Le baptême, regard biblique

Le baptême, regard biblique

Pourquoi se plonger dans l'eau ?

L'eau ne peut guère avoir le sens qu'elle avait dans les mythologies cananéennes, comme don du Baal pour féconder la terre. On avait trop combattu ce culte (souvenons-nous d'Elie au mont Carmel...(1R 18). C'était YHWH qui avait donné l'eau dans le désert quand Moïse avait frappé le rocher (Nm 20, 8-11).

L'eau ne peut pas évoquer non plus, pour parler le langage de nos jours, l'évocation du paradis de l'embryon.

Ce n'était pas non plus du Léthé[1] qui promettent l'oubli, ni les eaux du Gange qui promettent la sortie du monde phénoménal[2].

Pour les auteurs bibliques ces mondes étaient inconnus ou suspects[3].

L'eau dans laquelle se plongeaient les juifs prenait sens dans leurs mémoires : elle rappelait les grandes victoires, celle de Déborah au Qishon (Jg 5), celle de Moïse à la mer des roseaux (Jos 24 ; Ex 14), celle de Josué au Jourdain (Jos 6).

A chaque fois, un seuil est franchi, l'Alliance avec YHWH est fortifiée, si bien que l'eau est devenue symbole de la Torah.

Le jour de la fête des tentes, mémoire du temps de l'Exode, l'eau était montée en procession depuis la piscine de Siloé jusqu'au temple...

Cette eau purifie, surtout quand on y mêle les cendres de la vache rousse pour en faire de l'eau lustrale (Lévitique 11, 32).

Chez les esséniens, on attend le maître de justice, "il fera jaillir l'esprit de vérité comme de l'eau lustrale."[4]

Jean Baptiste offre un baptême de conversion pour préparer la fin du monde.

Quand Jésus est baptisé, un nouveau seuil est franchi. Il prêche une Alliance nouvelle comme un pardon. « De son vivant, Jésus lui-même est le baptême » : être baptisé, « c'est écouter sa parole entrain de recréer le monde comme en son premier matin. »[5]

Jésus est mis à mort. Et voici qu'il « fait de sa mort le plus beau mot d'Amour jamais prononcé. C'est dans ce mot d'Amour, que Jésus, condamné, a lavé ses disciples, et c'est encore par lui que tous les baptisés renaissent de sa mort. » [6]

« Ou bien ignorez-vous que, baptisés dans le Christ Jésus, c'est dans sa mort que tous nous avons été baptisés? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle. »

(Romains 6, 3-4)

L'eau du rocher frappé (Nm 20, 8-11) coulerait désormais de son côté (Jn 19, 34).


[1] Dans la mythologie grecque, avant de sortir de l'Hadès pour habiter à nouveau un corps, les âmes des justes et celles des méchants qui ont expié leurs fautes, doivent perdre le souvenir de leur vie antérieure en buvant les eaux du Léthé.

[2] Dans le rite hindou.

[3] Jacques Bernard, Les fondements bibliques, Parole et Silence, Paris 2009, p. 458.

[4] Règle de la communauté, 4, 21s.

[5] Jacques Bernard, Les fondements bibliques, Parole et Silence, Paris 2009, p. 460.

[6] Jacques Bernard, Les fondements bibliques, Parole et Silence, Paris 2009, p. 460.

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Synthèse Françoise Breynaert