Deux erreurs opposées et deux réponses du magistère (sur la nature de la Bible)

Deux erreurs opposées et deux réponses du magistère (sur la nature de la Bible)

Deux erreurs opposées ont provoqué deux réponses du Magistère, qui se rejoignent en profondeur, par le rapport entre le divin et l’humain, par le mystère de l’incarnation. Jean Paul II l’explique :

3. Providentissimus Deus [1893] paraissait à une époque marquée par de virulentes polémiques contre la foi de l’Église. L’exégèse libérale apportait à ces polémiques un appui important, car elle utilisait toutes les ressources des sciences, depuis la critique textuelle jusqu’à la géologie, en passant par la philologie, la critique littéraire, l’histoire des religions, l’archéologie et d’autres disciplines encore.

Par contre, Divino afflante Spiritu [1943] était publiée peu de temps après une polémique toute différente menée, surtout en Italie, contre l’étude scientifique de la Bible. Un opuscule anonyme avait été largement diffusé pour mettre en garde contre ce qu’il décrivait comme "un très grave danger pour l’Église et pour les âmes : le système critico-scientifique dans l’étude et l’interprétation de la Écriture, ses déviations funestes et ses aberrations".

Les exégètes catholiques doivent rester en pleine harmonie avec le mystère de l’Incarnation

4. Dans l’un et l’autre cas, la réaction du Magistère fut significative, car, au lieu de s’en tenir à une réponse purement défensive, il alla au fond du problème et manifesta ainsi – notons-le d’emblée – la foi de l’Église dans le mystère de l’Incarnation. […]

Dans Divino afflante Spiritu, Pie XII a [...] revendiqué l’union étroite des deux démarches, d’une part en soulignant la portée "théologique" du sens littéral, méthodiquement défini (E.B., n. 251), d’autre part, en affirmant que, pour pouvoir être reconnu comme sens d’un texte biblique, le sens spirituel doit présenter des garanties d’authenticité. Une simple inspiration subjective ne suffit pas. On doit pouvoir montrer qu’il s’agit d’un sens "voulu par Dieu lui-même", d’une signification spirituelle "donnée par Dieu" au texte inspiré (E.B., n.552-553). La détermination du sens spirituel appartient donc, elle aussi, au domaine de la science exégétique.

Nous constatons ainsi que, malgré la grande diversité des difficultés à affronter, les deux Encycliques se rejoignent parfaitement au niveau le plus profond. Elles refusent, l’une comme l’autre, la rupture entre l’humain et le divin, entre la recherche scientifique et le regard de la foi, entre le sens littéral et le sens spirituel. Elles se montrent par là pleinement en harmonie avec le mystère de l’Incarnation. […] 7. En conséquence, les deux Encycliques [« Providentissimus Deus » et « Divino afflante Spiritu »] demandent aux exégètes catholiques de rester en pleine harmonie avec le mystère de l’Incarnation, mystère d’union du divin et de l’humain dans une existence historique tout à fait déterminée.

(Discours aux cardinaux et à la Commission biblique pontificale, 23 avril 1993, Texte original français dans l’Osservatore Romano du 24 avril 1993., § 3-7)