L’introduction de l’Evangile dans les Gaules

L’introduction de l’Evangile dans les Gaules

La date de l'introduction de l'Evangile dans les Gaules a, depuis trois siècles, divisé les savants et les critiques, qui ont donné à cette question des solutions diamétralement opposées.

Les uns, qui se sont appelés eux-mêmes Ecole historique et anti-traditionnelle, veulent que l'établissement du Christianisme dans les principaux diocèses des Gaules n'ait pas eu lieu avant les II°, III° et IV° siècles de l'ère chrétienne.

Les autres, au contraire, assignent à cette introduction de la foi évangélique dans notre patrie une date plus ancienne, le I° siècle de l'Eglise, et ils sont connus sous le nom d'Ecole traditionnelle. Appartenant à cette dernière, nous espérons, en reproduisant ci-après la savante Dissertation de M. Corblet, sur les Origines de la foi chrétienne dans les Gaules, faire partager à beaucoup de nos lecteurs la conviction que nous a procurée cette étude consciencieuse /.../

La lettre que les Eglises de Vienne et de Lyon adressèrent à celles d'Asie, se borne à dire que « Le ministère de l'épiscopat de Lyon fut confié à saint Pothin» : ce qui ne démontre nullement qu'il n'a pas eu de prédécesseurs dans cette cité, et surtout qu'il n'y eut pas là de chrétiens avant lui. Vers l'an 188, saint Irénée présida à Lyon deux Conciles : l'un qui condamna les hérésies de Valentin et de Marcion, l'autre qui proscrivit l'usage des Quartodécimans. Cette dernière assemblée comptait déjà treize évêques.

Les listes épiscopales sont complètes, ou peu s'en faut, du I° au IIIe siècle, à Metz, à Reims, à Chartres, à Narbonne, etc. A titre de comparaison, M. l'abbé Richard a constaté (Origines chrétiennes de la Gaule, p. 62) que Corinthe ne nous offre que six noms d'évêques pour les trois premiers siècles ; Ephèse, trois noms pour les deux premiers ; Philippes, huit noms jusqu'au XII° siècle.

Si les traditions en faveur du premier siècle étaient le fruit d'amours-propres locaux, comment n'auraient-elles pas été énergiquement démenties par les Eglises rivales ? Comment des sièges importants, comme Lyon, Bordeaux, Cambrai, n'auraient-ils pas ambitionné la gloire d'une antiquité reculée que s'arrogeaient des Eglises bien inférieures, comme Apt, Séez et Béziers ?

L''Eglise de Vienne considère comme son premier apôtre saint Crescent, disciple de saint Paul. Eusèbe de Césarée, Sophronius et la Chronique d'Alexandrie nous disent également que Crescent, disciple de saint Paul, vécut dans les Gaules. Ainsi donc, la tradition de l'Eglise de Vienne est en parfaite harmonie avec les historiens grecs.

Au Moyen Age, si l'Eglise de Vienne a contesté à celle d'Arles sa suprématie, elle n'a jamais nié que saint Trophime fût un disciple des Apôtres. En ce qui concerne saint Martial, la discussion roula, non point sur la date de sa mission, mais sur son titre d'apôtre. Pour saint Denis, on ne met pas en doute l'époque de son apostolat, mais son identité avec l'aréopagite*.

Les cardinaux de la Congrégation les Rites qui, le 8 avril 1854, reconnurent à l'Eglise de Limoges le droit d'honorer son premier évêque, saint Martial, du culte et du titre d'Apôtre et d'insérer dans sa liturgie qu'il avait été l'un des soixante-douze disciples du Christ. C'est ce décret qu'approuve le Saint-Père Pie IX, le 18 mai 1854.

[Ainsi, selon l'Ecole traditionnelle, l'évangélisation des Gaules commença au temps des Apôtres] dès le 1° siècle, par trois groupes de missionnaires et par un certain nombre de prédications individuelles.

- Saint Lazare, saint Maximin, Marie-Madeleine et Marthe, partis de l'Orient quatorze ans après l'Ascension de Notre-Seigneur, apportèrent en Provence les lumières de la foi.

- Vers la même époque, sept missionnaires, envoyés par saint Pierre, évangélisèrent plusieurs de nos provinces : saint Trophime s'arrêta à Arles, saint Martial à Limoges, saint Austremoine à Clermont, saint Paul à Narbonne, saint Saturnin à Toulouse, saint Gatien à Tours, saint Valère à Trèves.

- Plus tard, saint Denis, envoyé par le pape saint Clément, vint de Rome à Lutèce, tandis que ses compagnons et ses disciples fondèrent d'autres sièges épiscopaux : saint Rient à Senlis, saint Julien au Mans, saint Lucien à Beauvais, saint Saintin à Meaux, saint Taurin à Evreux, etc.

En dehors de ces trois groupes principaux, nous voyons apparaître, à des époques diverses, mais avant le IIIe siècle, saint Crescent à Vienne, saint Bénigne à Dijon, saint Sabinien à Sens, saint Sixte à Reims, saint Memmie à Châlons, saint Sinice à Soissons, saint Clément à Metz, saint Front à Périgueux, saint Eutrope à Saintes, saint Pothin et saint Irénée à Lyon, etc.

Il n'est nullement démontré que saint Pierre et saint Clément aient spécialement désigné telle ou telle ville aux disciples qu'ils envoyaient dans les Gaules. Nous croyons que presque tous furent des évêques régionnaires ; après de nombreuses courses apostoliques, ils s'arrêtèrent là où les fixa leur inspiration personnelle, ou plutôt l'influence de la grâce. Un certain nombre d'entre eux ont été considérés comme fondateurs de sièges épiscopaux, uniquement parce que leurs courses apostoliques ont été interrompues par le martyre : ainsi donc, l'importance respective des cités est une considération qui doit rester complètement étrangère à nos débats.

Les Apôtres, dont nous sommes loin de connaître exactement toutes les pérégrinations, se conformèrent à l'ordre du divin Maître. Saint Marc nous dit, en effet, qu'ils prêchèrent partout (XVI, 20) ; saint Paul écrivait aux Romains (I, 8 ; et X,18) aux Colossiens (I, 6) que la foi était annoncée dans tout l'univers et jusqu'aux derniers confins du monde. Sans doute, il ne faut point prendre ces paroles à la lettre, et surtout dans le sens rigoureux de nos connaissances géographiques actuelles ; mais elles s'appliquent tout au moins à ce vaste empire romain, qui était considéré comme le véritable univers, et saint Paul se serait exposé à recevoir un facile démenti, si la Gaule était restée étrangère à ces croyances chrétiennes que saint Matthieu avait portées en Ethiopie, saint Simon en Perse, saint Barthélemy en Arménie, et que saint Thomas avait répandues jusque chez les Parthes et les Indiens.


Cf. M. l'abbé Darras, Saint Denis l'aréopagite, premier évêque de Paris


Extraits de :

Foi-Chretienne-en-Gaule_16p.pdf>http://catholicapedia.net/Documents/cahier-saint-charlemagne/documents/C392_Origines-de-la-Foi-Chretienne-en-Gaule_16p.pdf