L’oraison, comme la gestation de Marie (Ste Thérèse d’Avila)

L’oraison, comme la gestation de Marie (Ste Thérèse d’Avila – vue d’ensemble)

Pour Thérèse d'Avila, l'oraison est une recherche du Bien-Aimé :

« Tu as été créée par l'amour

Ravissante, belle, et c'est ainsi

Que tu es peinte dans mes entrailles,

Si tu te perdais, mon aimée,

Ame, tu dois te chercher en moi.

Et si par hasard tu ne savais pas

Où me trouver, Moi,

Ne va pas de-ci delà,

Mais si tu veux me trouver,

Moi, tu dois me chercher en toi.

Hors de toi, il est vain de me chercher

Puisque pour me trouver, Moi,

Il te suffira de m'appeler

Car j'irai à toi sans tarder,

Et moi tu dois Me chercher en toi. » [1]

L'oraison est « intérieure », et c'est une gestation, comme Marie qui a porté Jésus dans son ventre maternel.

Thérèse d'Avila témoigne :

« Si j'avais compris, comme je le fais pleinement maintenant, que dans ce petit palais de mon âme habitait un si grand Roi, il me semble que je ne l'aurais pas laissé seul si souvent, mais que de temps en temps je serais restée en sa compagnie, et aurais essayé que son palais ne soit pas si sale. Mais quoi de plus merveilleux que de voir celui qui remplirait mille mondes de sa grandeur s'enfermer dans une si petite chose ! C'est ainsi qu'il a voulu demeurer dans le ventre de Sa Très Mère. Comme il est le Seigneur, il porte en lui la liberté, et comme il nous aime, il se fait à notre mesure. Quand une âme commence dans cette voie, il ne se fait pas connaître, de peur qu'elle ne se trouble en se voyant si petite pour contenir quelque chose de si grand, mais, petit à petit, tout doucement, il élargit cette âme à la mesure de ce qu'il met en elle. »[2]

Un carme commente :

« Dans ce très beau texte, on remarque tout spécialement la comparaison entre la présence de Jésus dans le corps de Marie, dans son ventre maternel, et sa présence dans notre âme.

Dans le mystère de l'Incarnation, Marie est par excellence la demeure, le palais, le temple et le tabernacle du Verbe incarné[3]. Sur ce point, Thérèse d'Avila rejoint Claire d'Assise (3° lettre à Agnès de Prague), en attribuant à notre âme ce que la liturgie affirme à propos du sein maternel de Marie : la capacité de contenir Celui que les Cieux ne peuvent contenir. Cette comparaison est très importante pour ne pas désincarner la présence de Dieu dans notre âme.

La croissance spirituelle apparaît alors comme une mystérieuse 'gestation'. Le Verbe incarné se donne totalement à sa créature en se faisant tout petit en elle comme l'enfant en sa mère ; il se fait contenir dans la petitesse de sa créature pour lui donner part à sa grandeur divine. »[4]

Ainsi, la divinisation est comme une dilatation et une transformation du cœur humain.

Dans le « Château intérieur », à travers les sept Demeures, Thérèse d'Avila en décrit les étapes.

- Les trois premières demeures sont une première préparation.

- A partir de la quatrième demeure, l'Esprit Saint dilate le cœur par un jaillissement de l'Eau vive : « Lorsque cette eau céleste commence à couler de la source dont je parle au plus profond de nous, on dirait que tout notre intérieur se dilate et s'élargit, et on ne saurait exprimer tout le bien qui en résulte » (4° demeure, II, 6)

- Cette dilatation est inséparable de l'union au Christ dans sa mort et sa résurrection : le mystère pascal transforme notre cœur, comme un ver à soie qui devient un papillon : « il fait un petit cocon très serré où il s'enferme : ce ver qui est gros et laid, meurt là, et il sort de ce même cocon un petit papillon blanc très gracieux » (5° demeure V, 2).

- Les sixièmes demeures sont très marquées par les souffrances de la Passion du Seigneur, et les septièmes demeures ont le climat de la résurrection, et réalisent la sainteté dans un mariage spirituel : « Il lui dit qu'il était temps qu'elle s'occupe de ses affaires à Lui, qu'il s'occuperait des siennes, et d'autres paroles plus sensibles que communicables » (7° demeures II, 1).


[1] Cité par : F-M Léthel, Théologie de l'amour de Jésus, Editions du Carmel 1996, p. 43

[2] Thérèse d'Avila, le Chemin de la perfection 48, 1, 3.

[3] On trouve telles expressions chez saint François d'Assise.

[4] F-M Léthel, Théologie de l'amour de Jésus, Editions du Carmel 1996, p. 96


Synthèse F. Breynaert

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