N-D du Perpétuel Secours et le clergé de Haïti

Notre Dame du Perpétuel Secours et le clergé de Haïti

Danger pour la Province ecclésiastique d'Haïti

Un grave danger menaça la Province ecclésiastique d'Haïti : l'arrêt du recrutement de son clergé. Les évêques avaient pourvu à cette nécessité en fondant en France un séminaire dont la direction avait été confié aux PP. Montfortains à Pontchâteau, en Bretagne. Presque tous les élèves étaient français; or, en France, les lois de 1881 contre les congrégations religieuses, celle de 1889 sur le service militaire des séminaristes, mirent la maison de Pontchâteau en grand danger de périr; en effet les directeurs étaient menacés d'être dispersés comme religieux, et les élèves d'être astreints à trois années de service militaire, sans jouir de l'exemption de deux ans concédée aux séminaires autorisés.

Mgr de Kersuzan et Notre Dame du Perpétuel Secours

Mgr de Kersuzan – le curé de Port-au-Prince était devenu évêque du Cap – fut chargé de chercher une solution que nul n'entrevoyait. En 1894, séjournant en France, il entreprit des pourparlers, sans trop savoir comment il aboutirait. Il réussit pourtant, par un concours de circonstances visiblement ménagées par la protection de Notre Dame du Perpétuel Secours.

Il lui fallait un immeuble : on le lui offrit beau et vaste dans un diocèse breton, d'esprit très catholique. Voici comment cela advint :

Descendu chez les sœurs de La Retraite à Nantes, Mgr de Kersuzan était plongé dans la plus grande perplexité. Pour y voir plus clair, il priait à la chapelle des religieuses. Prosterné devant l'image de N.D. du Perpétuel Secours, c'est à haute voix qu'il priait, se croyant seul dans le sanctuaire. Or, la supérieure se trouvait au fond de la chapelle. Elle était là pour faire part à son hôte d'une lettre qu'elle venait de recevoir et qui l'entretenait d'une propriété à donner et pour laquelle on ne trouvait pas d'acceptant. C'était le château de Lézarazien, dans le quartier St-Jacques en Guiclan. Une femme avait appris la détresse de Mgr Kersuzan et offrait, en pur don, le château de son père.

Il fallait aussi un statut légal : il l'établit non sans peine, aussi ferme qu'on peut le désirer. Il fallait un corps de professeurs : il le constitua remarquable en tous points.

A son retour dans son diocèse, Mgr Kerzusan prononça à ce sujet sa première allocution synodale, qui est un hymne d'action de grâce à Notre Dame.

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D'après

-  A. Cabon, Le culte marial dans les Antilles et dans la Guyanne Française, in Maria (tome V), Beauchesne 1958

-  Lampaul-Guimiliau, La mission d'Haïti