Tradition 2° millénaire : Avocate, Mère de miséricorde, et médiatrice

Tradition 2° millénaire : Avocate, Mère de miséricorde, et médiatrice

Marie est notre mère (« Voici ta mère » dit Jésus au disciple au calvaire, Jn 19, 25-27). L'Eglise a fait l'expérience de l'action maternelle et miséricordieuse de Marie, l'expérience de son action stimulante sur le chemin de la sainteté.

La meilleure image pour parler de la médiation de Marie (ou de son rôle d'avocate, etc.) n'est donc ni une image ni un symbole, c'est de dire que Marie est notre mère (dans l'ordre de la grâce). On peut donc aussi parler de la "médiation maternelle" de Marie ou tout simplement de Marie comme Mère des hommes, Mère de l'Eglise[1].

Ceci dit, pour dire ce mystère, les auteurs du 2° millénaire ont déployé des images riches et variées.

Un langage riche et varié.

Dans l'Evangile selon saint Luc, Marie est montrée recouverte de la nuée de l'Esprit Saint comme un nouveau Temple (Lc 1, 35). Marie est temple, elle est tabernacle, église.

Saint François d'Assise salue Marie « mère de Dieu, Marie, Qui es vierge faite église et choisie par le Père très saint du ciel, toi qu'il consacra avec son très saint Fils bien-aimé et l'Esprit-Saint Paraclet, toi en qui furent et sont toute plénitude de grâce et tout bien[2] Et saint Louis-Marie de Montfort invite à vivre « En Marie » [3]. Ce sont là de très belles expressions de la médiation de Marie.

Et il va de soi qu'il ne faut pas considérer la médiation de Marie comme un frein : « Marie n'est pas le vestibule du palais du Roi Jésus, ni l'antichambre qui retarde l'audience, Elle est le sanctuaire, toujours vivant et à la fois intime, qui nous offre et nous donne le Cœur du Bien-Aimé, à toute heure et dans toute circonstance. »[4]

Saint Bernard parle de Marie comme d'un aqueduc qui nous amène « les eaux du paradis », l'image n'est pas tiré de l'Evangile mais elle rappelle à la fois la recirculation et la récapitulation dont parlait saint Irénée au 2° siècle[5] : la « circulation » entre Dieu et l'humanité est débloquée, et l'humanité a retrouvé sa tête, son axe.

Et il va de soi que « Marie n'est pas une belle et sublime déviation de la ligne droite que doit être le chemin qui conduit les âmes au Seigneur, leur but suprême.
Je dis plus : si nous éliminons Marie, non seulement nous ne rectifions pas la ligne, nous ne raccourcissons pas la distance, mais plutôt nous contournons Dieu et son Fils, allongeant la voie, et la rendant beaucoup plus compliquée et dangereuse. »[6]

C'est aussi la raison pour laquelle saint Louis-Marie de Montfort invite à vivre « par Marie »[7].

Un langage précis.

Le titre « médiatrice » et surtout le titre « avocate » ont été parfois été l'occasion d'opposer la miséricorde de Marie à la colère divine, en oubliant que Jésus était notre avocat auprès du Père (He 9, 24)[8] : Jésus est celui qui nous apporte la miséricorde[9].

En réalité, Marie est subordonnée au Christ et à l'Esprit pour le simple motif qu'elle n'a pas de nature divine.

La véritable théologie, la théologie des saints, situe donc toujours les titres de Marie (médiatrice, avocate, auxiliatrice, etc.) en lien avec le Christ[10] et l'Esprit Saint[11].


[1] Et même « Mère du Fils de l'homme », le Fils de l'homme étant à la fois le Christ et l'Eglise comme royaume (Au XX° siècle, les apparitions d'Amsterdam, reconnues en 2002, utilisent ce titre, tout en demandant que les titres "Médiatrice" et "Avocate" soient proclamés dans un dogme, avec le titre Corédemptrice).

[2] François d'Assise, Ecrits, Sources chrétiennes 285, Cerf, Paris 1981, p. 275

[3] Saint Louis-Marie de Montfort, Le Secret de Marie § 47

[4] Père Matéo, Jésus, Roi d'amour, Editions Téqui, Paris 1980, p. 398

[5] Saint Bernard, Sermon sur la Nativité de Marie « De aquaeductu » (sermon de l'aqueduc) § 3-5.

[6] Père Matéo, Jésus, Roi d'amour, Editions Téqui, Paris 1980, p. 398

[7] Saint Louis-Marie de Montfort, Le Secret de Marie § 48

[8] Cf. Pape François, audience du 17 avril 2013

[9] Cf. Les révélations à Faustine, et dimanche de la divine miséricorde.

[10] Vatican II, Constitution dogmatique Lumen gentium § 60

[11] Cf. E. Mühlen, Una mystica Persona. La Chiesa come il mistero dello Spirito santo in Cristo e nei cristiani: una sola persona in molte persone, Città Nuova, Roma 1968, pp. 722-723.


Introduction par F. Breynaert