Sainte Thérèse de Lisieux prie à Notre Dame des Victoires (1887)

1887 : La prière de S. Thérèse à N-D des victoires

[1887 : L'évêque de Bayeux a trouvé Thérèse trop jeune pour entrer au Carmel. Cette-ci rejoint alors, avec son père et sa sœur Céline, un groupe de pèlerins pour aller à Rome, espérant demander une dispense au pape Léon XIII.

La première étape fut Paris et Notre Dame des Victoires, une paroisse consacrée au coeur immaculée de Marie en l'an 1836.

Rappelons qu'en 1883, alors que Thérèse était très malade, son père avait demandé une neuvaine de messes à Notre-Dame des Victoires. Et le miracle avait eu lieu, la Vierge lui avait souri, et Thérèse fut guérie.

La visite à Notre Dame des Victoires, en novembre 1887, fut pour Thérèse un grand moment :]

« Ah ! ce que j'ai senti à ses pieds je ne pourrais le dire... Les grâces qu'elle m'accorda m'émurent si profondément que mes larmes seules traduisirent mon bonheur, comme au jour de ma première communion... La Vierge m'a fait sentir que c'était vraiment elle qui m'avait souri et m'avait guérie.

J'ai compris qu'elle veillait sur moi, que j'étais son enfant, aussi je ne pouvais plus lui donner que le nom de « Maman » car il me semblait encore plus tendre que celui de Mère... Avec quelle ferveur ne l'ai-je pas priée de me garder toujours et de réaliser bientôt mon rêve en me cachant à l'ombre de son manteau virginal !... Ah! c'était là un de mes premiers désirs d'enfant...

En grandissant j'avais compris que c'était au Carmel qu'il me serait possible de trouver véritablement le manteau de la Vierge et c'était vers cette montagne fertile que tendaient tous mes désirs...

Je suppliai encore Notre Dame des Victoires d'éloigner de moi tout ce qui aurait pu ternir ma pureté, je n'ignorais pas qu'en un voyage comme celui d'Italie, il se rencontrerait bien des choses capables de me troubler, surtout parce que ne connaissant pas le mal je craignais de le découvrir, n'ayant pas expérimenté que tout est pur pour les purs et que l'âme simple et droite ne voit de mal à rien, puisqu'en effet le mal n'existe que dans les coeurs impurs et non dans les objets insensibles...

Je priai aussi St Joseph de veiller sur moi ; depuis mon enfance j'avais pour lui une dévotion qui se confondait avec mon amour pour la Ste Vierge. Chaque jour je récitais la prière : « Ô St Joseph père et protecteur des vierges » aussi ce fut sans crainte que j'entrepris mon lointain voyage, j'étais si bien protégée qu'il me semblait impossible d'avoir peur. »

[A Rome le pape lui dit simplement de faire ce que les supérieurs décideront.]


Thérèse de Lisieux,

Histoire d'une âme, chapitre III,

Ms A, 56v° -57r°