Les médiateurs de Dieu : ses pauvres

Les médiateurs de Dieu : ses pauvres

"Serviteur" correspond à une catégorie politique et théologique fondamentale. Il répond au problème de comment Dieu agit dans l'histoire.

Aujourd’hui, sans la "pensée" de la médiation il est impossible de comprendre comment Dieu et l'homme agissent ensemble dans l'histoire.

Dans la Bible, le "serviteur" paraît comme instrument du "bras puissant" du Seigneur.

L’action divine dans l'histoire est toujours "compréhensif": elle implique des co-agents, demande la participation des humains, suscite et développe ses "causes secondes". Le Dieu de l'alliance suppose des interlocuteurs des partenaires.

Le Seigneur oeuvre dans le monde en régime de synergie avec l’humanité, même si c’est dans un rapport asymétrique.

Souvent dans la pensée biblique, l'action de Dieu occupe tout l'espace, en semblant éliminer les médiations (par exemple : Ps 43,7; 126,2). Au contraire, la modernité est extrêmement sensible est jalouse de l’autonomie des réalités terrestres" (Vatican II, GS 36; cf. LG 36). Mais l'analyse des événements de l’histoire du salut montre que la façon de faire de Dieu (« l’économie de Dieu ») est vraiment celle des médiations.

Exemples :

- La libération de l'exode égyptien passe en particulier par Moïse.

- Pour celle de l'exode à Babylone, YHWH utilise même un médiateur païen – Cyrus (Is 44, 28; 41, 1-5; 45, 1-7).

- En parlant d'Holopherne, Judith dit de manière très expressive: « Dieu l'a frappé par la main d’une femme » (Jdt 13, 15).

Précisément, ceux à qui Dieu confie ses plans sont de préférence les pauvres.

Dieu préfère des agents et moyens pauvres.

Et il en sera ainsi pour son Église,

- Concile Vatican II, Gaudium et spes 76, 5

- Concile Vatican II, Lumen gentium 8, 3.

- Document de Puebla § 293

- Jean-Paul II, encyclique Redemptoris mater § 37


Les pauvres sont les "serviteurs", donc, ceux qu’il choisit de préférence pour accomplir sa volonté libératrice.

Mais ce devoir, les pauvres l'acquittent pour tous, aussi ceux qui ne sont pas pauvres. Il en fut ainsi dans l'histoire de l'Israël, peuple d’abord d'esclaves, puis de déportés.

Et il en fut ainsi dans l'histoire de Jésus de Nazareth et de la première Église. Il n'y a donc pas de partialité ou de particularisme en Dieu mais un universalisme d'intention, qui passe cependant par le particularisme des médiations.

C’est pourquoi on parle dans le Magnificat, d'une part, du peuple d'Israël comme d’un « serviteur » qui agit pour tous les peuples de la terre; et d'autre part, on parle de Marie comme d’une servante, parce que, en devenant mère du Messie et ainsi "protagoniste" de l'histoire, (Puebla n°293), elle fut aussi la Mère de l'humanité tout entière.


Clodovis BOFF

Prêtre Servite de Marie Né à Concordia (Brésil) en 1944; missionnaire en Amazonie et professeur de Théologie à Curitiba (Brésil) et à l'université pontificale théologique Marianum (Rome).