L’Annonciation (Protévangile de Jacques)

L’Annonciation (Protévangile de Jacques)

Le Protévangile de Jacques dédouble l'Annonciation du Seigneur (Lc 1,26-38) en deux endroits différents: au puits, et à la maison.

Il est dit que Marie "prit la pourpre", parce que le Protévangile de Jacques, pour souligner l'état de virginité de Marie, avait raconté que Marie faisait partie des sept vierges de la tribu de Juda choisies pour tisser le voile du Temple.

Dans le récit du Protévangile de Jacques, les paroles de l'ange sont reprises de l'évangile de Luc (Lc 1, 28 puis Lc 1, 30), mais elles reprennent aussi les paroles d'Elisabeth "tu es bénie parmi les femmes" (Lc 1, 42).

« Elle prit sa cruche et sortit puiser de l'eau. Et voici qu'une voix lui dit : "Réjouis-toi, pleine de grâce ; le Seigneur est avec toi ; tu es bénie parmi les femmes". Et Marie regardait à droite et à gauche, pour voir d'où venait cette voix.

Et, toute tremblante, elle entra dans sa maison ; et. Après avoir déposé sa cruche, elle prit la pourpre, s'assit sur sa chaise et se mit à filer la pourpre. Et voici qu'un ange se tint devant elle, disant : "Ne crains pas, Marie. Car tu as trouvé grâce devant le Maître de toutes choses. Tu concevras de sa Parole." » [1]

L'expression "Tu concevras sa Parole" s'inspire de l'Evangile selon saint Jean où Jésus est appelé "le Verbe". C'est aussi une allusion au "Nom" de Dieu. Dieu a promis de faire demeurer son nom au milieu de son peuple (Dt 12, 15), et il a promis de faire connaître son nom (Isaïe 52, 5-6). Jésus est l'incarnation du Verbe et du Nom de Dieu.

Le protévangile s'inspire ensuite du dialogue de l'évangile de Luc, mais aussi de son parallèle en Matthieu (Mt 1, 21) où le nom de Jésus est expliqué. En effet, le nom de "Jésus" Yeshua, est une forme abrégée de Yehoshua. Le nom dérive à la fois du verbe yasha' sauver, délivrer et d'une forme abrégée du nom divin Yahweh. Ainsi, Jésus signifie quelque chose comme "Dieu sauve" :

« Marie, ayant entendu ces paroles, se mit à les scruter en elle-même, disant : "Concevrai-je, moi, du Seigneur Dieu vivant, de la même manière qu'enfante toute femme ?"

Et voici qu'un ange se tint devant elle, lui disant : "Non pas ainsi, Marie ; car la puissance de Dieu te couvrira de son ombre. Aussi le saint être qui va naître sera appelé fils du Très-Haut. Et tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés".

Et Marie dit : "Voici la servante du Seigneur devant lui. Qu'il me soit fait selon ta parole." » [2]

La manière dont le Protévangile de Jacques honore Marie est une conséquence de la dévotion des premiers chrétiens envers Jésus.


[1] Protévangile de Jacques 11 ; texte dans Ecrits apocryphes chrétiens, sous la direction de F.BOVON et P.GEOLTRAIN, La Pléiades, Paris 1997, p.92

[2] Protévangile de Jacques 11 ; texte dans Ecrits apocryphes chrétiens, sous la direction de F.BOVON et P.GEOLTRAIN, La Pléiades, Paris 1997, p.92


Françoise Breynaert