La prédication orale de Jésus

La transmission au temps de Jésus

Les bornes d'une saine prudence :

« D'après le savant juif américain Jacob Neusner[1], la technique de mémorisation que nous rencontrons chez les rabbins fut une innovation radicale des écoles rabbiniques du II° siècle après J-C. Ce fut également une nouveauté que la règle qui s'établit de ne transmettre la Torah orale qu'oralement, donc sans recourir à des livres. [...] Aucun argument solide ne nous permet de déterminer quelles méthodes de transmission on employait dans les communautés chrétiennes primitives ou dans le pharisaïsme avant l'an 70 de notre ère. »[2]

Birger Gerhardsson fait remarquer que l'absence de livre officiel ne signifie pas l'absence de notes personnelles.[3]

Il fait aussi remarquer que, sans aller jusqu'à la technique de mémorisation que nous rencontrons chez les rabbins, les procédés de mémorisation orale sont, pour l'essentiel, très anciens : la sonorité des mots, le rythme et la mélodie de la phrase ont de tout temps, et partout dans le monde, joué un rôle important dans la transmission des textes.[4]

De Jésus aux disciples.

Quand Jésus annonce le règne de Dieu, sa proclamation a pu être mémorisée et répétée de son vivant par les disciples (les Douze puis les Soixante Douze) que Jésus envoie en mission.

« Les paroles de Jésus dans les évangiles sont des textes brefs, d'un riche contenu et d'une forme poétique. Contenu pittoresque[5], strophes, parallélisme des membres de phrase, répétition de mots. Et, si l'on passe du grec en araméen, on découvre aussi des assonances, des allitérations. »[6]

« Jésus, en Galilée, a envoyé ses disciples avec mission de prêcher et de guérir (cf. Mc 6, 7-13, par. ; Lc 10, 1-16 par.). Or Jésus, avant d'envoyer ces disciples dépourvus de maturité et de savoir, a dû leur donner certaines instructions sur ce qu'ils avaient à prêcher. On a là une situation concrète où Jésus a dû inculquer un enseignement.

[...] quand Jésus enseignait en paraboles et en logia, il y a tout lieu d'admettre qu'il faisait apprendre ces textes par ses auditeurs. »[7]

En grec ou en araméen ?

« Si l'on pose - comme le font les spécialistes de l'histoire des formes -une différence nette entre le christianisme primitif palestinien et hellénistique, on s'appuie sur une distinction précise entre ce qui est palestinien et ce qui est hellénistique, qu'il n'est pas possible de maintenir aujourd'hui avec tant de précision. D'après ce que nous savons maintenant, la civilisation hellénistique avait à l'époque de Jésus trouvé une large diffusion sur le territoire de la Palestine, même parmi les Juifs qui parlaient araméen. »[8]


[1] Jacob Neusner, The Rabbinic Traditions about the Pharisees before 70, 1971

[2] Birger Gerhardsson, Préhistoire des , Cerf, Paris 1978 (collection lire la Bible n° 48), p. 29.

[3] Ibid., p. 29

[4] Cf. Ibid., p. 24-25

[5] « Moshel », « parabole », qu'au besoin Jésus interprétait pour ses disciples.

[6] Ibid., p. 90

[7] Ibid., p. 95-96

[8] Ibid., p. 67


Synthèse Françoise Breynaert

Chapitre : Le Nouveau Testament (Introductions)