Icône de la Nativité, Novgorod, Russie, XV° siècle

Icône de la Nativité, école de Novgorod, XV° siècle

Voir l'icône :

https://www.pagesorthodoxes.net/fetes/noel4.htm

ou

https://www.iconsexplained.com/iec/pics/030_nativity.jpg

Historique :

L'icône de la Nativité de l'école de Novgorod (XVIème siècle) a une composition primitive qui remonte probablement à l'image de l'église construite par Constantin sur le lieu même de la Nativité. Les pèlerins, en revenant de Terre , rapportaient de l'huile sanctifiée dans des burettes où on reproduisait déjà cette image dans ses traits essentiels, au IV ème et V ème siècle.[1]

Vue d'ensemble

Après les premiers instants de contemplation, un mouvement intérieur saisit l'esprit et fait entendre, comme un chant encore sourd mais de plus en plus persuasif, une joie sereine : « Mère de la Vie, elle a mis au monde l'allégresse qui essuie les larmes du péché. »[2]

La Trinité. Le rayon unique qui sort du triangle en haut signifie l'essence une de Dieu ; mais en sortant de l'étoile, il se divise en trois rayons pour désigner la participation des trois Personnes à l'économie du salut. Il fut nécessaire que Dieu devînt homme pour rendre à l'homme l'ancienne image et la dignité vertigineuse de fils de Dieu. "Maintenant tout est nouveau !". [3]

L'image est centrée sur l'enfant-Dieu. L'accent est mis, non sur le limité capable de l'illimité, mais sur l'incompréhensible limitation de Celui qui est sans limite.

Une autre figure centrale de l'icône est celle de la Mère de Dieu. Elle est allongée sur un lit d'apparat, elle met en lumière le réalisme de l'Incarnation.

Romanos le Mélode, dans le Kondakion de la fête, fait écho au récit de l'évangile de saint Luc (Lc 2) et de saint Matthieu (Mt 2) :

« La Vierge en ce jour, met au monde le Verbe qui transcende l'univers et la terre offre une grotte à l'Inaccessible. Les anges chantent sa gloire avec les bergers, et les mages cheminent avec l'étoile, car il nous est né un petit enfant, le Dieu d'avant les siècles. »

Toute la scène baigne dans une douce clarté évoquant la création nouvelle qui s'inaugure avec cette naissance. D'après saint Grégoire de Naziance, la Nativité est la fête de la re-création. Les rochers, la végétation frémissent d'allégresse d'un paradis nouveau. Toute la création exulte, danse et tressaille en ce jour.

détails

La caverne, au milieu de l'image, est le centre de la terre visité, en vertu de l'Incarnation divine, par la lumière divine. Les cieux rejoignent les profondeurs de la création et la métamorphosent. « Venez, jouissons du paradis dans cette grotte » chante l'hirmos de la neuvième ode de la fête.[4]

Un autre auteur fait remarquer que la scène dépeinte se joue devant la grotte, jamais à l'intérieur. L'iconographe souligne de cette façon que l'événement déborde le lieu historique et le moment de sa réalisation.[5]

La figure de droite représente Isaïe et en lui tous les prophètes de l'ancienne alliance. La main droite d'Isaïe indique l'enfant assis sur les genoux de la sage-femme Salomé. La scène du bain de l'enfant montre qu'il est vraiment Fils de l'homme et en même temps il est le Messie attendu et finalement venu: "Une pousse germera de la souche de Jessé, un rejeton germera de ses racines. Sur lui reposera l'esprit du Seigneur" (Is 11,1-2). La main d'Isaïe désigne d'un même geste un grand tronc et le rejeton verdoyant, l'un à côté de l'autre. [...] Nous sommes loin de l'image idyllique d'un petit enfant, Jésus est déjà l'homme des douleurs annoncé par Isaïe (Is 53,3). [6]

Le symbole baptismal est figuré par la Croix et le bain de l'enfant anticipe le bain baptismal de l'épiphanie ; nous sommes renvoyés au passage si dense de Rm 6. [...] L'enfant se trouve à la hauteur exacte du "numéro d'or" ou de la "section dorée" c'est-à-dire la dimension classique de la croix. La croix est présente à travers cette proportion géométrique et l'enfant se trouve justement là où se croisent les bras de la croix. L'enfant couché dans la grotte, c'est déjà la descente du Verbe aux enfers, et peut-être l'expression la plus incisive du prologue du quatrième Évangile: "La lumière resplendit dans les ténèbres".[7]

La présence du bœuf et de l'âne à côté de la mangeoire renvoient encore une fois à Isaïe: "Le bœuf connaît son propriétaire et l'âne le râtelier de son maître, mais Israël ne connaît pas et mon peuple ne comprend pas" (Is 1,3). [8]

Les bergers nous rappellent immédiatement la figure du Berger-Messie. Les significations de la grotte projettent une lumière curieuse sur la parabole du Bon Berger (Jn 10, l-2l) et il lui donne la portée d'une version johannique de la "descente aux enfers". La bergerie est l'enfer, la "vallée obscure" (Ps 22, 4), où les brebis attendent le vrai Berger, le Messie. Qui n'entre pas... par la porte... est un voleur". Voleur est le nom de Satan, il ne peut pas entrer par la porte qui est le Christ, mais il s'approche des brebis par les voies tordues du mensonge. "Le Berger-Messie appelle ses brebis une par une et il les conduit dehors": il vient pour "les conduire dehors", hors de la bergerie de l'enfer et de la mort - "pour leur donner la vie", "pour amener tous les êtres des portes sans soleil à la splendeur vivifiante" (Matines, IV ème ode). Le thème du Berger s'approfondit: il n'est pas seulement celui qui protège et guide, mais celui qui tire de la mort à la vie. [9]

Marie Theotokos

Hors de la grotte, vêtue de pourpre royale, la Basilissa - la Reine Theotokos - est étendue. Epuisée, elle appuie sa tête sur sa main et son regard est perdu dans la contemplation de l'Évangile du salut : "Elle gardait toutes ces choses en les méditant dans son cœur" (Lc 2, 19). [10]

Marie, mère des vivants

Mère, elle éloigne cependant son regard de l'enfant : elle nous accueille tous et reconnaît en nous la naissance de son fils.

Nouvelle Ève, Mère de tous les vivants, c'est pour tous qu'elle a prononcé son Fiat et c'est pourquoi elle est la figure de l'Église. [11]


Marie, fleur de la race humaine

Vierge fidèle, elle a répondu avec sa fidélité humaine à la fidélité divine de la promesse. En elle culmine l'espoir du peuple hébraïque en elle se résume cette longue attente pleine de préfigurations et de signes dont la science divine offre la clé. [12]

Marie, mère vierge

"Celui qui est né d'un Père sans mère, en ce jour a pris chair en toi sans père", la paternité mystérieuse de Dieu se réfléchit dans l'humain, dans la maternité miraculeuse de la Vierge. Plus conforme à la génération divine du Verbe de la part du Père qu'à la génération humaine naturelle, on voit jusqu'à quel point ce miracle rend absurde de considérer la Theotokos comme une "femme parmi toutes les femmes...". "En engendrant contrairement à toutes les lois de la nature et en demeurant intacte", elle porte sur les icônes trois étoiles sur la tête et sur les épaules: signe de la virginité avant, pendant et après la naissance du Christ. [13]


Marie, le cadeau de l'humanité à Dieu

Étendue et se découpant nettement sur l'ensemble, elle représente l'humanité, c'est la Tour de la vision d'Erma, l'Église. Les noms liturgiques la soulignent et trouvent sur l'icône leur image: Montagne, Sommet de la sainteté, Roche originale.

Dans la fête de la re-création, elle est le cadeau le plus sublime que l'homme ait jamais été capable d'offrir à Dieu. « Que t'offrirons-nous, o Christ, car pour nous Tu nais sur la terre en tant Homme ? Toutes les créatures, qui sont Ton œuvre, te rendent en effet un témoignage de gratitude: les anges par leur chant, les cieux par l'étoile, les mages par leurs cadeaux, les bergers par leur admiration, la terre par la grotte, le désert par la mangeoire ; mais nous les hommes nous t'offrons une vierge Mère » (Stichère de la fête de Noël). [14]

Joseph

A gauche se trouve Joseph, plongé dans une méditation profonde. Visiblement à l'écart, on voit que ce n'est pas le père de l'Enfant. Les textes liturgiques racontent le trouble profond de Joseph attaqué par le doute : "Joseph parlait ainsi à la Vierge Marie: "Quel est le drame que je vois en Toi ? Je suis frappé par la surprise et mon esprit est dans la stupeur". (Stichère de Sophrone) [...].

Devant lui, le diable. Les apocryphes rapportent sa parole tentatrice : "Comme ce bâton [c'est un bâton plié ou cassé, le sceptre cassé de Son ancienne puissance] ne peut pas germer, un vieil homme comme toi ne peut pas engendrer et une vierge ne peut pas enfanter"; mais le bâton fleurit immédiatement.

« Joseph le Sage se troubla, secoué par une tempête de pensées contradictoires. [...] Mais, apprenant que ce qui avait été engendré en toi venait de l'Esprit-Saint, il s'écria : Alléluia, alléluia, alléluia ! » (Hymne akathiste Theotokos).

En la personne de saint Joseph l'icône raconte un drame universel, qui se reproduit à travers les siècles. Son contenu est toujours identique. Le berger-tentateur affirme qu'il n'y a pas d'autres mondes que le monde naturel. C'est la négation du principe transcendant et c'est toute la tragédie de l'athéisme sincère d'un "cœur lent à croire ". Le visage de saint Joseph exprime souvent l'angoisse et presque le désespoir, la tempête intérieure, et sur certaines icônes la Vierge le regarde avec une profonde et infinie compassion. [15]

Les mages

En haut, on voit les mages dont les chevaux sont pleins de légèreté et de vie. [...] C'est l'Avent cosmique qui unit l'attente messianique des Juifs et l'inspiration prophétique des sages païens. [...] La Philanthropie divine accueille les sages de tous les temps. [16]

Les anges

Les anges en habit brillant rouge et or - reflets de la Majesté divine - sont représentés dans leur double ministère : ceux de gauche ils sont tournés vers le haut, vers la Source de la Lumière, et c'est la louange incessante de Dieu, la liturgie céleste ; l'ange de droite se penche vers le berger et c'est le serviteur de l'humanité, l'ange de l'incarnation. Dans son inclinaison vers les hommes, on sent toute la tendresse angélique de la protection, la veille incessante de l'ange gardien. Aux heures de silence nous pouvons deviner sa présence, écouter sa voix, cette voix qui sera dans le Royaume la plus familière, le plus connue, presque la nôtre. [17]


Conclusion

Le dernier regard sur l'icône retrouve la première vision et s'accomplit dans une joie très pure; le Paraclet suggère: "Le Christ naît, glorifions-le ; le Christ descend des cieux, allez à sa rencontre; le Christ est sur la terre, exaltez-le. Chantez au Seigneur toute la terre, dans votre joie, célébrez-le tous les peuples !" »



[1] Pavel Evdokimov, in Tomáš SPIDLIK, Giovanni GUAITA, Maria CAMPATELLI, Testi mariani del secondo Millennio, II, Città nuova, 2000, p. 484.

[2] Pavel Evdokimov Ibid, p. 484-495.

[3] Pavel Evdokimov Ibid, p. 484-495.

[4] Ephrem Yon, Philippes Sers éditeur, Les saintes icônes, une nouvelle interprétation, Paris 1990, p. 169-170.

[5] Michel Quenot, L'icône, fenêtre ouverte sur le Royaume, Cerf, Paris 2001, p.118

[6] Pavel Evdokimov Ibid, p. 484-495.

[7] Pavel Evdokimov Ibid, p. 484-495.

[8] Pavel Evdokimov Ibid, p. 484-495.

[9] Pavel Evdokimov Ibid, p. 484-495.

[10] Pavel Evdokimov Ibid, p. 484-495.

[11] Pavel Evdokimov Ibid, p. 484-495.

[12] Pavel Evdokimov Ibid, p. 484-495.

[13] Pavel Evdokimov Ibid, p. 484-495.

[14] Pavel Evdokimov Ibid, p. 484-495.

[15] Pavel Evdokimov Ibid, p. 484-495.

[16] Pavel Evdokimov Ibid, p. 484-495.

[17] Pavel Evdokimov Ibid, p. 484-495.


Synthèse F. Breynaert