Le Fils, le Fils de Dieu (Benoit XVI)

Icône du Christ Pantocrator. Musée chrétien byzantin d’Athène.
Icône du Christ Pantocrator. Musée chrétien byzantin d’Athène. Wikimedia CC. Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0

Nous suivrons Joseph Ratzinger, Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, dans le chapitre « Les affirmations de Jésus sur lui-même ». p. 365-383 dont voici le résumé :

1° Dans la culture de l'Ancien Testament, l'expression « Fils de Dieu » désigne principalement le roi et ne pouvait pas désigner clairement ce que les chrétiens comprennent en parlant de Jésus Fils de Dieu, cependant le psaume 2 visait un roi à venir bien au delà des rois de Sion.


2° Jésus s'est révélé comme « Fils », et son langage, aussi bien chez Matthieu que Jean, chez Luc et chez Marc, est un langage qui exprime le mystère trinitaire de l'amour entre le Père et le Fils et pour le monde.



3° L'Eglise naissante a repris l'expression « Fils de Dieu », et le concile de Nicée a du préciser le langage avec le mot « consubstantiel (homoousios) » non pour ajouter mais pour retenir l'incomparable nouveauté de la révélation que Jésus a faite et redire ce que Pierre disait à Jésus : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16).

L'expression « Fils de Dieu » : un titre d'origine complexe [1].

« L'expression fils de Dieu provient de la théologie politique de l'Orient ancien. [A Babylone ou en Egypte, on donnait le roi le titre de Fils de Dieu (rituel d'engendrement à Babylone, ou acte juridique d'adoption divine en Egypte).]
C'est là dessus que sera fondé le rite d'intronisation des rois d'Israël, que nous rencontrons dans le psaume 2, 7-8 :

"J'énoncerai le décret de YHWH: Il m'a dit: "Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. Demande, et je te donne les nations pour héritage, pour domaine les extrémités de la terre."" [...]

Trois points sont particulièrement évidents ici.
Le privilège qu'à Israël d'être le fils premier-né de Dieu se voit concrétisé dans la figure du roi, et ce dernier personnifie la dignité d'Israël.
Cela signifie, deuxièmement, que l'antique idéologie royale, l'engendrement mythique à partir de Dieu, se voit écartée au profit d'une théologie de l'élection. L' engendrement devient élection. [...]
Mais ce qui apparaît en troisième lieu, c'est que la promesse de la domination sur tous les peuples, empruntée aux grands rois d'Orient, est totalement disproportionnée à la situation réelle du roi du mont Sion. Ce n'est qu'un très modeste souverain disposant d'un pouvoir instable qui finit en exil et n'a pu être rétabli par la suite que pour une période assez brève et dans un état de dépendance par rapport aux grandes puissances.
Ainsi, l'oracle royal de Sion (Ps 2, 7-8) devait d'emblée devenir une parole d'espérance dans le roi à venir, qui allait bien au-delà de l'instant et de « l'aujourd'hui » du roi intronisé. [...]

Le discours de Paul dans la synagogue d'Antioche reprend le psaume 2 (Ac 13, 29-33).
« Il enseigne des Juifs. Les Juifs avaient déjà transformé la théologie politique des rois de Babylone ou d'Egypte, tout en conservant à l'expression « fils de Dieu » un caractère politique, royal.
Saint Paul apporte une ultime transformation : Dieu a établit son roi dans le Christ, mort et ressuscité. Le titre "Fils de Dieu" se détache de la sphère politique et devient l'expression d'une union particulière avec Dieu qui se manifeste dans la crucifixion et la Résurrection. [...]
Quelle profondeur atteint cette unité, cette condition de Fils de Dieu, cela ne peut évidemment pas s'expliquer à partir de ce contexte vétérotestamentaire. D'autres courants de la foi biblique et du propre témoignage de Jésus doivent s'associer pour donner à l'expression toute sa signification.

[1]

, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 364-365

Le titre « Fils », que Jésus se donne lui-même [2]

Décisif est le témoignage de l'évangile de Jean (nous trouvons ce titre « Fils » 18 fois) et le cri d'allégresse messianique rapporté par Matthieu (Mt 11, 27) et par Luc (Lc 10, 22).

Commençons par saint Matthieu :

« En ce temps-là Jésus prit la parole et dit: "Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Tout m'a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.» (Matthieu 11, 25-27)

Dans sa prière de louange, le Seigneur nous dit exactement la même chose que ce qui figure à la fin du prologue de saint Jean :

« Nul n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l'a fait connaître. » (Jean 1,18).[...]

Seul le « Fils connaît réellement le Père, et connaître réellement le Père, c'est toujours participer à la connaissance du Fils, c'est la révélation qu'il nous donne (« c'est lui qui l'a fait connaître dit Jean).
Connaît le Père seulement celui à qui le Fils veut le révéler.
Mais à qui le Fils veut-il donc le révéler ? La volonté du Fils n'est pas arbitraire. Les paroles témoignant de la volonté de révélation du Fils en Matthieu 11, 25-27 renvoient au verset 25, où le Seigneur dit au Père : tu l'as révélé aux tout-petits. [...]

Si nous considérons le cri d'allégresse des synoptiques dans toute sa profondeur, il apparaît qu'en effet il contient déjà toute la théologie johannique du Fils. Là aussi la condition de Fils est une connaissance réciproque et l'unité dans la volonté. Là aussi le Père est celui qui donne, et qui a tout remis au Fils et qui a ainsi fait le Fils égal à lui-même (Jn 17, 10). Et là aussi ce don fait par le Père rejoint sa création, le monde « Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16). Le mot « unique » rappelle aussi Abraham, qui n'a pas refusé son fils, le fils « unique » à Dieu (cf. Gn 22, 2.12). Le don du Père se parachève dans l'amour du fils jusqu'au bout, c'est à dire jusqu'à la croix.
Le mystère trinitaire de l'amour, qui apparaît dans le titre « Le Fils », ne fait qu'un avec le mystère de l'amour dans l'histoire, qui s'accomplit dans la Pâque de Jésus.
Enfin, dans l'évangile de Jean aussi, le titre « le fils » trouve sa place dans la prière de Jésus.

Ainsi au titre de « fils » correspond la simple formule d'interpellation « Père », dont l'évangéliste Marc a conservé la version originelle araméenne « Abba » dans la scène du mont des Oliviers. Joachim Jeremias a consacré des études détaillées montrant la singularité de cette façon qu'a Jésus de s'adresser à Dieu, car elle dénote une familiarité qui était impensable dans le monde de Jésus. Ce qui s'exprime en elle, c'est « l'unicité » du « Fils »[1].


[1] Paul nous fait savoir que les chrétiens, en raison de leur participation à l'Esprit du Fils qui leur est donné en Jésus, sont autorisés à dire « Abba, Père »( Rm 8, 15 ; Ga 4, 6). Cela montre clairement que cette nouvelle façon de prier des chrétiens n'est justement possible qu'à partir de Jésus, à partir de lui, l'Unique.

[2]

, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 368-373

« Fils de Dieu » dans le langage de l'Eglise [3]

Les trois expressions « fils de l'homme », « fils », « je suis » manifestent le profond enracinement de Jésus dans la Parole de Dieu, la Bible d'Israël, l'Ancien Testament. Mais c'est en Jésus seulement que ces trois expressions prennent tout leur sens. [...]
Aucune de ces trois expressions de pouvait donc devenir, en l'était, un langage de profession de foi de la communauté, de l'Eglise naissante.
L'Eglise naissante a placé de contenu de ses trois expressions centrées sur « le Fils », dans la locution « Fils de Dieu » (Mc 1, 1).
Il a fallut bien des processus complexes et laborieux pour clarifier complètement cette nouvelle signification et la préserver des interprétations mythologiques et polythéistes aussi bien que politiques.
Pour ce faire, le premier concile de Nicée (325) a recouru à l'adjectif « consubstantiel » (Homoousios). Loin d'helléniser la foi, de la charger du poids d'une philosophie qui lui serait étrangère, ce mot à justement retenu l'incomparable nouveauté, l'incomparable différence apparue dans les dialogues de Jésus avec son Père.
Dans le symbole de Nicée, l'Eglise ne cesse d'affirmer ce que Pierre disait à Jésus :

« Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16).

[3]

, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 383


Synthèse F. Breynaert

Benoît XVI (sa sainteté le pape)


A propos de l’auteur

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Le Cardinal Joseph Ratzinger, le Pape Benoît XVI, est né à Marktl am Inn, dans le diocèse de Passau (Allemagne), le 16 avril 1927 (Samedi saint); il a été baptisé le jour même.

Son père, officier de gendarmerie, était issu d'une vieille famille d'agriculteurs de Bavière du Sud, aux conditions économiques très modestes.
Sa mère était fille d'artisans de Rimsting, au bord du lac Chiem. Avant son mariage, elle travailla comme cuisinière dans divers hôtels.

Son enfance et son adolescence se sont déroulées dans la petite ville de Traunstein, près de la frontière autrichienne, à trente kilomètres de Salzbourg. Dans ce cadre qu'il a lui-même qualifié de « mozartien », il reçut sa formation chrétienne, humaine et culturelle.
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