Quand Marie communiait des mains de St Jean

Quand Marie communiait des mains de St Jean

Notre-Seigneur, avant d'expirer, voyant les droits de sa Mère sur lui finir à la croix, par l'abandon qu'elle faisait de lui-même, entre les mains de Dieu, se donna doublement à elle, dans la personne du disciple bien-aimé :

- premièrement, comme Fils, en se multipliant de la sorte, et en se survivant à soi-même dans saint Jean, afin d'être par là toujours présent à sa Mère, de lui continuer son obéissance, quelque titre de grandeur qu'il pût posséder au ciel et sur la terre, et de la faire jouir de lui d'une manière mystérieuse et cachée ;

- secondement, il se donne aussi à elle comme hostie, par le droit que saint Jean lui transmettait, en ses intentions.

Par le don que Jésus avait fait de saint Jean à Marie, ce saint n'était plus à lui...

Par sa qualité de Mère, elle avait eu droit sur Jésus-Christ, notre hostie, qui était son propre Fils, la chair de sa chair ; mais elle avait perdu ce droit à sa mort. Dieu le Père s'en était rendu maître et juste possesseur par la Résurrection ; et saint Jean, comme prêtre, entrant dans les droits de Dieu le Père sur son Fils devait les transmettre et les transférer à Marie, et la faire entrer ainsi dans ceux qu'elle avait eus sur la personne du Sauveur.

C'est que, par le don que Jésus avait fait de saint Jean à Marie, ce saint n'était plus à lui ; dans le point le plus important de son ministère, il était tout à elle ; il devait entrer dans ses intentions et prendre les siennes propres dans celles de Marie. Il lui avait été donné comme son prêtre particulier, pour qu'il présentât le sacrifice, dans les intentions qu'elle aurait agréables ; et lui transmît et lui transférât tout ce qu'il avait de pouvoir et de droit sur cette divine hostie, en qualité de sacrificateur.

Ainsi Jésus-Christ ne laissa pas à la Très Vierge saint Joseph pour gardien, ni quelque personne qui ne fût pas déclaré prêtre de la Loi nouvelle. Il ne lui laissa pas même quelques femmes pour gardiennes ; ce qui eût paru plus convenable aux yeux des hommes.

Mais il lui laissa un homme vierge et prêtre tout ensemble ; un homme pur comme un ange, et supérieur aux anges par son office de sacrificateur de Jésus-Christ ; un homme, enfin, qui avait dans ses mains ce sacrifice, le plus auguste, le plus puissant et le plus admirable de tous les prodiges de la religion...

Saint Jean était, en effet, comme un ciboire...

Saint Jean avait donc été laissé à ce dessein, savoir : qu'en offrant à Dieu le Divin Sacrifice, pour la destruction du Royaume de Satan et pour l'établissement de l'Église, il fît voir à tous les hommes ce que c'est que l'auguste sacrifice de la Croix, qui a acquis tant de biens et mérité tant de grâces ; et ensuite, combien la continuation de ce même sacrifice, c'est-à-dire l'offrande de ce même corps et de ce même sang, dans les intentions de la Très Vierge, ont opéré de merveilles dans le monde.

Ainsi saint Jean entre avec cette divine Mère en part de l'oeuvre admirable de l'Église. Il est coopérateur ou supplément de Jésus-Christ, procurant avec la Très Vierge l'exécution de ce grand ouvrage, et transportant dans le sein des fidèles les fruits de l'arbre de la Croix.

Il est comme un autre Jésus-Christ ressuscité, qui, caché sous cet extérieur, vit en lui de la vie de la Résurrection ; et en qualité de nouvel Adam, ou de Père du siècle futur communique aux hommes avec Marie, la nouvelle Eve, sa vie ressuscitée, sa vie comme Fils de Dieu.

Saint Jean était, en effet, comme un ciboire, où Jésus, caché aux yeux du monde, et manifesté aux yeux de sa divine Mère, opérait en personne avec elle, l'établissement de son Église en qualité de Père du siècle futur. Il était comme le coeur de Jésus-Christ, qui de là influait secrètement, mais pourtant réellement et efficacement.

Il le représentait comme chef intérieur, selon ce que Jésus-Christ a de divin, et qui le fait être chef essentiel de son Église ; tandis que saint Pierre, et ses successeurs, le représentent comme pasteur visible, comme chef extérieur, à qui tout le monde doit aboutir.

Car depuis la Cène, Jésus-Christ habitait en saint Jean, comme dans une hostie extérieure, dans un sacrement vivant : saint Jean portant ainsi en lui la divinité de Jésus-Christ, la tenait toujours voisine et proche de Marie ; et de cette sorte, Notre-Seigneur se manifestait sans cesse à elle, par la vue de la foi, qui est une voie mille fois plus parfaite et plus pure que les voies extérieures et sensibles...

Dans ce saint, le Christ avait alors avec elle la même union qu'il avait eue avant sa mort

Tout le temps que la Très Vierge passa sur la terre depuis l'Ascension jusqu'à sa mort, qui fut de quinze ou vingt ans, Jésus-Christ vivant dans la personne de saint Jean la communiait sans cesse aux effets de tous ses mystères...

Dans ce saint, il avait alors avec elle la même union qu'il avait eue avant sa mort ; ou plutôt les communications de ses grâces étaient bien plus fécondes et plus abondantes en Marie, après l'Ascension, qu'elles ne l'avaient été dans le temps de sa vie voyagère, et de sa conversation commune sur la terre.

Avant sa résurrection, vivant encore dans sa chair mortelle, il était dans un état où il méritait ses grâces pour son Église ; au lieu qu'après sa résurrection, tout son état était pour être communiqué et pour être donné en communion aux hommes.

Si bien que Marie, dans les temps anniversaires de l'accomplissement de ces mêmes mystères, qu'elle avait tant adorés par la foi, et auxquels elle avait ensuite coopéré elle-même, jouissait de tous leurs effets, et recevait alors les fruits de ses propres travaux, et de ceux de Jésus-Christ, son Fils, vivant dans la personne de saint Jean.

Toute la vie de ce saint Apôtre, auprès de Marie, n'a été, au fond, que la vie de Jésus-Christ hostie, se donnant à sa Mère par saint Jean, qui lui servait de canal et comme d'espèces, pour la communier de tout lui-même : saint Jean étant le pain vivant, sous lequel Jésus Christ nourrissait sa Mère, non seulement corporellement (en tant que par ce disciple, il fournissait à ses besoins) ; mais encore spirituellement, comme il fait sous les espèces du Très Saint Sacrement de l'autel.

En sorte que comme Notre-Seigneur habite en ce sacrement, pour rendre toutes les âmes participantes de son esprit, de sa grâce et de ses mystères : ainsi par saint Jean, il répandait dans elle tous ses dons.


Jean Jacques Olier, Vie intérieure de la Vierge. Édition 1866, IIe volume, p. 226 et sq

Jean-Jacques Olier (1608-1657)


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