Françoise Burtz : Passion selon saint Jean

Françoise Burtz : Passion selon saint Jean (art, XX° s.)

Description: La Passion selon saint Jean. De la croix à la glorification.

L'artiste : Françoise Burtz s'est retirée dans un ermitage, au Nord de la France. Voir son site personnel : cliquez.

La forme du tableau suit le récit de l'Evangile

Le tableau est composé de cinq colonnes correspondant aux cinq lieux de la Passion selon saint Jean.

En effet, l'évangéliste rythme le récit de la Passion à partir des lieux : au jardin, chez Anne, chez Pilate, au Calvaire, au jardin*.

A : Au jardin, un message de gloire et de liberté (Jn 18, 1-12)

Au jardin de Gethsémani, les autres évangélistes montrent Jésus qui prie le Père : « Que ta volonté soit faite et non la mienne ! » (Mt 26,36-46 ; Mc 14, 26-42, Lc 22,39-45) Saint Jean raconte ailleurs une prière similaire : « Père, sauve-moi de cette heure ! Mais c'est pour cela que je suis venu à cette heure. Père, glorifie ton nom ! » (Jn 12, 27-28). Mais à Gethsémani (Jn 18, 1-12), il délivre un message très différent : un message de gloire et de liberté.

Le lieu, « le jardin » (Jn 18,1), évoque le jardin de la Genèse qui fut un lieu de tentation : la nouvelle création est à l'œuvre, et la victoire sur le tentateur.

Là, Jésus dit : Je SUIS (souvent traduit « C'est moi »), et les soldats tombent à terre : mot à mot, ils se prosternent comme pour adorer (Jn 18,6). « Je SUIS » est le nom de Dieu (Ex 3,14).

Jésus commande : « Laissez partir ceux-ci » (les disciples). Jésus est le bon Pasteur (Jn 10). Il protège ses disciples, « afin que pas un ne se perde » (Jn 18, 9).

B : Chez Anne, le grand prêtre, Jésus dit sa confiance dans les disciples (Jn 18, 13-27)

Jésus a parlé, il a tout enseigné et a fini son oeuvre de révélation. C'est pourquoi Jésus ne se justifie pas mais il dit au grand Prêtre : « Demande à ceux qui m'ont écouté » (Jn 18, 21). Ses disciples sont ceux qui ont entendu sa sagesse, c'est sur eux qu'il est roi : qu'on les interroge ! C'est ce que fait la servante : elle interroge Pierre. Mais Pierre renie son maître et répond : « Je ne suis pas » (Jn 18, 17). Quel contraste entre la confiance que Jésus fait aux disciples et l'attitude de ses derniers !


C : Chez Pilate, Jésus trône, il est le Roi. (Jn 18, 28 à Jn 19, 16)

L'évangéliste oppose le mouvement d'élévation de Jésus et la foule qui s'enfonce dans la haine.

Jésus trône, il est roi des Juifs (18, 33), couronné, son royaume n'est pas de ce monde (18, 36), il est le Fils de Dieu (19, 7) une expression qui a ici son sens fort et ne signifie pas seulement messie ou prophète. Il vient d'en haut (Jn 19, 11). Il est le Fils de l'homme sur les nuées du ciel.

Quant à la foule, elle s'enfonce, elle préfère Barabbas, le faux messie. Elle rejette Jésus et vocifère. Elle le condamne, elle crie : « crucifie-le ! », préférant César au roi des Juifs.

Le thème central est la royauté de Jésus, son couronnement (Jn 19, 5).

Au Lithostrotos (Jn 19, 13), Jésus est assis comme un Juge. Devant lui, le monde vient de se condamner en condamnant à mort celui qui lui apportait la vérité. La question de Pilate dissipe toute équivoque : voici votre roi, vais-je crucifier votre roi? En réponse les grands prêtres donnent eux-mêmes le verdict de condamnation. Nous n'avons d'autre roi que César.

B' : Au calvaire. (Jn 19, 17-37)

1. Jésus est roi des Juifs, l'Ecriteau témoigne, en grec, en hébreu et en latin. (Jn 19, 19-22)

2. La tunique non déchirée symbolise l'unité de son royaume que les soldats, bien qu'ils se partagent le monde, ne détruiront pas.

Le thème de la tunique non déchirée est uni à celui de la maternité spirituelle de Marie par une conjonction grecque, "d'une part [les soldats... la tunique]... d'autre part [Jésus voyant sa Mère]", qui n'est pas traduite en français. (Jn 19, 23-24)

3. Au centre des cinq scènes racontées au calvaire, Jésus donne sa mère, dans une double révélation, au disciple et à Marie. (Jn 19, 25-27)

4. Alors tout est achevé. Jésus a soif (soif de l'Esprit). Et il donne l'Esprit (l'Esprit Saint). "Il livra l'Esprit" ne désigne jamais mourir dans le grec d'avant les évangiles. En outre on n'a pas "son Esprit" mais "l'Esprit". (Jn 19, 28-30)

5. Jn 19, 31-37 : Comme il est déjà mort, on ne lui brise pas les os. C'est le fait historique. Or, c'est l'heure où l'on immolait l'agneau pascal (la "parascève"). « Ils ne lui brisèrent pas les os » indique donc qu'il faut comprendre que Jésus est le nouvel agneau pascal.

D'un coup de lance le soldat ouvre son cœur, "il coula du sang et de l'eau". L'Esprit, symbolisé par l'eau (Jn 8, 38), nous est donné sur la croix. Celui qui a vu "témoigne". Jésus est la source d'Eau vive et de l'Esprit, promise en Zacharie 12,9-13,1.

Exalté, Jésus attire le regard de tous les croyants (Nb 21,8; Jn 3,14).

A' : De nouveau au jardin. (Jn 19, 38-41)

Ce n'est plus le jardin des oliviers mais celui de Joseph d'Arimathie. Mais c'est encore le jardin du Cantique des Cantiques et de la nouvelle Création.

La structure d'ensemble est un « chiasme » :

A- Au jardin /

B- Chez Anne : Jésus s'en remet aux disciples /

C- Devant Pilate : Royauté de Jésus /

B'- Au calvaire : Jésus (roi) donne sa mère au disciple /

A'- Au jardin.

La scène de Marie au Calvaire (Jn 19, 25-27)

- La petite scène où Jésus donne sa mère est située dans le cadre plus général du jardin, jardin de la création et de la nouvelle création, jardin de l'Alliance de la tentation et de la nouvelle Alliance. Marie est la nouvelle Eve, le Christ est le nouvel Adam, mais leur rapport demeure asymétrique (le Christ est aussi Dieu). (Ci-dessous une proposition de liens pour approfondir).


- La mère de Jésus est donnée au disciple qui prend Marie chez lui (en grec, «in ta idia»), en plein contraste avec le reniement de Pierre (chez Anne) et la dispersion des autres qui s'en vont chacun dans ses affaires (Jn 16, 32 - en grec, «in ta idia»). (Ci-dessous une proposition de liens pour approfondir).


- La maternité spirituelle de Marie est proclamée quand Jésus est proclamé Roi, Marie est associée à ce règne. De plus, la révélation de la maternité spirituelle de Marie est consécutive au récit de la tunique du Christ qui ne sera pas déchirée, la mère de Jésus a un rôle dans l'unité du Royaume. (Ci-dessous une proposition de liens pour approfondir).


- Le manteau de Marie forme comme un filet d'eau qui rejoint le sang du Christ coulant dans la coupe eucharistique. Ceci représente à la fois la «participation» de Marie, qui, en tant que mère, communie aux souffrances de son fils, et la «réponse», ou «coopération» de Marie en tant que Femme de l'Alliance. Nous sommes appelés, nous aussi, à verser notre goutte d'eau... (Ci-dessous une proposition de liens pour approfondir).PLAN : La coopération de Marie à la Rédemption

La luminosité du tableau, la gloire de Jésus

Saint Jean a perçu que la Passion est une Passion de gloire (cf. Jn 12, 27-28 ; 17,22).

La première colonne révèle immédiatement la gloire de Jésus. Jésus donne sa vie. Il interroge les soldats qui se prosternent devant lui.

La seconde colonne exprime que sa Passion est majestueuse, glorieuse, elle est un roc solide qui fonde l'existence ; les disciples ont des visages où se reflète déjà cette gloire.

La colonne centrale, chez Pilate, a un fond presque doré. Jésus est lourd, glorieux. La Gloire est un poids de présence. A l'opposé, Pilate est léger, inconsistant. La révélation de la gloire de Jésus est celle de sa royauté de lumière et d'amour.

La quatrième colonne a aussi un fond presque doré. La mort de Jésus est un sommet d'amour, c'est l'heure de sa glorification.

La cinquième colonne, avec l'ensevelissement, garde la trace de cette lumière de gloire.


Retrouvez ce commentaire de la Passion selon saint Jean, - sans le tableau de Françoise Burtz -, mais augmenté par les approfondissements proposés par les liens de cette page dans : Françoise Breynaert, A l'écoute de Marie, préface Mgr Rey, tome II, éditions du ver luisant, Brive 2007 (diffusion Mediaspaul), p. 51-98


N.B. Pour la formation des animateurs de catéchèse pour adultes avec les outils audio-visuels inspirés de différents artistes, dont notamment de Françoise Burtz : Iifac: (Institut International Foi Art et Catéchèse).

Tel : 03 20 13 40 12 - 03 59 30 25 57 ; email : iifac[arobase]icl-lille.fr

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Françoise Breynaert