Précurseur de la mariologie moderne

Nicolas, précurseur de la mariologie moderne

Darricau voit dans la synthèse mariale de Auguste Nicolas « l’un des bons traités qui ait paru au cours des siècles » et pense que son œuvre théologique « renferme toute une réflexion doctrinale dont la solidité transcende les siècles et s’insère dans le patrimoine séculaire de l’Eglise dont elle contribue à enrichir la Tradition vivante ».  C’est sans doute ce qui explique qu’aujourd’hui encore l’œuvre mariale d’Auguste Nicolas paraît moderne et cohérente avec l’enseignement de Vatican II et des papes contemporains sur la Vierge.

Outre les dogmes de la Conception Immaculée (Pie IX, bulle « Ineffabilis Deus », 1854) et de l’Assomption de la Vierge Marie (Pie XII, « Munificentissimus », 1950), l’enseignement marial de l’Eglise depuis plus d’un demi siècle, comporte le chapitre huit de la constitution conciliaire « Lumen Gentium », ainsi que les textes majeurs des papes, à savoir « Fulgens corona » (Pie XII, 1953), « Ad caeli Reginam » (Pie XII, 1954), « Signum magnum » (Paul VI, 1967), « Marialis cultus » (Paul VI, 1974), « Mater Redemptoris » (Jean-Paul II, 1987). Soulignons les concordances entre les axes doctrinaux de l’enseignement officiel moderne et ceux qui charpentent l’œuvre mariale d’Auguste Nicolas.

Auguste Nicolas situe toute son étude mariale dans la perspective du plan divin du Salut du monde

A la lumière de l’Ecriture et de la Tradition, Lumen Gentium montre le rôle de la Mère du Sauveur dans l’économie du salut, dans l’histoire du salut (pour la distinction des Pères de l’Eglise entre la Théologie et l’Economie du salut, cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 236 et 258-260). Le chapitre huit commence par évoquer « la plénitude des temps » de Galates 4/4-5, idée que reprend Jean-Paul II dès le début de Mater Redemptoris et qu’il développe sur la base de Ephésiens chapitre premier sur le « dessein bienveillant » que le Père avait arrêté en Lui-même de toute éternité pour le réaliser dans la plénitude des temps, à savoir rassembler toutes choses dans le Christ (Eph. 1/9-11).

Déjà, au milieu du XIXème siècle, Auguste Nicolas situe toute son étude mariale sous le signe de ce même dessein divin de salut dont la première partie s’intitule « La Vierge Marie et le plan divin», qu’il expose ensuite sur presque 500 pages. Il situe la sagesse et l’ordre de ce plan divin à la lumière de I corinthiens, 3/22 : « Tout est à vous, mais vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu ». Dès lors, la finalité de toute l’œuvre de Dieu c’est la gloire de Dieu, la gloire du Christ et le bonheur de l’homme.

A. Nicolas va étudier successivement le plan créateur et en son centre, le mystère de l’Incarnation (Livre premier, chapitres I à IV), puis, par suite de la chute d’Adam, l’économie de la Rédemption (Livre deuxième, chapitres I à VII) avec chaque fois le rôle (le « ministère ») de la Vierge Marie dans cette économie créatrice et rédemptrice. Enfin et en corollaire, les relations de Marie avec le mystère de la Trinité et avec chacune des Trois Personnes (Epouse du Père, Mère du fils, Sanctuaire du Saint-Esprit, Fille de Dieu –chapitre I à III) et la relation de Marie aux hommes, ses frères (chapitres IV à X).

Une perspective à l’évidence très proche des enseignements du Concile et des papes modernes sur le mystère de Marie

Sous une forme personnelle et originale, le plan de l’ouvrage de A. Nicolas et ses perspectives apparaissent à l’évidence très proches des enseignements du Concile et des papes modernes sur le mystère de Marie. Lumen Gentium n° 53 évoque la triple relation trinitaire de la Vierge-Mère, et Marialis Cultus n° 25-28 souligne comment le culte de la Vierge doit être trinitaire, christologique et ecclésial, biblique … anthropologique (1). Les bases bibliques et patristiques de Auguste Nicolas sont aussi nombreuses que pertinentes ; quant à l’anthropologie, pointons le titre du Livre III chapitre VII « Marie, créature universelle, femme type, réalise et résume en elle les lois de l’ordre moral et social : la sainteté, la maternité, la virginité, l’humilité ».

Cette modernité de la synthèse mariale d'Auguste Nicolas tient à ce qu’il inscrit sa réflexion, comme l’a noté Darricau, dans le développement homogène de la foi chrétienne et de l’enseignement de l’Eglise à travers les siècles.

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(1) Nous gardons les notes liturgique et œcuménique demandées par Paul VI pour une prochaine présentation de la mariologie de A. Nicolas