Lc 1, 53 : pauvres et riches (A. Serra)

Lc 1, 53 : pauvres et riches

Le Magnificat proclame :

"Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides."

(Luc 1, 53)

Les prophètes ont souvent averti que lorsque l’homme a répudié la Loi du Seigneur il devient un loup pour ses semblables, et alors, « Quelle paix peut exister entre l’hyène et le chien ? Et quelle paix entre le riche et l’indigent ? » (Si 13,18)

Outre la carence de biens matériels, la pauvreté (tapeinosis dans le grec de la Septante) désigne :

  • La stérilité de Léa (Gn 29,32) et d’Anne (1 S 1,11),

  • L'affliction d’Agar maltraitée par Saraï (Gn 16,11),

  • Le labeur pénible de Jacob chez Laban (Gn 31,42),

  • La servitude de Joseph en Egypte (Gn 41,52),

  • L’humble condition de Gédéon (Jg 6,15) et du jeune David (1 S 18,23)

  • L’esclavage du peuple en Egypte (Dt 26,7), à Babylone (Is 40,2), et en Palestine sous Antiochus IV Epiphane (1 M 3,51) représenté sous l’apparence d’Holopherne dans le livre de Judith.

Sur chacune de ses formes de pauvreté, personnelle ou communautaire, le Seigneur veille, attentif au cri qui monte vers lui. Le pauvre est écouté par Dieu.

Finalement le terme « pauvre » désigne celui qui est écouté par Dieu : pendant l’exil, les déportés comprirent que leur force n’est pas de faire alliance avec des nations païennes mais qu’elle consiste en une fidélité totale à la Loi de Dieu.

Est « pauvre » celui qui adhère de tout son cœur au Seigneur, obéit à la Loi et refuse d’assurer sa sécurité en opposition avec la volonté divine :

« Celui sur qui je porte les yeux, c’est le pauvre et l’humilié, celui qui tremble à ma parole » (Is 66,2)

Il s’agit d’une pauvreté selon l’esprit, par cette attitude, l’homme se dépouille de ses propres vues pour revêtir et embrasser celles de Dieu.

Il ne faut pas croire que cette notion de pauvreté selon l’esprit élude le problème épineux de la justice sociale, au contraire ! Le pauvre selon l’esprit est fidèle à la Loi qui contient de nombreuses règles en faveur des indigents, orphelins, veuves, étrangers, esclaves, et demande :

« Qu’il n’y ait donc pas de pauvre chez toi. Car YHWH ton Dieu ne t’accordera sa bénédiction dans le pays qu’il te donne en héritage pour le posséder que si tu écoutes vraiment la voix de YHWH ton Dieu, en gardant et en veillant à pratiquer tous ces commandements que je te prescris aujourd’hui. » (Dt 15,4-5)

Les textes plus tardifs, à partir du IIe siècle avant J-C, sous l’occupation grecque puis romaine, désignent l’oppresseur par les termes d’orgueilleux, impies, ou fils des ténèbres.

Antiochus IV est le type même de l’orgueilleux (1 Mac 1,24 etc…), il pensait changer les temps et la loi et abolit le sacrifice perpétuel. Ivre de puissance, il insulta le Très Haut et s’acharna contre le peuple qui lui était consacré (Dn 7,25 ; 8,11). Mais Dieu mit un terme à son orgueil.

En face de cet orgueil, il y a l’attitude pauvre et humble de la communauté juive qui, dans le creuset de ces tribulations, vit une fidélité illimitée à la loi du Seigneur et une prière persévérante.

Dans le livre de Judith,

Holopherne représente Antiochus, il est l’orgueilleux (Jd 6,19).

Judith dont le nom signifie Judée, est la figure des pauvres du Seigneur (Jd 6,19). Elle est fidèle à la loi et entraîne le peuple à cette même fidélité ; elle est conscience que son arme est la prière et entraîne le peuple à la prière.

Evoquons finalement le Targum qui commente dans la liturgie le texte « la femme entourera l’homme » (Jérémie 31,22), il écrit : « Le peuple de la maison d’Israël s’appliquera à la loi ». Cette interprétation s’appuie sur le fait que le mot homme signifie aussi force, et que la force d’Israël, c’est la Loi. En revenant à la pratique de la Loi, la femme Israël retrouve la vigueur perdue.

Dans l’Evangile de Luc et dans le livre des Actes nous retrouvons la figure des pauvres du Seigneur, fidèles à sa loi et fervent dans la prière :

  • Zacharie et Elisabeth,

  • Siméon,

  • Anne,

  • Jean Baptiste,

  • Corneille…

  • Et bien sûr, Marie et Joseph.


A Serra.

Bibliographie : A.SERRA, Myriam, fille de Sion, Médiaspaul, Paris,1999.

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