François Mauriac et N-D de Verdelais

François Mauriac et N-D de Verdelais

Verdelais fait partie de ma vie personnelle ; il est le décor permanent de mon enfance et de mon adolescence... Nous avons tous notre colline inspirée. Et si Verdelais est construit dans un bas-fond, des collines l'entourent dont l'une est un calvaire et les trois croix s'y élèvent presque à un « jet de pierre » de ma maison. [...]

Il y aurait beaucoup à dire touchant ce culte de la Vierge, centré sur une statue, enfouie et retrouvée grâce à une mule, sur cette permission accordée par l'Eglise d'imaginer, de broder des histoires édifiantes : c'est une coque de légendes et de contes à dormir debout mais qui contiennent un germe vivant : la dévotion à la Mère de toutes grâce.

Qu'est-ce au fond qu'un pèlerinage comme Verdelais ? Un des moyens que l'Eglise propose aux fidèles pour s'évader, durant quelques heures, de leur vie quotidienne, pour se purifier, prier, communier et repartir sur nouveaux frais...

Tout le monde ne peut pas aller à Lourdes. La Vierge se met ici à la portée des gens de la Gironde qui veulent rentrer le soir même à la maison.

Nous n'avons plus cette conception héroïque du pèlerinage qui jetait sur les grands chemins d'autrefois tant de pèlerins, dont beaucoup moururent avant d'atteint Saint Jacques de Compostelle.

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Dans la chapelle, à gauche de l'entrée, une exquise petite fille en cire rouge repose sa tête sur un coussin ; elle a une cicatrice rouge à son cou délicat et sa robe est d'une étoffe précieuse... C'est Exupérance dont on ne sait rien sinon qu'elle était une enfant et qu'elle est morte martyre. Et c'est (pour moi) la merveille de Verdelais.


François Mauriac (1885-1970), préface à l'ouvrage de P. de Rouvray : Histoire du pèlerinage de Notre Dame de Verdelais. Grasset, 1953. Cité dans Robert Witwicki (texte), Xavier Guenez (photos), Verdelais, sanctuaire de Marie consolatrice, Edtions de L'onctiale, Paris 2012, p. 47