Le rite de la Panaghia

Le rite de la Panaghia

La présence de la Vierge aux apôtres et à l'Eglise jusqu'à la fin des temps est exprimée dans le rite touchant de la Panaghia.

Je ne puis dire l'ancienneté de ce rite et de la légende sur laquelle il se fonde.

J'en donne ici un résumé d'après le texte[1] du XIV-XV siècle[2].

Après l'ascension du Christ et la descente de l'Esprit Saint, quand les apôtres restés au cénacle, prenaient leur repas, ils laissaient la place du Christ vide et y disposaient un coussin, sur lequel ils plaçaient un morceau de pain.

Après le repas et l'action de grâce, ils prenaient la part de pain attribuée au Christ, l'élevaient et au lieu de la doxologie trinitaire, ils disaient :

« Seigneur Jésus-Christ, viens à notre secours. »

Ils continuèrent de faire ainsi après leur dispersion en vue de la prédication de l'Evangile.

Lorsque le Seigneur les réunit pour la dormition de la Vierge, prenant le repas après la sépulture, ils firent comme à l'ordinaire la bénédiction du pain en l'honneur du Christ.

0 prodige ! la Vierge vivante apparut avec une nuée d'anges lumineux et leur dit : « Salut, je suis avec vous tous les jours », leur accordant cette consolation au nom du Christ.

Frappés par ce miracle, les apôtres dirent alors à la fin du repas, au lieu de la prière : « Seigneur Jésus-Christ, viens à notre secours »,

« Très Mère de Dieu, viens à notre secours. »

S'étant rendus au tombeau, ils le trouvèrent vide, persuadés par là que la Vierge était vraiment ressuscitée des morts comme son Fils et montée au ciel avec le Christ pour y régner pour les siècles des siècles.

Le rite de la Panaghia s'est conservé jusqu'à nos jours dans les monastères : à la fin de la liturgie, les moines se rendent au réfectoire, l'higoumène pose sur la table le pain de la prosphora qui, pendant l'office, a été réservé à la Mère de Dieu.

Après le repas pris en silence, pendant qu'un moine lit à l'ambon la vie des saints, le supérieur prend le pain et fait un signe de croix devant l'icône de la Mère de Dieu et dit :

« Très Mère de Dieu, viens à notre secours. »

Les moines répondent par cette prière :

« Mère de Dieu, aie pitié de nous ! toutes les générations te proclament bienheureuse, Ô Vierge Mère de Dieu. »

L'abbé rompt ensuite le pain et le distribue aux moines.


[1] du Vat. Gr. 573, folio 80, ms

[2] Le manuscrit de l'Athos, Grande Laure 148,1 » 27v-29, attribue ce récit à Grégoire Palamas (1296-1359). L'origine, sûrement monastique, nous paraît notoirement plus ancienne.


A.WENGER, Marie et la fin des temps dans la tradition orientale grecque et russe, dans M.- J. Coloni, C. Molette, J.Pintard A.Wenger, P.Yousif, Marie et la fin des temps II Approche patristique, 42e session de la Société française d'études mariales, Lyon, 1985, ŒIL, Paris 1986, pp. 79-105, p. 91-92.