Nuit de l’esprit et troubles psycho-pathologiques

Nuit de l’esprit et troubles psycho-pathologiques

Les psychiatres signalent une certaine ressemblance entre les effets psychologiques de la nuit et les troubles psychiques qui appartiennent aux maladies mentales.

Les troubles produits par la puissance de l'action de Dieu dans la nuit s'apparente à certains troubles psycho-pathologiques qui ont une cause différente.

La purification de l'esprit fait monter à la surface jusqu'à une prise de conscience douloureuse ces tendances pathologiques qui existent à des degrés divers dans les facultés.

Saint Jean de la Croix avait déjà noté dans la nuit des sens une certaine influence de la mélancolie dans la sécheresse contemplative et son action plus nette dans les tentations de luxure (Nuit obscure I, III). Elles colorent fortement les réactions de l'âme sous l'action de Dieu qui offrent ainsi au psychiatre des indices justifiant son diagnostic pessimiste. C'est bien un obsédé, un mélancolique, un cyclothymique...

Dans les cas mixtes, où la cause efficiente principale est mystique et la cause instrumentale est plus ou moins pathologique, le discernement sera plus difficile.

Le comportement de l'âme et ses progrès qui seront appréciés non d'après la violence des crises ou leur retour périodique, mais d'après des critères d'ensemble saisis sur une large période, permettront de déterminer quelle est de la nuit mystique ou de la psychose l'influence prédominante qui finira par l'emporter.

A l'encontre d'une psychose qui, si elle ne détruit pas toujours appauvrit régulièrement l'esprit et la personnalité, par les stagnations et les aberrations qu'elle leur impose et qui, si elle produit une œuvre intellectuelle, se borne à ressasser indéfiniment les mêmes choses sans création spirituelle véritable,

une expérience comme celle de saint Jean de la Croix nous apparaît de notre point de vue psychologique, comme une progression constante, un enrichissement ininterrompu, une régularité de victoires journalières remportées dans les circonstances les plus difficiles.

La nuit crée en surface des abcès de fixation qui tirent les humeurs malignes et les éliminent. Elle assure non seulement la purification morale de l'âme, mais la libération du pathologique.

La transformation réalisée, les incidents de route perdent du relief. L'âme s'étonne qu'elle ait pu y attacher tant d'importance.

Le directeur se rend compte combien il eût pu retarder cette marche par ses hésitations ou ses recherches [...] étant donné que les moyens les plus efficaces de guérison se trouvent dans l'orientation vers Dieu seul, parfaite santé de l'âme.

Père Marie Eugène de l'Enfant Jésus, Je veux voir Dieu,

Editions du Carmel, 1956, p. 805-807

Possibilité de vie spirituelle dans une psychose.

Quelles que soient les profondeurs du sub-conscient où elle est enracinée, la tendance pathologique reste localisée dans le sens. Bien qu'intervenant dans l'activité de l'intelligence et de la volonté pour la faire dévier et en brouiller les manifestations extérieures, la psychose n'altère pas la santé de l'intelligence et de la volonté.

A plus forte raison faut-il sauvegarder l'inviolabilité du domaine surnaturel de la grâce. La maladie organique ou la psychose peuvent faire dévier l'exercice de la vertu surnaturelle en brouillant et faussant les perceptions du réel extérieur sur lesquelles elle s'appuie. Mais elles ne sauraient jamais atteindre les régions transcendantes où se situe la vie de la grâce. [...]

Le malade prend conscience de sa maladie, des désordres auxquels elle le conduit, de la mésestime sinon du mépris qu'elle lui attire, de la suspicion qu'elle jette sur toute sa vie intérieure. Il chemine ici-bas dans l'humiliation qui paralyse son activité extérieure et sa liberté. S'il accepte l'épreuve et toutes ses conséquences, n'est-ce pas de l'héroïsme et du mieux caractérisée ?

Père Marie Eugène de l'Enfant Jésus, Je veux voir Dieu,

Editions du Carmel, 1956, p. 812.


Synthèse Françoise Breynaert


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