligner que le couronnement de Marie signifie la vie éternelle, la communion aux énergies divines, la communion à l'amour de Dieu Trinité, les peintres ont représenté le couronnement par les trois personnes divines. Tout l'art consiste à ne pas situer Marie à l'intérieur du cercle des personnes divines : elle demeure une créature.
En 1454, Euguerrand Charonton peint un "couronnement de Marie" d'une très haute densité spirituelle. La Croix, Marie et l'Esprit Saint dessinent la voie lumineuse du salut, et Marie, créature divinisée dans l'amour, vit dans le cœur de Dieu.

Le couronnement des images de Marie.
L'intercession de Marie obtient des grâces pour lesquels les gens sont reconnaissant. Un geste de reconnaissance consiste à couronner l'image de Marie localement vénérée, sachant que la vénération des images sainte s'adresse à la personne qui est représentée.
C'est ainsi que durant tout le deuxième millénaire, beaucoup de fresques, de tableaux, de statues ont reçu un ajout tardif : une couronne sur la tête de Marie. C'est une expression de gratitude.


Biblographie :

Cf. Philippe Verdier, Le couronnement de la Vierge, Paris 1980, p. 18-21

Maria Giovanna MUZJ, La vergine Madre e la Trinità nell'iconografia cristiana, in De Trinitatis Mysterio et Maria. Acta congressus mariologici mariani internationalis in civitate Romae anno 2000 celebrati, Pont. Accademia Mariana Internationalis, città del vaticano 2004, p. 490-498

Breynaert (Françoise Breynaert)


A propos de l’auteur

Breynaert (Françoise Breynaert) Voir toutes ses publications

Née en 1963. Docteur en théologie (Marianum, Rome). J'ai rencontré les fondateurs du projet "Marie de Nazareth" en septembre 2001 et je me suis mise à leur service en partant à Rome dès le mois d'octobre. J'ai étudié à la faculté pontificale de théologie "Marianum", en apportant au projet des fiches de synthèse en français, entre les années 2002 et 2005. Pendant ces années à Rome, en 2004, j'ai soutenu une thèse de doctorat "L'arbre de vie, symbole de la spiritualité de saint L-M de Montfort", avec la mention Summum cum laude (mention suprême).
En 2006, j'ai donné la formation mariologique au séminaire franciscain de Jérusalem (en italien). Entre temps, j'ai aussi parfois donné des sessions de formations dans des communautés classiques ou dans d... Voir plus