L'éducation chrétienne à la lumière de Nazareth

Fort de son expérience de père, de responsable des ressources humaines d'une grande entreprise puis de directeur d'une grande école, Yannick Bonnet propose les principes de base pour une éducation réussie, « Neuf fondamentaux de l'éducation ».

Dans la première partie, il évoque

- le développement de la personnalité de l'enfant pour qu'il puisse s'assumer de façon responsable,

- sa socialisation pour qu'il s'intègre harmonieusement dans la vie sociale,

- et l'aide à lui apporter pour qu'il trouve un sens à sa vie pour qu'il soit heureux.

Dans la seconde partie, il traite

- de la difficulté de l'éducation à l'adolescence, du rôle et de l'importance de l'entourage,

- de la place et de l'aide que peut apporter la religion dans l'éducation.

En Jésus-Christ, Dieu s'est fait homme. Lui qui a créé Adam à partir de rien aurait pu s'incarner sans passer par neuf mois de gestation, douze années d'enfance et dix huit années de vie à la fois professionnelle, familiale, religieuse et citoyenne.
Non seulement Il a voulu suivre ce cycle de croissance depuis l'embryon jusqu'à la force de l'âge mais Il s'est laissé éduquer humainement par ses parents, sans que cela ne trouble en rien la mission reçue du Père (« Je dois être aux affaires de mon Père ») et sans que cette mission à venir ne remette en cause l'obéissance due aux parents (« Il leur était soumis »).

On comprend que Jean-Paul II, supporter inconditionnel de la famille et de son rôle éducateur (Tertio millenos ineunte n°47), nous incite dans la lettre apostolique citée ci-dessus à contempler le visage du Nazaréen "(n°18), resté trente ans en famille dans la plus grande discrétion, avant de n'évangéliser que trois ans " !
Or le même Jean-Paul II dans l'exhortation apostolique, Pastores dabo vobis, sur la formation des prêtres, insiste fortement sur la formation humaine, Fondement de toute la Formation sacerdotale (n°43).

Constatons que Jésus-Christ, le souverain prêtre, s'est laissé former humainement par un couple de parents modèles, Joseph le juste et Marie l'Immaculée. Il a ainsi témoigné que, pour la personne humaine, destinée au service spirituel de ses frères, le fondement de la formation est d'abord d'ordre naturel : en quelque sorte le surnaturel se pose "sur" le naturel. Jean-Paul II détaille cela : personnalité équilibrée, forte et libre - éducation au respect de la personne, au sens de la justice, à la fidélité à la parole donnée - équilibre du jugement et du comportement - maturité affective - éducation de la sexualité - etc. etc.
Tous ces termes peuvent être repris pour les vocations des laïcs, dans le mariage ou le célibat. Qui pourrait nier que le mariage, par exemple, n'est pas d'abord une réalité naturelle ?
Que la solidité de l'union humaine nécessite des personnalités "matures" ?
Que cette maturité dépend fortement de l'éducation humaine reçue depuis tout petit et confortée au moment de l'adolescence ?
Qu'il serait illusoire qu'une "préparation au mariage", étalée sur quelques mois, voire quelques semaines, puisse effacer miraculeusement un déficit d'éducation familiale de la personne ?

Le Christ, vrai Dieu en même temps que vrai homme, n'avait pas besoin de Joseph et Marie pour être en "prise directe" sur le Père et dans l'inspiration de l'Esprit. Mais, admirable humilité divine, Il a voulu se faire former par ses parents en tant que personne[1] humaine, citoyenne, professionnelle, religieuse et culturelle. Il a accepté de grandir en sagesse humaine au contact et sous l'autorité de ses admirables parents terrestres.

Parents, vous savez ce qui vous reste à faire : éduquer vos enfants pour en faire des personnalités fortes, capables de s'insérer dans la vie sociale, pourvues d'un sens à leur existence, dans laquelle, pour des raisons "naturelles", Dieu doit avoir la place qui lui revient. Ne vous rongez pas sur vos échecs apparents : vous avez obligation d'action mais pas obligation de résultat. Comme Joseph et Marie, faites totalement confiance à la Providence.


[1] "NDLR : en toute rigueur de terme, selon le dogme auquel l'auteur vient de se référer, il faudrait dire "Jésus a voulu se faire former par ses parents en tant que sa personne a aussi la nature humaine, donc citoyenne, professionnelle..."

Yves Bonnet,

Les Neuf fondamentaux de l'éducation,

Presses de la Renaissance, Paris 2007.