Les apparitions mariales dans l’Eglise orthodoxe

Lors de ses apparitions, la Mère de Dieu apparaît fréquemment environnée de lumière. Or, chez les P-ères grecs et byzantins, la présence de Dieu est liée à la lumière et il en revêt ses saints. Cette lumière divine est symbolisée à l'église par l'éclat des cierges allumés et les icônes. Mais certains peuvent la voir réellement dès cette vie. « Dieu est lumière, écrit Saint Syméon le Théologien au 10° siècle et ceux qu'il rend digne de le voir le voient comme lumière ». Dans ses catéchèses, il révèle que la Mère du Christ, dans sa compassion et par son intercession lui obtint la descente de l'Esprit Saint sur lui et la vision de la lumière[1].

Cependant, nous avons aussi des mises en garde, car, comme nous le dit l'Ecriture, « Satan, lui-même se camoufle en ange de lumière » (2 Co 11, 14). Diadoque de Photicée, un évêque grec du V° siècle, met en garde contre toute vision lumineuse.[2] [...] Il convient donc de garder un discernement rigoureux vis à vis de toute vision, songes et apparitions de toute nature et de garder une grande vigilance. La réception du peuple, de l'Eglise joue un grand rôle dans les témoignages personnels des voyants et les critères de la vérité en sont la sainteté intérieure et les fruits spirituels.

Les apparitions, comme les sacrements, comme les icônes, font partie des réalités du Royaume des cieux. Ils transcendent les lois de la nature déchue et la fatalité de l'histoire et sont des manifestations du monde régénéré dans la Résurrection du Christ.
[...]
On peut faire une double remarque concernant les apparitions mariales dans notre tradition orthodoxe :
D'abord, les paroles de la Mère de Dieu, qui se situent toujours dans le cadre de l'Evangile et de la Tradition, ne contiennent pas de message particulier : Marie encourage plutôt dans la voie du salut suivant la vocation de chacun et promet soutien et intercession.
Ensuite, on remarque que ses manifestations reçoivent souvent une expression liturgique. Celle-ci replace les paroles de la Vierge dans l'ensemble doctrinal, pour en fixer le sens religions et les inscrire finalement dans le cycle liturgique.


[1] Syméon le nouveau théologien, catéchèse 22, 55, dans catéchèses, tome I I, cerf, Paris 1964 (SC 104), p. 377.

[2] Diadoque de Photicée, Œuvres spirituelles, XXXVI-XL, Cerf, Paris 1955 (SC 5 bis), p.105-108.


Extraits de : Françoise Jeanlin, « Les apparitions de la Mère de Dieu dans l'Eglise orthodoxe »,

in Apparitiones beatae Mariae Virginis in Historia, Fide, theologia.

Actes du congrès de la PAMI, Lourdes, 2008 (PAMI, Città del Vaticano, 2010), p. 474-475