Le curé d’Ars consacre sa paroisse à Marie conçue sans péché

Le curé d’Ars consacre sa paroisse à Marie conçue sans péché

« Un jour au pied de l'autel de la Vierge, le curé d'Ars pleurait à chaudes larmes, les yeux élevés, les mains suppliantes et étendues vers l'image vénérée, il a priait et insistait avec toute la chaleur de son âme [...] et sollicitait sans cesse cette mère de miséricorde de lui venir en aide en faveur de ses pauvres paroissiens, il entendit une voix céleste lui dire : « consacrez votre paroisse à Marie conçue sans péché ».

Plein de confiance en cette voix qu'il a entendue et par laquelle son âme s'est trouvée subitement consolée, il annonce en chaire, le dimanche suivant, le dessein qu'il a conçu de consacrer tous ses paroissiens à Marie conçue sans péché. Pour cela il fera faire un cœur d'or dans l'intérieur duquel seront enfermés les noms de toutes les familles d'Ars ; qu'il lira lui-même ces noms du haut de la chaire, afin que, si quelqu'un ait été oublié par mégarde, il puisse réclamer.

Puis, revenant à son objet principal « c'est à vous maintenant, mes bien-aimés frères de préparer vos âmes à cette offrande qui va être faite de vous tous à la plus pure des vierges, et dont la conception a été immaculée, venez donc, tous, venez vous approcher du saint Tribunal[1] qui purifie ceux qui s'accusent et redonne à l'âme pénitente toute la blancheur de sa première innocence. Après l'humble aveu de vos fautes, vous participerez au banquet de l'Agneau, à sa table , dont l'aliment est le sceau des élus[2]. Je composerai moi-même l'acte de cette consécration, et tous étant à genoux, je la réciterai à haute et intelligible voix, pour que chacun puisse la redire et se l'approprier. »

Obéissant à la voix de leur pasteur, tous en effet se préparent, s'animent et s'encouragent. Tous leurs entretiens dans les champs, dans les veillées, dans les réunions, ne roulent que sur cette consécration et ce jour va devenir un de ces jours heureux qui méritent d'être enregistrés dans les annales de l'histoire et qui former comme une démarcation en delà de laquelle la paroisse d'Ars ne va plus ressembler à elle-même.

Les cloches, dès les premières lueurs de l'aurores, se balançant dans les airs, annoncèrent la pompe religieuse avec laquelle devait se fêter ce beau jour. [...]

Enfin, avant l'offertoire, le pieux pasteur, le visage rayonnant d'une joie céleste, s'avance vers la chaire. [...] Il est chaleureux, véhément et pathétique. Les cœurs sont touchés, émus et pénétrés. C'est dans ce moment qu'il dit à son auditoire de tomber à genoux, qu'il va tous les consacrer à Marie, conçu sans péché. Tous ont obéi comme une seule personne. Dès aussitôt, il commence à haute et intelligible voix de réciter la prière de consécration à Marie.

Ouvrant ensuite son cahier, il en commence la lecture, répétant autant de fois : « Untel, son épouse et leurs enfants » qu'il se trouvait de chefs de famille dans sa paroisse ; comme on le pense bien, personne ne fut oublié, personne n'eut donc à réclamer. Cette touchante cérémonie eut lieu le premier jour du mois de mai 1836, comme le montre le tableau qu'on voit suspendu à l'entrée de la chapelle de la Vierge.

C'est à partir de ce jour que tout parut dans cette paroisse revêtir une forme toute nouvelle, qu'on vit plus d'assiduité, de recueillement, de modestie, et se former cet ensemble de vertus morales qui la distingue encore. »


[1] Appelé aujourd'hui le sacrement de réconciliation.

[2] Il parle de la messe et de la communion.

M. Azun, Biographie du curé d'Ars, de Bernètas, 1856.

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