Le célibat pour le Royaume selon saint Jean-Paul II (1988)

Lc 1,34 et Mt 19,12 : Le célibat pour le royaume (Jean Paul II)

Le Christ dit: «Et il y a des eunuques qui se sont rendus eux-mêmes tels à cause du Royaume des Cieux» (Mt 19, 12).

Il s'agit donc d'un célibat libre, choisi à cause du Royaume des Cieux, c'est-à-dire en raison de la vocation eschatologique de l'homme à l'union avec Dieu. Il ajoute ensuite: «Qui peut comprendre, qu'il comprenne!», et ces paroles reprennent ce qu'il avait dit au début du discours sur le célibat (cf. Mt 19, 11).

C'est pourquoi le célibat à cause du Royaume des Cieux est le fruit non seulement d'un libre choix de la part de l'homme, mais aussi d'une grâce spéciale de la part de Dieu qui appelle une personne déterminée à vivre le célibat. Si c'est là un signe spécial du Royaume de Dieu qui doit venir, en même temps cela sert aussi à consacrer exclusivement au royaume eschatologique, durant la vie temporelle, toutes les forces de l'âme et du corps.

Les paroles de Jésus sont la réponse à la question des disciples. Elles sont adressées directement à ceux qui posaient la question: dans ce cas, c'étaient des hommes. Néanmoins la réponse du Christ, en elle-même, vaut pour les hommes comme pour les femmes. Dans ce contexte, elle montre l'idéal évangélique de la virginité, idéal qui représente une réelle «nouveauté» par rapport à la tradition de l'Ancien Testament. Cette tradition se reliait certainement en quelque manière à l'attente d'Israël, et spécialement de la femme en Israël: l'attente de la venue du Messie qui devait être du «lignage de la femme».

En effet, l'idéal du célibat et de la virginité pour une plus grande proximité avec Dieu n'était pas entièrement étranger à certains milieux juifs, surtout à l'époque précédant immédiatement la venue de Jésus.

Cependant le célibat pour le Royaume, c'est-à-dire la virginité, est indéniablement une nouveauté liée à l'Incarnation de Dieu.

Depuis le temps de la venue du Christ, l'attente du Peuple de Dieu doit se tourner vers le Royaume eschatologique qui vient et dans lequel le Christ lui-même doit introduire «le nouvel Israël». Pour cette orientation et ce changement des valeurs, en effet, une nouvelle prise de conscience dans la foi est nécessaire. Le Christ souligne cela par deux fois: «Qui peut comprendre, qu'il comprenne!» Seuls le comprennent «ceux-là à qui c'est donné» (Mt 19, 11).

Marie est la première personne en qui s'est manifestée cette conscience nouvelle, car elle demande à l'Ange: «Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme?» (Lc 1, 34). Même si elle est «fiancée à un homme du nom de Joseph» (cf. Lc 1, 27), elle est fermement résolue à conserver sa virginité, et la maternité qui s'accomplit en elle provient exclusivement de la «puissance du Très-Haut», elle est le fruit de la venue de l'Esprit Saint sur elle (cf. Lc 1, 35). Cette maternité divine est donc la réponse totalement imprévisible à l'attente humaine de la femme en Israël: elle survient en Marie comme le don de Dieu lui-même. Ce don est devenu le commencement et le prototype d'une attente nouvelle de tous les hommes en fonction de l'Alliance éternelle, en fonction de la promesse nouvelle et définitive de Dieu: il est signe de l'espérance eschatologique.

L'Evangile propose l'idéal de la consécration de la personne, ce qui signifie sa consécration exclusive à Dieu fondée sur les conseils évangéliques, en particulier ceux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance. Leur parfaite incarnation, c'est Jésus Christ lui-même. Celui qui désire le suivre radicalement, choisit de mener sa vie suivant ces conseils. Ceux-ci se distinguent des commandements et montrent au chrétien la voie du caractère radical de l'Evangile. Depuis les débuts du christianisme, des hommes et des femmes avancent sur cette voie, étant donné que l'idéal évangélique s'adresse à l'être humain sans aucune différence de sexe. [...]

Dans la virginité librement choisie, la femme s'affirme comme personne, c'est-à-dire comme l'être que le Créateur a voulu pour lui-même dès le commencement, et en même temps, elle exprime la valeur personnelle de sa féminité, devenant «don désintéressé» à Dieu qui s'est révélé dans le Christ, un don au Christ Rédempteur de l'homme et Epoux des âmes [...]

On doit d'ailleurs comprendre de manière analogue la consécration de l'homme dans le célibat sacerdotal, ou dans l'état religieux.

La prédisposition innée de la personnalité féminine à la condition d'épouse trouve une réponse dans la virginité ainsi comprise. La femme, appelée dès le «commencement» à être aimée et à aimer, rencontre dans la vocation à la virginité d'abord le Christ, le Rédempteur qui «aima jusqu'à la fin» par le don total de lui-même, et elle répond à ce don par le «don désintéressé» de toute sa vie.

Elle se donne donc à l'Epoux divin, et le don de sa personne tend à une union de caractère proprement spirituel: par l'action de l'Esprit Saint elle devient «un seul esprit» avec le Christ-Epoux (cf. 1 Co 6, 17).



Pape Jean Paul II,

Extrait de la Lettre apostolique Mulieris dignitatem, n°20, 15 août 1988