Le Magnificat de Marie, un chemin en nous (Origène † 253)

Le Magnificat de Marie : un chemin (Origène† 253)

En lisant attentivement les homélies sur l'Evangile de Luc qu'Origène a faite en 233 ou 234 aux fidèles de Césarée, on se rend compte qu'il parle avec prédilection d'un « chemin de Marie » en nous.

Toutes les étapes de Marie vécues dans son chemin de foi et d'amour se reproduisent en nous.

Nous possédons ce que saint Jérôme a traduit. « L'homélie VIII sur Luc » ne commente qu'une partie du Magnificat, depuis « Mon âme exalte le Seigneur » jusqu'à « il s'est fait puissant pour ceux qui le craignent »

Origène commence par rappeler le parallèle classique entre Eve et Marie et constate que comme le péché a commencé par une femme, le salut commence par une femme. Puis il continue ainsi :

« On se demande comment l'âme "magnifie le Seigneur". (...)

Si je considère que le Seigneur notre Sauveur est "l'image du Dieu invisible" (Col 1,15) et si je vois que mon âme est faite à "l'image du Créateur" (Gn 1,27), pour être l'image de l'image - mon âme en effet n'est pas expressément l'image de Dieu mais elle a été créée à la ressemblance de la première image - je comprendrais alors ceci : à la manière de ceux dont le métier est de peindre des images et d'utiliser leur art à reproduire un modèle unique, par exemple le visage d'un roi, chacun de nous transforme son image à l'image du Christ et trace de lui une image plus ou moins grande, tantôt délavée ou ternie, tantôt claire et lumineuse, répondant à l'original.

Lors donc que j'aurai fait grandir l'image de l'image, c'est à dire mon âme, et que je l'aurai magnifiée par mes œuvres, mes pensées et mes paroles, alors l'image de Dieu aura grandi et le Seigneur lui-même dont notre âme est l'image, sera magnifié. (...)

L'âme de Marie magnifie d'abord le Seigneur et son esprit ensuite exulte en Dieu. De fait si nous n'avons pas d'abord grandi, nous ne pouvons pas d'abord exulter.

"Parce que dit-elle, il a jeté les yeux sur l'humilité de sa servante". (...)

Dans l'Ecriture, l'humilité est considérée comme une des vertus. Le sauveur l'affirme : "Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes." (Mt 11,29) (...) C'est l'état d'un homme qui ne s'enfle pas, mais s'abaisse lui-même. S'enfler d'orgueil, selon l'apôtre, c'est tomber sous la condamnation du diable qui précisément, a commencé par l'enflure de l'orgueil et de la superbe ; voici la citation : "afin que, n'étant pas bouffi d'orgueil, il ne tombe pas sous la condamnation du diable." (1 Tm 3,6) (...)

Voici que "désormais toutes les générations m'appelleront bienheureuse."

Si je comprends l'expression "toutes les générations" selon son sens le plus simple, je l'interprète des croyants.

Mais si je scrute ce verset plus profondément, je m'aperçois qu'il est préférable d'ajouter : "car le Tout Puissant fit pour moi de grandes choses" (...)

"Et sa miséricorde s'étend de génération en génération" (...) "pour ceux qui le craignent, Il a déployé la puissance de son bras."

Malgré ta faiblesse, si tu approches du Seigneur dans la crainte, tu pourrais entendre sa promesse en réponse à ta crainte."

Quelle est donc cette promesse du Seigneur ? "il se fait la force de ceux qui le craignent" dit Marie. La force ou la puissance est un attribut royal. (...)

Si donc tu crains Dieu, il te communique sa force et sa puissance, il te donne son Royaume, afin que soumis au Roi des rois (Ap 19,16), tu possèdes le royaume des cieux, dans le Christ Jésus, "à qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen." (1 P 4,11) » [1]


[1] Origène, homélie VIII : dans sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 165-173

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