Sarcophages antiques : saint Joseph chef de famille

Sarcophages antiques : saint Joseph chef de famille

Plusieurs sarcophages du IV° siècle représentent l'adoration des mages, notamment :

- Le sarcophage en marbre blanc dit « de la Trinité » ou « des Epoux », au Musée de L'Arles et de la Provence Antique : l'adoration des mages est à gauche du registre du bas.

- Le sarcophage en marbre, anciennement à Saint-Honorat des Alyscamps et visible actuellement dans le bas-côté nord de la Primatiale Saint-Trophime : l'adoration des mages est sur la face antérieure.

sarcophage des époux, France, Arles (83) | sarcophage en mar… | Flickr

Dans les deux cas l'adoration des mages est représentée de façon très analogue, et on derrière le trône de Marie portant l'enfant, on remarque un homme qui tient la main levée.

J-M Rouquette commentait le sarcophage d'Arles en voyant dans ce personnage le prophète Balaam, qui avait annoncé "qu'un astre issu de Jacob" deviendrait chef. En effet, les mages ont suivi une "étoile". Cette opinion est cependant très fragile : si l'artiste avait voulu représenter Balaam, il aurait représenté son âne (comme pour les mages il a représenté les offrandes d'or, d'encens et de myrrhe).

Christian-Michel Doublier-Villette fait remarquer que l'attribut de ce personnage, c'est simplement son autorité (sa main levée). Dans l'empire romain, « l'auctoritas » désignait l'autorité de l'empereur, l'autorité des sénateurs, l'autorité du prince, et l'autorité du père, chef de famille. Dans la culture latine du IV° siècle, le personnage derrière Marie est donc Joseph, le chef de la famille qui lève la main en signe d' « auctoritas » : un rôle que confirme toute la tradition patristique contemporaine de ces sarcophages. Joseph avait autorité pour témoigner de la conception virginale de Jésus.

Nous pourrions citer saint Irénée, Origène... Le témoignage le plus directement lié à l'autorité de Joseph est celui de saint Ambroise de Milan (333-397) :

"La pureté trouve un témoin de toute sûreté : un mari, en mesure et de ressentir l'injure et de venger l'affront, s'il n'avait reconnu un mystère. Ajoutons que cela donne plus de crédit aux paroles de Marie."[1]

Ailleurs Saint Ambroise insiste:

"Où trouver un meilleur témoin de la chasteté de la Vierge que dans son propre mari, lequel pouvait bien s'attrister de l'injure et de l'opprobre s'il n'en avait pas connu le secret? La fidélité de Marie n'était-elle pas ainsi établie mieux que par des paroles, et toute possibilité de mensonge n'était-elle pas écartée? Car il eût été facile de supposer le mensonge chez une femme libre et enceinte, désireuse de cacher sa faute."[2]

Les mises en gras de ces citations sont pour souligner l'importance donnée par St Ambroise à "l'auctoritas" de Joseph, premier témoin de l'Incarnation du Verbe, premier croyant en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.


[1] St Ambroise de Milan, Traité sur l'Evangile de St Luc, t.I, livres 1-4, Sources Chrétiennes, 45 bis, Ed du Cerf, Paris, 1971, p.72.

[2] Exp..Ev Luc 2,1:ML 15, 1551-3, cité par G.M Bertrand, St Joseph dans les écrits des Pères, de St Justin à St Pierre Chrysologue, Analyse des textes et synthèse doctrnale. Ed. Fides, Paris-Montréal, 1966, p.111. 


Résumé par F. Breynaert de Christian-Michel Doublier-Villette, « les premières représentations de saint Joseph : Joseph ou Balaam ? », dans CFRDJ, Actes du premier symposium « Saint Joseph », Cotignac, 7-8 juin 2008. Editons du CFRDJ, Allex, 2008, p. 19-34.