Huitième jour de la neuvaine à saint Antoine de Padoue
06 septembre 2020

Jour 8 : Prédicateur et médiateur

Antoine prêche, à Padoue, le premier Carême de l’histoire


« Ainsi, jetant les semences de la vie qui mène au Salut, 
il parcourut une période de quarante jours 
et rassembla, pour le Seigneur, une abondante moisson de fidèles » (Vita secunda, 8,2).

 

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Demandons au Seigneur, par les prières de saint Antoine, d’aimer la Parole de Dieu, de la comprendre et de la proclamer avec la même fidélité que lui. 

 

Parcours

La moisson amassée par frère Antoine est présentée par tous les biographes comme le fruit d’un engagement indéfectible au service de l’Évangile, tous les jours, depuis l’aube jusqu’au coucher du soleil, pendant 40 jours, dans la prédication, les entretiens personnels, les confessions, de la part d’un homme déjà fragilisé par une maladie continuelle et oppressé par une certaine corpulence.

Ses prédications visaient à la réforme morale des consciences, autant chez les laïcs que chez les clercs, tous atteints, des pieds à la tête, du plus bas jusqu’aux plus haut en dignité, chez les actifs comme chez les contemplatifs, des vices de l’orgueil, de la luxure, de l’avarice et de l’usure. La riche moisson est présentée par Julien de Spire en ces termes : 

« Tu aurais vu là des inimitiés mortelles ramenées à la paix ;
des prisonniers détenus depuis une longue captivité, retrouver la liberté ;
des vols et usures, restitués ;
des gages rendus et des dettes annulées.
Tu aurais vu encore ceux qui demandaient conseil selon la nature de leurs crimes, s’en remettre à l’avis de l’homme de Dieu, et nombreux étaient ceux qui disaient en avoir été avertis en songe.
Là encore, les pécheresses publiques se convertissaient et tant de pécheurs de tous genres recouraient à la pénitence qu’il n’y avait assez de prêtres pour entendre les confessions »
(Vita secunda VII, 9-11).

Antoine, médiateur de paix et de justice sociale

En plus de cela, Antoine, comme d’autres abbés de monastères et grands prédicateurs, jouissant d’une grande notoriété chez les populations, fut chargé d’une mission de médiation auprès du comte Ezzelino III da Romano pour obtenir la libération de notables padouans, détenus prisonniers dans son château de Vérone.

La deuxième médiation vit Antoine intervenir auprès de la commune de Padoue en faveur des débiteurs insolvables ruinés par l’usure : « Sur requête du vénérable frère Antoine…, il fut établi que dorénavant personne ne soit gardé en prison, à cause d’une ou de plusieurs dettes en argent » (17 mars 1231). Pour saint Antoine, les pauvres n’étaient pas une catégorie parmi d’autres, mais étaient les pauvres du Christ qui « pour nous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de nous enrichir par sa pauvreté » (2 Co VIII, 9).

 

Pensées 

Les témoignages qui nous sont parvenus de cette admirable moisson concernent autant les fruits de la prédication d’Antoine que ses auditeurs.

Frère Pierre-Raymond de Saint-Romain, l’auteur de la légende Raymundina (voir Introduction de cette neuvaine), connaissait bien les écrits de saint Antoine et son recours constant à la Bible. Aussi nous livre-t-il un parallèle entre les fruits de ce Carême et le renouveau messianique annoncé par Isaïe (XI, 6-17) : 

  • - « Ceux qui vivaient en désaccord furent réconciliés, pour que « le loup couche avec l’agneau » (Is XI, 6) ;
  • - Les prisonniers recouvrèrent la liberté, afin que sa prédication « offrît aux prisonniers la liberté » (Is XLI, 1) ;
  • - Les usuriers et les prédateurs furent amenés à restituer les biens volés, pour que « le veau, le lionceau et la brebis paissent ensemble » (Is XI, 6) ;
  • - Hommes et femmes de mauvaise vie furent appelés à la pénitence, afin que « son épée pénètre jusqu’à la division de la chair et de l’esprit » (He IV, 12). 
  • - « On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur » (Is XI, 9) (Raymundina XI, 13-17).

De leur côté, les auditeurs d’Antoine accouraient nombreux pour entendre ses sermons :

« L’ensemble de la population fut tellement enflammée du désir de l’entendre, que devant cette masse compacte, il fallut organiser des « stations » quotidiennes dans les églises. La foule venait des cités et des campagnes avoisinantes, la nuit, à la lumière des lampes, cherchant à occuper les places les plus commodes. Lorsqu’il parlait, il était écouté de tous avec un tel zèle que, parmi 30.000 personnes et plus, on n’entendait ni bruit ni murmure. Les boutiquiers fermaient leurs boutiques et n’osaient rien présenter à la vente, jusqu’à ce que, le sermon terminé, chacun eut regagné son domicile » (Vita secunda VII, 1-7). 

Tendre la main à tous les assoiffés de consolation physique et spirituelle :

« Tendre la main est un signe qui rappelle immédiatement la proximité, la solidarité, l’amour.
En ces mois où le monde entier a été submergé par un virus qui a apporté douleur et mort, détresse et égarement, combien de mains tendues n’avons-nous pas pu voir !
La main tendue du médecin qui se soucie de chaque patient en essayant de trouver le bon remède.
La main tendue de l’infirmière et de l’infirmier qui, bien au-delà de leurs horaires de travail, sont restés pour soigner les malades.
La main tendue de ceux qui travaillent dans l’administration et procurent les moyens de sauver le plus de vies possible.
La main tendue du pharmacien exposé à tant de demandes dans un contact risqué avec les gens.
La main tendue du prêtre qui bénit avec le déchirement au cœur.
La main tendue du bénévole qui secourt ceux qui vivent dans la rue et qui, en plus de ne pas avoir un toit, n’ont rien à manger.
La main tendue des hommes et des femmes qui travaillent pour offrir des services essentiels et la sécurité. Toutes ces mains ont défié la contagion et la peur pour apporter soutien et consolation » (Pape François, pour la 4e Journée des pauvres, 13 juin 2020).

 

Méditation 

« Nous avons tout laissé et nous t'avons suivi, quelle sera donc notre part ? » (Mt XIX, 27). C'est pour toi que nous avons tout laissé et nous nous sommes faits pauvres. Mais puisque toi tu es riche, nous t'avons suivi afin que, à notre tour, tu nous fasses riches (2 Co VIII, 9). Qu’ils sont misérables, ces chrétiens et ces religieux qui laissent tout, mais ne suivent pourtant pas le Christ !...

Ce regard de saint Antoine sur les pauvres ne doit cesser de nous interroger. 

En méditant l’Évangile, il s’est toujours demandé comment répondre à toutes les pauvretés, physiques et spirituelles, par ce verre d’eau que nous donnons au Christ chaque fois que nous le donnons au plus petit de ses frères (Mt XXV, 40). Les occasions ne manquent pas. Le pape François nous en offre un tableau complet en réfléchissant aux problèmes posés par la pandémie. Nous sommes, il est vrai, dans une situation d’urgence exceptionnelle, mais combien d’autres occasions, aussi urgentes, pourrions-nous voir si nous savions regarder avec les yeux et écouter avec les oreilles du cœur, selon les expressions chères à saint Antoine.

 

Invocations et prières 

« Ô saint Antoine, toi qui, durant ta vie, t’es toujours prodigué pour la libération des prisonniers et la défense du pauvre, fais que nous soyons attentifs au message de libération de l’Évangile, et que nous en vivions, pour nous-mêmes et pour les autres. Donne-leur le courage de protéger les faibles, les petits et les pauvres devant les injustices des puissants de ce monde. »
(Treizaine à saint Antoine - Grottes de Brive)

 

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