Psaume 2 : Aujourd'hui je t'ai engendré

Psaume 2

Les psaumes 1 et 2 constituent la préface du psautier dont ils résument la doctrine morale et les idées messianiques.

Le psaume 2 a explicitement le mot « messie » (Ps 2, 2), ce qui au sens premier signifie « oint ». Tout roi reçoit une onction royale, il est « oint ». Il s'agit aussi du messie attendu dans la perspective eschatologique, c'est-à-dire quand les temps sont accomplis.

1 Pourquoi ces nations qui remuent,
ces peuples qui murmurent en vain?

2 Des rois de la terre s'insurgent,
des princes conspirent contre YHWH et contre son Messie:

3 "Faisons sauter leurs entraves,
débarrassons-nous de leurs liens!"

4 Celui qui siège dans les cieux s'en amuse,
YHWH les tourne en dérision.

5 Puis dans sa colère il leur parle,
dans sa fureur il les épouvante:

6 "C'est moi qui ai sacré mon roi sur Sion,
ma montagne ."

7 J'énoncerai le décret de YHWH: Il m'a dit:
"Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré.

8 Demande, et je te donne les nations pour héritage,
pour domaine les extrémités de la terre;

9 tu les briseras avec un sceptre de fer,
comme vases de potier tu les casseras."

10 Et maintenant, rois, comprenez,
corrigez-vous, juges de la terre!

11 Servez YHWH avec crainte,
12 baisez ses pieds avec tremblement;
qu'il se fâche, vous vous perdez en chemin:
d'un coup flambe sa colère. Heureux qui s'abrite en lui !

Une révélation concernant les rois de l’Israël historique

Le psaume 2 est une révélation concernant la nature de la royauté en Israël avec un message clair : cette royauté est défendue par le Dieu vivant.

Les verset 1-3 décrivent la rébellion des rois locaux contre le nouveau roi.

Les verset 4-9 décrivent l’action de Dieu qui défend son autorité royale.

Les verset 10-12 évoquent la punition des méchants et la récompense des bons : le psalmiste veut dire aux autres rois qu’ils doivent reconnaître la souveraineté de Dieu. [1]

"Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré" (Ps 2, 7)

En sacrant le roi, Dieu lui déclare « tu es mon fils » selon une formule traditionnelle à l’ancien Orient, comme en 2 Samuel 7, 14, dans le psaume 89, 27-28 etc.

Psaume 2,7 n’évoque donc pas déjà la génération éternelle du Fils de Dieu ni la Trinité. Mais une fois que le Christ se sera révélé, ce psaume sera relu dans ce sens fort par toute la tradition chrétienne. [1]

Respectons d'abord l'interprétation ancienne, avec Jean Paul II :

« Le souvenir de la "génération" divine du roi faisait partie du protocole officiel de son couronnement, et assumait pour Israël une valeur symbolique d'investiture et de protection, le roi étant le lieutenant de Dieu dans la défense de la justice (cf. Ps 109 (110), 3). » [2]

Nous retrouvons encore cette interprétation chez Benoît XVI :

« L’expression "fils de Dieu" provient de la théologie politique de l’Orient ancien. En Egypte comme à Babylone, on donnait au roi le titre de "fils de dieu". Le rituel de l’accession au trône est considéré comme un engendrement qui le fait fils de dieu. En Egypte cet engendrement était sans doute compris au sens d’une mystérieuse origine divine, tandis qu’à Babylone, à ce qu’il semble, on comprenait déjà de façon beaucoup plus sobre comme un acte juridique, une adoption divine. […]

A mesure que le royaume de David se renforce, c’est l’idéologie royale de l’Orient ancien que l’on reporte sur le roi de la montagne de Sion. […]

C’est là dessus que sera fondé le rite d’intronisation des rois d’Israël, que nous rencontrons dans le psaume 2, 7-8 : "J'énoncerai le décret de YHWH: Il m'a dit: "Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. Demande, et je te donne les nations pour héritage, pour domaine les extrémités de la terre."» [3]

Une certaine conception du roi messie

UNE PERSPECTIVE UNIVERSELLE, ETONNANTE, INDIQUANT UN ROI A VENIR :

« Les extrémités de la terre » (Ps 2, 8)

Poursuivons l'explication de Benoît XVI :

« La promesse de domination sur tous les peuples, empruntée aux grands rois de l’Orient, est totalement disproportionnée par rapport à la situation réelle du roi du mont Sion.

Ce n’est qu’un très modeste souverain disposant d’un pouvoir instable qui finit en exil et n’a pu être rétabli par la suite que pour une période assez brève et dans une état de dépendance par rapport aux grandes puissances.

Ainsi, l’oracle royal de Sion (Ps 2, 7-8) devait d’emblée devenir une parole d’espérance dans le roi à venir, qui allait bien au-delà de l’instant et de l’aujourd’hui du roi intronisé. » [4]

UNE PERSPECTIVE GUERRIERE NUANCEE DANS D’AUTRES PSAUMES

Dans le psaume 2, le Roi messie est présenté dans un rôle guerrier, et telle est l’attente messianique dominante dans le psautier.

Notons cependant qu’il existe dans le psautier une révélation qui oriente déjà vers un messianisme pacifique par exemple : « Aux uns les chars, aux autres les chevaux, à nous d'invoquer le nom de YHWH notre Dieu. » (Ps 19 (20), 8), ce qui est déjà une invitation à ne jamais se laisser fasciner par l'attraction de la violence. Comme le disait Isaïe aussi: "Malheur à ceux qui... comptent sur les chevaux, mettent leur confiance dans les chars, car ils sont nombreux, et dans les cavaliers, car ils sont très forts. Ils ne se sont pas tournés vers le Saint d'Israël, ils n'ont pas consulté YHWH" (Is 31, 1). » [5]


Jésus accomplit le psaume 2

Jésus s'est révélé progressivement.

Commençons pas la confession de saint Pierre.

Selon saint Marc, Pierre dit simplement : « Tu es le Messie » (Mc 8, 29). Benoît XVI observe aussi que chez saint Marc, la question posée par le grand prêtre reprend le titre de Christ (Messie) et l’élargit : « es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ? » (Mc 14, 61) Benoît XVI commente : « Cette question suppose que, partie du cercle des disciples, une telle interprétation de la personne de Jésus était devenue publique.» [6]

Selon Luc, Pierre l’appelle « le Messie (l’oint) de Dieu »(Lc 9, 20).

Selon Matthieu, il dit : « Tu es le Messie (le Christ), le fils du Dieu vivant » (Mt 16,16).

Et pour finir, chez Jean, la confession de foi de Pierre est la suivante : « Tu es le saint, le Saint de Dieu » (Jn 6, 69).

Ce que nous apprend le psaume 2, c'est le lien entre le titre de Christ (Messie) et celui de Fils (Ps 2, 7), ce qui relativise la différence entre les versions de la confession de foi. [6]

Jésus accomplit d'Ecriture, mais d'une manière inattendue.

« Jésus était le messie, mais pas au sens de simple envoyé de Dieu.

En lui, de façon stupéfiante et inattendue, les grandes paroles messianiques devenaient vérité : "tu es mon fils, aujourd’hui, je t’ai engendré" (Ps 2, 7).

A certains grands moments, les disciples, bouleversés, ont senti qu’il était Dieu lui-même.» [7]

Le psaume 2 est cité plusieurs fois dans le Nouveau Testament :

1) Lors du baptême de Jésus au Jourdain.

« Or il advint, une fois que tout le peuple eut été baptisé et au moment où Jésus, baptisé lui aussi, se trouvait en prière, que le ciel s'ouvrit, et l'Esprit Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix partit du ciel: "Tu es mon fils; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré." » (Luc 3, 21-22)

"Tu es mon fils; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré." : Lc 3, 22 reprend le Psaume 2, 7. Mais il y a un dépassement inattendu par rapport à la perspective de l'Ancien Testament. On voit s’esquisser ici le mystère du Dieu trinitaire, que le chemin de Jésus dans son ensemble dévoilera dans toute sa profondeur. [8]

2) Après les premières persécutions du temps pascal, les disciples prient en reprenant le psaume 2.

Le messie du psaume 2 est bien Jésus, et les rois de la terre qui s’opposent au messie sont Hérode et Ponce Pilate les nations païennes et les peuples d'Israël :

« C'est toi qui as dit par l'Esprit Saint et par la bouche de notre père David, ton serviteur : Pourquoi cette arrogance chez les nations, ces vains projets chez les peuples ? Les rois de la terre se sont mis en campagne et les magistrats se sont rassemblés de concert contre le Seigneur et contre son Oint. Oui vraiment, ils se sont rassemblés dans cette ville contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, Hérode et Ponce Pilate avec les nations païennes et les peuples d'Israël, pour accomplir tout ce que, dans ta puissance et ta sagesse, tu avais déterminé par avance. » (Ac 4, 25-28)

C’est donc par la résurrection et l’Ascension que Dieu a constitué Jésus comme roi.

3) Le discours de Paul dans la synagogue d’Antioche reprend le psaume 2 :

«Et lorsqu'ils eurent accompli tout ce qui était écrit de lui, ils le descendirent du gibet et le mirent au tombeau. Mais Dieu l'a ressuscité; pendant de nombreux jours, il est apparu à ceux qui étaient montés avec lui de Galilée à Jérusalem, ceux-là mêmes qui sont maintenant ses témoins auprès du peuple. "Et nous, nous vous annonçons la Bonne Nouvelle: la promesse faite à nos pères, Dieu l'a accomplie en notre faveur à nous, leurs enfants: il a ressuscité Jésus. Ainsi est-il écrit dans les psaumes: Tu es mon fils, moi-même aujourd'hui je t'ai engendré. » (Ac 13, 29-33)

Saint Paul enseigne des Juifs. Les Juifs avaient déjà transformé la théologie politique des rois de Babylone ou d’Egypte, tout en conservant à l’expression « fils de Dieu » un caractère politique, royal.

Saint Paul apporte une ultime transformation : Dieu a établit son roi dans le Christ, mort et ressuscité.

« Le titre "Fils de Dieu" se détache de la sphère politique et devient l’expression d’une union particulière avec Dieu qui se manifeste dans la crucifixion et la Résurrection. » [9]

4) L’Apocalypse reprend le psaume 2 :

« De sa bouche sort une épée acérée pour en frapper les païens; c'est lui qui les mènera avec un sceptre de fer; c'est lui qui foule dans la cuve le vin de l'ardente colère de Dieu, le Maître-de-tout. » (Ap 19, 15).

La violence du verset 19, 15 de l’Apocalypse devient intelligible dès que l’on comprend que l’auteur fait allusion au psaume 2 dont le langage était guerrier (en particulier Ps 2, 9-12) ; mais dans le lecteur du livre de l’Apocalypse sait que le messie est le Verbe de Dieu, il est l’agneau, et l’épée est sa parole.

Jésus « ne brise les peuples avec un sceptre de fer (cf. Ps 2, 9), il règne à partir de la croix, sur un mode tout à fait nouveau. L’universalité s’accomplit, sur le mode humble de la communion dans la foi, ce roi règne par l’intermédiaire de la foi et de l’amour, pas autrement » [10]


[1] Mitchell Dahood, The Anchor Bible, A new translation with Introduction and commentary, Psalms I 1-50, Pontifical Biblical Institute, 1965. p 6-14

[2] Jean Paul II, audience du mercredi 18 août 2004

[3] Joseph Ratzinger, Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 364-365

[4] Joseph Ratzinger, Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 365

[5] Jean Paul II, audience du Mercredi 10 mars 2004

[6] Cf. Joseph Ratzinger, Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p.325-327

[7] Joseph Ratzinger, Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p.331-332.

[8] Cf. Joseph Ratzinger, Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 43

[9] Joseph Ratzinger, Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 366

[10] Joseph Ratzinger, Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 366

Synthèse par F. Breynaert

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