Les souffrances de la nuit de l’esprit

Les souffrances de la nuit de l’esprit

Intérieurement.

« C'est dans la pauvreté, l'abandon, le dénuement de touts les pensées de mon âme, c'est-à-dire dans les ténèbres de mon intelligence, dans les angoisses de ma volonté, dans les afflictions et les chagrins de ma mémoire que je suis sortie » (Nuits obscure II, IV).

« L'âme se reconnaît si impure et si misérable qu'il lui semble que Dieu s'élève contre elle et qu'elle-même s'élève contre lui.» (Nuit obscure II, V)

Saint Jean de la Croix cite Job 7, 20 (Nuit obscure II, V) et Job 13, 7-17 (Nuit obscure II, VII) et le livre des lamentations 3, 1-20 (Nuit obscure II, VII).

Se produisent des ébranlements qui sont la conséquence habituelle de l'action intérieure de Dieu. Ils sont transitoires.

[Voici en résumé les exemples de l'auteur:

La terreur de se sentir à la merci de cette force mystérieuse qui surgit soudain et les maîtrise.

Les facultés, telles des enfants que l'autorité du maître a maintenus attentifs et appliqués pendant un temps assez long, soudain laissent déborder, désordonnés et bruyants, des élans de vie.

Impuissance et désarroi dans la conceptualisation des vérités dogmatiques, dans l'attention amoureuse, et dans les affaires temporelles.]

Se produisent des fatigues du corps et de l'esprit.

La neurologie qui étudie la transmission physiologique des perceptions intellectuelles nous avertit que les réactions que ces perceptions produisent sont diffusent et étendues. Cette loi est à retenir ; elle nous fait prévoir que les malaises généraux seront l'effet normal de la purification ou nuit de l'esprit.

Ainsi, la localisation qui attire l'attention risque d'égarer l'observation et le diagnostic.

Veiller à ce que ces malaises et la médication nécessaire ne replient pas l'âme sur elle-même.

Des épreuves viennent des critiques extérieures.

[Il y a encore dans l'apostolat] des vivacités, des rudesses extérieures, des écarts de langage parfois, des manques de prudence dans l'utilisation des dons surnaturels, des mouvements mal réprimés d'égoïsme et d'orgueil. Il est bien clair que la purification n'est pas terminée et que l'onction de la grâce n'a pas tout pénétré.

N'exagérons pas les déficiences de l'âme en cette période. Ne les nions pas non plus.

Les déficiences réelles qui semblent souiller une action de Dieu authentique expliquent le scandale des faibles et les doutes qui assaillent les prudents.

L'action du démon.

L'opposition violente et les persécutions que subissent ces âmes trouvent leur cause véritable et leur source dans la haine que soulève sous ses pas, en ce monde, la charité divine par son action et ses triomphes. Relire Jn 15, 18-20.

Les interventions du démon s'exercent habituellement dans le domaine soumis aux causes secondes naturelles.

Le démon ne se porte dans le domaine extérieur du merveilleux que lorsqu'il y est attiré, pour la simuler, par une action de Dieu qui s'y fait éclatante, ou lorsque la rage de la défaite lui a fait abdiquer toute prudence. Pourquoi attirerait-il inutilement l'attention et signalerait-il ouvertement sa présence alors que sa puissance de dissimulation est son moyen d'action le plus efficace ?

Conclusion

En marchant dans les traces sanglantes du Christ et en participant à ses diverses souffrances, l'âme recueille en toutes ses puissances les effets purificateurs du sang rédempteur. Son identification au Modèle divin s'exprime en une science plus profonde de la charité.

A expérimenter ainsi douloureusement sa faiblesse, la profondeur haineuse dans le monde, ses violences aveugles chez tous, l'âme apprend l'humilité devant Dieu, devant elle-même, devant l'œuvre à réaliser dans l'Eglise ; elle découvre progressivement les conditions divino-humaines dans lesquelles se développe le Royaume de Dieu ici-bas.


Père Marie Eugène de l'Enfant Jésus, Je veux voir Dieu,

Editions du Carmel, 1956, p. 764-785.

Synthèse Françoise Breynaert.

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