Marie dans l'Écriture

La Vierge Marie occupe une présence discrète dans la Bible. Si l’on s’en tient aux seules citations du nom de Marie dans les Évangiles, sa place est moindre : elle est intimement liée à ce qui concerne, dans les Évangiles, la vie du Christ, et, après Son Ascension, à sa présence auprès des Apôtres, rapportée dans les Actes des Apôtres. Cependant, Marie est présente dans tout l’espace biblique, sous une forme figurée.

La place de la Vierge Marie dans la Bible

Pour apprécier la place de la Vierge Marie dans la Bible, il serait regrettable de commencer par estimer le nombre de fois où, dans l’Évangile, on parle de Marie. Car Marie est annoncée et préparée comme Jésus lui-même. Nombreuses sont les annonces et préfigurations de Marie : la Mère du Sauveur ; la Reine Mère ; la Femme qui est la Nouvelle Ève, la Nouvelle Mère de tous les vivants ; la nouvelle Judith, bénie entre toutes les femmes et qui a sauvé le peuple de la destruction ; la nouvelle Sion, car le Seigneur a résidé en elle ; la nouvelle Arche d’Alliance car en elle sera contenu, non pas un peu de manne, mais le Pain vivant qui est le vrai pain venu du Ciel et donne la vie au monde, non pas les tables de la Loi mais le Législateur de la Loi nouvelle qui écrira cette Loi non sur des tables de pierre, mais sur les tables de chair du cœur des hommes, non pas avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant ; la nouvelle terre virginale du Paradis grâce à laquelle sera modelé le Nouvel Adam. Il n’y a qu’à regarder en détail toutes les citations ou renvois de l’Évangile à l’Ancien Testament pour comprendre que nous ne pouvons absolument pas prendre comme critère de vérité le nombre de passages de l’Évangile, mais que Marie ne peut être comprise dans son mystère et sa grandeur qu’en lisant toute la Bible, tout le dessein de Dieu et que nous ne pouvons aborder ce grand mystère qu’à la manière dont Saint Joseph lui-même l’a approché, selon les indications de l’Ange : « Prends l’enfant et sa mère » (Mt 2,13.20).

 Cela étant dit, on peut être étonné de voir la discrétion avec laquelle on parle de Marie dans les écrits du  Nouveau Testament, qu’elle soit nommée par son nom ou sous la forme d’une périphrase (la mère de Jésus) :

  • Elle est évidemment très présente dans les récits de la naissance et de l’enfance de Jésus (Mt 1-2 et Lc 1-2) ;
  • Elle est là au début du ministère public de Jésus, à Cana (Jn 2) – et c’est la dernière fois que nous sont rapportées ses paroles ;
  • « La mère de Jésus » est brièvement évoquée à quelques occasions pendant la vie publique de Jésus (Mt 12//Mc 3//Lc 8 ; Mt 13,55 ; Lc 11,27 ; Jn 6,42)
  • Elle est présente encore, silencieuse, au pied de la croix (Jn 19) ;
  • Elle est nommée une dernière fois au début des Actes des apôtres, priant avec les disciples entre l’Ascension et la Pentecôte (Ac 1):
    • « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères ».
  • Enfin, l’apôtre Jean dans l’Apocalypse a une grande apparition silencieuse de la Mère du Messie (Ap 12):
    • « Un grand signe parut dans le ciel: une femme enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête ».

La discrétion de Marie dans l’Évangile ne peut pas ne pas correspondre à un dessein divin : le propos de l’Évangile est de présenter un portrait de Jésus fondé sur des témoignages de première main pour pouvoir se « rendre compte de la solidité des enseignements » (Luc 1,1-4) que l’on a reçus. C’est le but premier de l’Évangile et ce but premier a obligé les évangélistes à omettre bien des choses. Saint Jean va même jusqu’à dire que « s’il fallait écrire chacune des autres choses que Jésus a faites, … le monde entier ne suffirait pas pour contenir les livres que l’on écrirait ». (Jn 21,25).

 Mais étant donné le lien infrangible entre l’enfant et sa mère, il y avait tout dans l’Écriture pour scruter la profondeur de ce mystère. Ainsi la révélation de la place et de la grandeur de Marie était réservée à d’autres temps, et à la Tradition, qui avait pour mission de mettre en lumière ce qui était dès le commencement.

Les occurrences du nom de ‘Marie’ dans la Bible

Le nom de « Marie » n’apparaît au total que 19 fois dans la Bible, largement moins que les noms d’Abraham (plus de 200 fois), Jacob (plus de 400 fois), Moïse (plus de 800 fois) ou David (plus de 900 fois), moins encore que les noms des grandes figures féminines comme Sara (34 fois), Rebecca (30 fois), Esther (46 fois) ou Judith (43 fois).

Une présence figurée

Pour comprendre la façon dont la personne de la Vierge Marie  prend place dans l’Écriture sainte, il est cependant utile de préciser que la lecture de la Bible n’est pas figée : la Bible recèle en effet derrière le sens littéral des textes un sens caché, figuré, qui nous permet de discerner  dans tout écrit différents sens, différents niveaux de compréhension : c’est la fameuse doctrine des quatre sens de l’Écriture sainte, fixée au Moyen Age[1]. Grâce à ces principes d’interprétation,  on peut comprendre  que la Vierge Marie est préfigurée dans l’Ancien Testament,  et qu’elle est figurée également dans l’Apocalypse. Sa présence discrète dans le Nouveau Testament se déploie ainsi dans tout l’espace biblique, de l’Ancien Testament à l’Apocalypse, selon des modalités différentes : figurée  ou réelle, historique, dans les Évangiles et les Actes des Apôtres.

Une présence essentielle

Il est donc important de comprendre que la présence de Marie dans l’Écriture, bien que discrète, est essentielle : les textes de la Bible sont en effet porteurs  d’une prodigieuse richesse de sens.

                 Dans l’évangile

L’Archange Gabriel qui vient la visiter lors de l’Annonciation la salue du vocable de ‘pleine de grâce’ (Lc 1,28) et lui annonce que L’Esprit Saint la prendra sous son ombre (Lc, 1,35). St Thomas d’Aquin dans son Commentaire sur la prière du ‘Je vous salue Marie’ le souligne :

« Il ne convenait pas que l’Ange s’inclinât devant l’homme, jusqu’au jour où parut une créature humaine, surpassant les Anges par sa plénitude de grâce, par sa familiarité avec Dieu et par sa dignité. Cette créature humaine fut la bienheureuse Vierge Marie. » (§4)

En outre, lorsque la Vierge Marie prononce le Magnificat, lors de l’épisode de la Visitation, elle se dit "bénie entre toutes les femmes" (Lc 1,42) et doit elle-même avouer que "toutes les générations la diront bienheureuse" (Lc 1,48).

En quelques mots, l'Écriture nous fait également comprendre que Jésus a passé 30 ans avec Marie, sans compter la grossesse de la Vierge Marie et les années de vie publique du Christ (Lc 2,51). Elle L’a donc connu mieux que personne, et a transmis aux apôtres les récits concernant l’enfance du Christ.

Enfin, la présence maternelle de la Vierge Marie auprès des Apôtres après l’Ascension du Christ est évoquée (Ac 1,14) : « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères ». Elle les a accompagnés, rassurés, guidés, car elle était présente lors de la Pentecôte.

              Dans les autres livres de la Bible

Tout l'Ancien Testament annonce le Christ d'une manière voilée et prophétique, mais il dessine aussi le Visage de Marie (Arche d'Alliance, Arche de Noé, Buisson Ardent, Tabernacle du Très Haut, Temple de Dieu, Fille de Sion, Vierge d'Isaïe, Bien aimée du Cantique, Paradis de Dieu, etc.) d'une manière voilée et symbolique.

D’autre part, en deux phrases, l'Apocalypse nous enseigne que la Vierge Marie est l'Arche véritable, qui était au cœur de tout l'Ancien Testament.

Il est donc  important de chercher à comprendre et à approfondir, avec l'Église (Ac 8,31), toute la portée de la Parole de Dieu. Jésus a dit que l'on doit juger l'arbre à son fruit et que la bonté du fruit est une mesure de la bonté de l'arbre (Mt 7,20; 12,33; Lc 6,43). Or il ne peut pas y avoir de plus beau fruit que Jésus Lui-même. Jésus est donc le fruit béni (Lc 1,42) du sein de cet arbre extraordinaire qu'est Marie. C’est donc seulement en le regardant Lui-même que l'on peut avoir une idée de la grandeur et de la bonté de la Mère de Dieu ... Hugues de Saint Victor, puis Saint Alphonse de Liguori à sa suite, l’exprimèrent ainsi :

« Tel l'Agneau, telle la Mère, car on connaît l'arbre à son fruit. »

Organisation de la section dans l’Encyclopédie mariale :

Les articles de cette section développent la façon dont la figure de la Vierge Marie prend corps dans l’ensemble de la Bible : la Vierge Marie est ainsi annoncée dans l’Ancien Testament, puis les différents articles montrent comment l’image de la Vierge Marie  est présentée d’une façon particulière, au fil des évangiles, dans les Actes des apôtres, dans les écrits de st Paul, puis dans l’Apocalypse. Une étude synthétique permet enfin de dégager les thèmes marials présents dans le Nouveau Testament.