Psaume 71 (72): Le pouvoir royal du Messie

Psaume 71 (72) : Le pouvoir royal du Messie (Jean Paul II)

1 De Salomon.

O Dieu, donne au roi ton jugement, au fils de roi ta justice, 2 qu'il rende à ton peuple sentence juste et jugement à tes petits. 3 Montagnes, apportez, et vous collines, la paix au peuple. Avec justice 4 il jugera le petit peuple, il sauvera les fils de pauvres, il écrasera leurs bourreaux.
5 Il durera sous le soleil et la lune siècle après siècle; 6 il descendra comme la pluie sur le regain, comme la bruine mouillant la terre. 7 En ses jours justice fleurira et grande paix jusqu'à la fin des lunes; 8 il dominera de la mer à la mer, du Fleuve jusqu'aux bouts de la terre. 9 Devant lui se courbera la Bête, ses ennemis lécheront la poussière; 10 les rois de Tarsis et des îles rendront tribut. Les rois de Saba et de Seba feront offrande;
11 tous les rois se prosterneront devant lui, tous les païens le serviront.

12 Car il délivre le pauvre qui appelle et le petit qui est sans aide; 13 compatissant au faible et au pauvre, il sauve l'âme des pauvres. 14 De l'oppression, de la violence, il rachète leur âme, leur sang est précieux à ses yeux.
15 (Qu'il vive et que lui soit donné l'or de Saba!) On priera pour lui sans relâche, tout le jour, on le bénira.
16 Foisonne le froment sur la terre, qu'il ondule au sommet des montagnes, comme le Liban quand il éveille ses fruits et ses fleurs, comme l'herbe de la terre! 17 Soit béni son nom à jamais, qu'il dure sous le soleil! Bénies seront en lui toutes les races de la terre, que tous les païens le disent bienheureux!

18 Béni soit YHWH, le Dieu d'Israël, qui seul a fait des merveilles; 19 béni soit à jamais son nom de gloire, toute la terre soit remplie de sa gloire! Amen! Amen! 20 Fin des prières de David, fils de Jessé.

Psaume 71 (72)

Le psalmiste demande à Dieu que le roi gouverne avec justice [1]

"O Dieu, donne au roi ton jugement, au fils de roi ta justice, qu'il rende à ton peuple sentence juste et jugement à tes petits. Il jugera le petit peuple" (vv. 1-2.4).

De même que le Seigneur dirige le monde selon la justice (cf. Ps 35, 7), le roi qui est son représentant visible sur la terre - selon l'antique conception biblique - doit se conformer à l'action de son Dieu.

Si l'on viole les droits des pauvres, on n'accomplit pas seulement un acte politique incorrect et moralement injuste. Pour la Bible, on commet également un acte contre Dieu, un délit religieux, car le Seigneur est le protecteur et le défenseur des pauvres et des opprimés, des veuves et des orphelins (cf. Ps 67, 6), c'est-à-dire de tous ceux qui n'ont pas de protecteurs humains.

La tradition juive, l'attente messianique [1]

Il est facile de comprendre comment la tradition a remplacé la figure souvent décevante du roi David [...] par la figure lumineuse et glorieuse du Messie, dans le sillage de l'espérance prophétique exprimée par Isaïe:

"Il jugera les faibles avec justice, il rendra une sentence équitable pour les humbles du pays" (Is 11, 4).

Ou, selon l'annonce de Jérémie,

"Voici venir des jours - oracle de YHWH - où je susciterai à David un germe juste; un roi régnera et sera intelligent, exerçant dans le pays droit et justice" (Jr 23, 5).

Après cette imploration vive et passionnée du don de la justice, le Psaume élargit son horizon et contemple le royaume messianique-royal dans son déploiement le long des deux coordonnées, celles du temps et celle de l'espace.

Une perspective universelle [1]

Le Psalmiste décrit également le cadre géographique dans lequel se situe la royauté de justice et de paix du roi-Messie (cf. Ps 71, 8-11).

C'est ici qu'entre en scène une dimension universaliste, qui va de la Mer Rouge ou de la Mer Morte jusqu'à la Méditerranée, de l'Euphrate, le grand "fleuve" oriental, jusqu'aux frontières extrêmes de la terre (cf. v. 8), évoquées également en citant Tarsis et les îles, les territoires occidentaux les plus reculés selon l'ancienne géographie biblique (cf. v. 10).

Il s'agit d'un regard qui s'étend sur toute la carte du monde alors connu, qui comprend les Arabes et les nomades, souverains d'Etats éloignés, et même les ennemis, dans une étreinte universelle souvent chantée par les Psaumes (cf. Ps 46, 10; 86, 1-7) et par les prophètes (cf. Is 2, 1-5 ; 60, 1-22; Ml 1, 11).

Le sceau idéal de cette vision pourrait alors précisément être formulé par les paroles d'un prophète, Zacharie, des paroles que les appliqueront au Christ:

"Exulte avec force, fille de Sion! Crie de joie, fille de Jérusalem! Voici que ton roi vient à toi, il est juste... Il retranchera d'Ephraïm la charrerie et de Jérusalem les chevaux; l'arc de guerre sera retranché.

Il annoncera la paix aux nations. Son empire ira de la mer et du fleuve aux extrémités de la terre" (Zc 9, 9-10; cf. Mt 21, 5).

LE ROI MESSIE, JUSTE ET GLORIEUX [2]

Comme il apparaissait déjà dans la première partie du Psaume, l'élément décisif pour reconnaître la figure du roi messianique est surtout la justice et son amour pour les pauvres (cf. vv. 12-14). […]

Le Psaume 71 se termine, dans sa version originale par une acclamation en l'honneur du roi-Messie (cf. vv. 15-17). [...] Nous nous trouvons naturellement en présence d'éléments qui appartiennent au style des poésies de cour, avec l'emphase qui leur est propre.

Selon une caractéristique des poésies messianiques, toute la nature est concernée par une transformation qui est tout d'abord sociale: le froment des moissons sera tellement abondant qu'il deviendra comme une mer d'épis qui ondoient jusqu'au sommet des montagnes (cf. v. 16). Tel est le signe de la bénédiction divine qui se répand en plénitude sur une terre pacifiée et sereine.

Toute l'humanité, oubliant et effaçant même chaque division, convergera vers ce souverain de justice, accomplissant ainsi la grande promesse faite par le Seigneur à Abraham: "Bénies seront en lui toutes les races de la terre" (v. 17; cf. Gn 12, 3).

L’ACCOMPLISSEMENT PAR LE CHRIST

Dans la figure de ce roi-Messie, la tradition chrétienne a perçu le portrait de Jésus Christ. Saint Augustin [2], dans son Commentaire sur le Psaume 71, relisant précisément le chant dans une optique christologique, explique que les humbles et les pauvres, au secours desquels le Christ vient, sont "le peuple des croyants en lui".

Rappelant les rois que le Psaume avait auparavant mentionnés, il précise même que "dans ce peuple sont aussi compris les rois qui l'adorent. Ils n'ont pas, en effet, dédaigné être humbles et pauvres, c'est-à-dire confesser humblement leurs propres péchés et reconnaître qu'ils ont besoin de la gloire et de la grâce de Dieu, afin que ce roi, fils du roi, les libérât du puissant", c'est-à-dire de Satan, le "calomniateur", le "puissant".

"Mais notre Sauveur a humilié le calomniateur, et il est entré dans la maison du puissant, en emportant ses vases après l'avoir enchaîné; il "a libéré le petit du puissant, et le pauvre qui n'avait personne pour le secourir".

En effet, aucune puissance créée n'aurait été capable d'accomplir cela: ni celle de quelque homme juste, ni même celle de l'ange. Il n'y avait personne en mesure de nous sauver; voilà alors qu'il est venu lui-même, en personne, et qu'il nous a sauvés."

(71, 14: Nuova Biblioteca Agostiniana, XXVI, Roma 1970, pp. 809-811).

LA FINALE DU PSAUME [2]

La finale des deux derniers versets (cf. vv. 18-19) est en réalité un ajout liturgique successif au Psaume.

Il s'agit, en effet, d'une brève mais intense bénédiction, qui devait sceller le deuxième des cinq livres dans lesquels la tradition hébraïque avait divisé le recueil des 150 Psaumes: ce deuxième livre avait commencé par le Psaume 41, celui de la biche assoiffée, symbole lumineux de la soif spirituelle de Dieu. C'est à présent un chant d'espérance dans une ère de paix et de justice qui conclut cette séquence de Psaumes et les paroles de la bénédiction finale sont une exaltation de la présence efficace du Seigneur dans l'histoire de l'humanité, où "il accomplit des merveilles" (Ps 71, 18), ainsi que dans l'univers créé comblé de sa gloire (cf. v. 19).


[1] Jean Paul II, audience du mercredi 1er décembre 2004

[2] Jean Paul II, audience du mercredi 15 décembre 2004

Jean Paul II

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